Signature de l'acte de capitulation de l'Allemagne à Berlin

11 mai 1945
02m 03s
Réf. 00174

Notice

Résumé :

Dans la banlieue de Berlin, les officiers alliés accueillent les officiers allemands venus signer la capitulation définitive de l'Allemagne

Date de diffusion :
11 mai 1945
Date d'événement :
08 mai 1945
Lieux :

Contexte historique

La Seconde Guerre mondiale se termine officiellement en Europe le 8 mai 1945, le lendemain de la capitulation à Reims de l'Allemagne nazie. L'amiral Doenitz, successeur de Hitler, qui s'est suicidé dans son blockhaus le 30 avril, demande aux alliés la fin des combats : le général Jodl se rend à sa demande à Reims, au quartier général du général Eisenhower et signe le 7 mai la capitulation sans condition. L'acte de capitulation est contre-signé par le général Bedell-Smith (nationalité?) et le général soviétique Sousloparov. Le représentant français, le général Sevez signe comme simple témoin. Staline n'accepte pas une capitulation signée seulement dans la zone anglo-saxonne, il exige une signature à Berlin, contrôlée par les troupes soviétiques : le 8 mai, le maréchal Joukov accueille au quartier général des forces soviétiques la délégation allemande menée par le maréchal Keitel. Le représentant français, le général de Lattre de Tassigny exige de siéger avec les alliés, et qu'un drapeau français soit accroché aux côtés des drapeaux anglais, américain et soviétique. Keitel manifeste publiquement sa surprise à la vue du drapeau français. A 15 heures, les alliés annoncent la fin officielle des hostilités en Europe. La guerre se poursuit en Asie.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Deux séquences nettement différenciées constituent ce document : dans une première partie, longue d'une minute et trente secondes, la capitulation allemande à Berlin est commentée, puis une seconde partie de trente secondes élargit le propos à la portée historique de la signature. Dans un premier temps, les noms Reims et Berlin sont évoqués sans qu'une explication soit donnée au dédoublement des lieux de reddition. La position de la France à Reims est passée sous silence.

La construction en images du document est alors très classique : extérieur des lieux, arrivée successive des protagonistes qui sont alors présentés. Les caméras pénètrent avec les délégations dans la salle où les documents doivent être signés. La rencontre entre les deux délégations ennemies est mise en scène par l'alternance de champs et de contre-champs. La cérémonie de signatures s'effectue en silence, ce qui permet d'installer sur les images un commentaire qui insiste sur l'état d'esprit du général allemand. L'emphase du commentaire est remarquable : la fibre nationale française vibre, l'histoire des victoires françaises sur l'Allemagne est mobilisée (Iéna, Rethondes).

Dans la seconde partie du document, c'est de la conséquence de la signature dont il s'agit : les canons réduits au silence et les défilés des fantassins. Le commentaire est à la fois lyrique et mensonger : il exalte les fantassins qui ont lutté avec leurs mains, mais passe totalement sous silence un élément capital, la seconde guerre mondiale est une guerre industrielle, une guerre totale qui a mobilisé toutes les richesses, toutes les innovations techniques, et de nombreux civils. Seuls les militaires sont ici présents, ils incarnent aux yeux des réalisateurs les seuls vainqueurs.

Cette lecture des événements est d'autant plus nécessaire qu'en France en mai 1945, la question du devenir des troupes paramilitaires, des résistants et des maquisards n'est pas encore réglée. Ici, les défilés militaires, les soldats anonymes incarnent la seule légitimité. Ils cèdent rapidement la place à des visages d'hommes qui ne sont pas nommés, eux qui incarnent la victoire seuls : des plans resserrés des visages du général de Gaulle, de Winston Churchill, de Roosevelt assis dans une voiture, de Staline en uniforme, tête nue. Ce traitement de l'information a triomphé : dans la mémoire officielle française et dans les esprits, la capitulation du 7 mai a disparu car la France n'y a aucune part. Seul le 8 mai est commémoré.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Commentateur
Reims est le nom de la justice, Berlin est le nom du châtiment. Deux jours après les signatures de Reims, le maréchal Tedder représentant le général Eisenhower arrive à Tempelhof pour présider aux côtés du maréchal Joukov à la ratification de la reddition. Il y est suivi par le général De Lattre de Tassigny venu représenter l'armée française. Et c'est là qu'arrivent presque en même temps le maréchal Keitel, chef d'état major de Hitler. Une salle de l'ancienne académie militaire : Joukov et les alliés d'un côté, de l'autre Keitel et ses acolytes l'amiral Friedeburg et le général d'aviation Stumpf. Drame à deux voix : Joukov demande : «Êtes-vous prêt à signer ?». Keitel n'a qu'un mot : «Ja». Et il y a un terrible silence dans lequel on n'entend que le bruit d'une plume sur le papier. Comme c'est silencieux, l'abdication d'un peuple ! Ils avaient décidé la guerre totale, la victoire totale ; ils ont eu la défaite totale et la capitulation totale.
(Silence)
Commentateur
Keitel regarde ; il est prussien, il pense à Iéna, il pense à Rethondes, il pense qu'il y a encore une fois un nom français au bas de ce papier et qu'une signature, c'est un destin qui se ferme. Et soudain un silence énorme couvre l'Europe : les canons se sont tus. Et ce silence s'emplit d'une rumeur : celle du pas des soldats, de ceux qui vivaient casqués depuis des années et qui simplement, humblement, ont fait la guerre avec leurs pauvres mains et leur pauvre vie. Et derrière cette rumeur, il y a des présences sensibles, des visages familiers dont on fera des images saintes et des légendes, les visages de ceux qui ont joué la victoire pour les hommes de leur pays.

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