La dissolution de l'Assemblée nationale en 1997

21 avril 1997
02m 03s
Réf. 00170

Notice

Résumé :

Le président de la République, Jacques Chirac, vient d'annoncer la dissolution de l'Assemblée nationale ce 21 avril 1997. Soir 3 diffuse trois extraits de son intervention télévisée.

Date de diffusion :
21 avril 1997
Personnalité(s) :

Contexte historique

Le 21 avril 1997, à l'étonnement général, le président de la République annonce la dissolution de l'Assemblée nationale et la tenue d'élections générales les 25 mai et 1er juin suivants. Jacques Chirac ne dispose-t-il pas d'une énorme majorité à l'Assemblée ?

Pour Jean-Jacques Becker, "le décalage entre le discrédit dans lequel, en si peu de temps, l'exécutif était tombé et l'impossibilité pour l'opinion de trouver un porte-parole dans la représentation parlementaire, où l'opposition était réduite à une portion extrêmement congrue, avait été probablement aussi une des causes profondes de la crise de 1995. La rue seule permettait de se faire entendre". En outre, poursuit J-J Becker, "la contrepartie de la stabilité gouvernementale de la Ve République était qu'en cas de crise, il n'y avait pas de valve de sécurité". De sorte qu'en 1996, après la secousse de 1995, il n'y avait eu aucun changement à la tête du gouvernement.

Pourquoi ne pas attendre les élections législatives, qui devaient avoir lieu en 1998 ? Parce que, comme le soulignait Patrick Jarreau du Monde, "l'année 1997 ressemblait à un chemin descendant en pente douce vers la défaite aux élections de 1998". Les prévisions pessimistes d'experts du ministère des Finances pour 1998 aidèrent à convaincre l'Elysée qu'il valait mieux agir sur-le-champ plutôt qu'attendre le désastre annoncé de l'année prochaine. Les élections du 25 mai et 1er juin 1997 sont remportées par la gauche. La droite triomphante de 1993 est réduite en 1997 à un "champ de ruines", selon l'expression de René Rémond dans Année politique, 1997.[Crises et alternances, 1974-2000, Jean-Jacques Becker, Nouvelle histoire de la France contemporaine Vol 19, Le Seuil 2002]

Eve Bonnivard

Éclairage média

Dans son intervention télévisée, qualifiée par les commentateurs de "laborieuse" ; Jacques Chirac explique qu'il a "besoin d'une majorité ressourcée et disposant du temps nécessaire à l'action". Le lendemain, la presse s'interroge sur la nécessité d'une telle dissolution. Seules de grandes raisons nationales peuvent justifier une dissolution, mais où trouver les raisons quand on dispose d'une majorité aussi forte et qu'on entend poursuivre la même politique, avec le même Premier ministre ?

Dans Le Monde, même la fille du président, Claude Chirac, s'interroge : "Reste à savoir pourquoi les Français vont voter le 25 mai". Le directeur du Monde Jean-Marie Colombani dénonce le "bon plaisir" du président et souligne que c'est "la première fois qu'un chef de l'Etat use de cette prérogative, sans motif autre que son intérêt du moment".

Eve Bonnivard

Transcription

Jacques Chirac
Je considère en conscience que l'intérêt du pays commande d'anticiper les élections. J'ai acquis la conviction qu'il faut redonner la parole à notre peuple afin qu'il se prononce clairement sur l'ampleur et sur le rythme des changements à conduire pendant les cinq prochaines années. Pour aborder cette nouvelle étape, nous avons besoin d'une majorité ressourcée et disposant du temps nécessaire à l'action.
Henri Sannier
Et, comme prévu, Jacques Chirac a longuement parlé de l'Europe et des échéances difficiles qui se profilent à l'horizon. Là encore, le ton est ferme et résolu.
Jacques Chirac
Pour aborder ces échéances en position de force, pour construire une Europe respectueuse du génie des nations qui la composent et capable de rivaliser avec les grands ensembles mondiaux, votre adhésion et votre soutien sont essentiels.
Henri Sannier
Et troisième temps fort de cette intervention radio-télévisée, l'appel à la cohésion sociale renforcée. Le Président de la République s'en prend ouvertement à tous ceux qui ne respectent pas les valeurs de la République.
Jacques Chirac
Les esprits sont troublés, les principes essentiels ont été mis en cause : le respect dû à chaque homme, la tolérance, la solidarité la plus élémentaire. Des appels ont été lancés et des boucs émissaires désignés. Ensemble, nous devons réaffirmer nos valeurs et les repères civiques et moraux qui sont les nôtres. Ensemble, nous devons dire clairement dans quelle société nous voulons vivre. Les réponses aux grandes questions qui se posent aujourd'hui ne se trouvent ni dans le repli sur nous-mêmes ni dans l'exploitation des peurs et des ignorances.

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