Débat entre Jacques Chirac et Lionel Jospin en 1995

03 mai 1995
02m 36s
Réf. 00167

Notice

Résumé :

Extraits du débat entre Jacques Chirac et Lionel Jospin à cinq jours du second tour de l'élection présidentielle de 1995.

Date de diffusion :
03 mai 1995
Date d'événement :
02 mai 1995

Contexte historique

Le 2 mai, le débat télévisuel de l'entre-deux-tours qui oppose les deux candidats est devenu à ce point traditionnel et régulé qu'il n'a plus guère de chance d'influer sur la campagne électorale. D'autant que la victoire de Jacques Chirac au second tour est tenue pour probable, quoique non assurée. Edouard Balladur s'est désisté immédiatement et sans réserve pour Jacques Chirac, de même que Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France.

La seule incertitude vient du Front national. Avec 15% des suffrages exprimés, son meilleur résultat dans une élection présidentielle, le parti de Jean-Marie Le Pen talonne les grandes formations. Courant d'extrême droite recrutant largement à gauche, notamment parmi les ouvriers, sur qui le FN va-t-il reporter ses voix au second tour ? Jean-Marie Le Pen refuse de donner de consignes de vote, mais s'acharne contre Jacques Chirac au point que des commentateurs y voient un appel implicite à voter pour Lionel Jospin. Conscient de la nécessité de rassembler la droite, Jacques Chirac abandonne entre les deux tours le discours néopopuliste inspiré par Philippe Séguin pour le discours libéral prôné par Alain Juppé. Lionel Jospin de son côté gauchise son discours : on est revenu au choc droite/gauche.

Eve Bonnivard

Éclairage média

Comme le souligne Daniel Bilalian, le débat entre les deux candidats a été "courtois", et pour cette raison même, a peu retenu l'attention de la presse et de l'opinion. Pas de "petite phrase qui fait mouche" pour échauffer les téléspectateurs. Face à Chirac très à l'aise, Lionel Jospin semble plus tendu.

Le premier reste vague, invoquant la nécessité d'un changement sans en donner le contenu, le second précise les sujets sur lesquels il se montrera attentif et les valeurs auxquelles il est attaché. Le discours de Chirac est incantatoire (répétition des mots "changement", "confiance", "France"), celui de Jospin programmatique.

Eve Bonnivard

Transcription

Daniel Bilalian
Voilà, débat formel donc hier soir : on n'a pas, c'est vrai, retrouvé la tension de 1981 ou de 1988. Il n'y a pas eu de vrai dialogue non plus, mais les échanges ont donc été courtois, tout le monde le souligne. On a même entendu les deux adversaires déclarer à plusieurs reprises qu'ils étaient d'accord avec l'autre, ou, tout au moins, que l'autre n'avait pas forcément tort. Commençons d'abord par les conclusions, conclusions des deux candidats. Jacques Chirac a conclu sur sa volonté d'éviter un troisième septennat socialiste, M. Jospin, lui, sur le thème du changement de génération des hommes politiques au pouvoir dans notre pays.
Jacques Chirac
Dimanche, la question qui va se poser aux électrices et aux électeurs, à l'ensemble des Français, c'est en réalité la suivante : est-ce que vous voulez, ou non, un troisième septennat socialiste ? C'est ça la question. Ou bien est-ce que vous voulez, au contraire, un véritable changement ? Eh bien, moi, je connais bien la France, j'ai beaucoup écouté les Français, je sais que les Français veulent aujourd'hui un vrai changement. Et ce vrai changement, je l'ai proposé et j'ai l'intention, si les Français le veulent, de l'assumer réellement. Ce que je veux, c'est rendre à la France cet esprit de conquête, autrement dit, et pour terminer, je voudrais dire que ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est de faire confiance aux Français. Il faut faire confiance aux Français, il faut aimer la France. Et, à ce moment-là, nous aurons une France réunie, retrouvée. C'est ce que j'appelle une France pour tous.
Lionel Jospin
Je suis parti des préoccupations des Français, l'emploi, le logement, le salaire, la protection sociale, les services publics, la sécurité, l'exclusion, la vie dans les villes et ses quartiers difficiles, la vie aussi dans le monde rural. J'ai essayé de tracer des perspectives pour l'avenir, parce que je ne veux pas m'arrêter au présent. La France a besoin qu'on lui propose un dessein. Je me suis attaché à des valeurs, celles de la République, Liberté, Egalité, Fraternité, bien sûr, mais aussi laïcité, solidarité, responsabilité des citoyens et des associations, impartialité de l'Etat, égalité entre les femmes et les hommes. Ce sont ces valeurs que je veux servir comme Président de la République, si vous m'élisez. Ce sont ces problèmes, que j'ai évoqués, que je veux commencer à résoudre même si ce sera difficile. J'ai dit ce que je ferai, je ferai ce que j'ai dit. J'ai des perspectives, un grand projet pour le pays, dans une pratique de pouvoir rénovée, plus attentive à l'éthique, et surtout plus moderne.
(Silence)

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