L'insurrection de Budapest

07 novembre 1956
02m 52s
Réf. 00183

Notice

Résumé :

L'insurrection de Budapest déclenchée le 23 octobre 1956 est brisée par l'intervention des chars russes le 4 novembre

Date de diffusion :
07 novembre 1956
Date d'événement :
23 octobre 1956
Personnalité(s) :
Lieux :

Contexte historique

Après la mort de Staline le 6 mars 1953, le "nouveau cours" voulu par la direction du PC d'URSS (et qu'illustre en particulier la reconnaissance du "titisme") encourage à plus de hardiesse les éléments réformistes et libéraux dans les démocraties populaires. Les révélations du XXe Congrès sur les crimes de Staline laissent espérer un "dégel du glacier des dogmes".

En Hongrie, le 23 octobre 1956, à l'issue d'une manifestation rassemblant plus de 10 000 personnes, une statue de Staline est renversée. Des unités de l'armée hongroise envoyées pour rétablir l'ordre fraternisent avec les manifestants. Devant l'ampleur des événements, les Soviétiques se retirent de Budapest. Un nouveau gouvernement porté par la volonté populaire et dirigé par Imre Nagy s'installe au pouvoir. Sous la pression populaire qui revendique des élections libres et le rejet du pacte de Varsovie, Imre Nagy annonce le retour au pluralisme politique. Mais en affirmant, le 1er novembre, la neutralité de la Hongrie, il franchit une limite inacceptable pour l'URSS, soucieuse de l'intégrité du bloc soviétique.

Le 4 novembre, un millier de chars russes envahissent la capitale. Janos Kadar est placé au pouvoir. La répression qui s'ensuit fait près de 20 000 morts et 15 000 déportés, tandis que des dizaines de milliers de Hongrois prennent le chemin de l'exil. Imre Nagy sera exécuté le 17 juin 1958.

Eve Bonnivard

Éclairage média

Ce document prend fait et cause pour l'insurrection hongroise. Davantage qu'un compte-rendu journalistique, il s'agit d'un vibrant hommage au sacrifice du peuple hongrois, érigé en martyr de la lutte du monde libre contre la dictature soviétique. Les termes choisis, mais aussi les images (désarroi des insurgés, cohortes de réfugiés) révèlent la compassion du locuteur pour le "drame" des Hongrois. La musique concourt à la dramatisation, de même que le ton sombre et solennel du commentateur ("le deuil d'une nation écrasée par la conscience du monde").

Le discours du ministre des Affaires étrangères du gouvernement Mollet se veut à la fois un puissant témoignage de solidarité et une diatribe contre l'ONU, accusée de ne prêter attention qu'aux aventures d'un "dictateur égyptien", en l'occurrence le colonel Nasser. Christian Pineau, ancien militant syndical, résistant et déporté, accuse l'URSS de s'abriter derrière ce rideau de fumée pour réprimer dans l'indifférence générale l'aspiration des Hongrois à la liberté.

La référence à la Résistance et à la Seconde Guerre mondiale, inscrite en filigrane, se fait explicite lorsque la voix off dit, à propos des images des exilés, qu'elles "rappellent les heures les plus tristes de l'exode". La tension dramatique, portée par la musique, s'accroît à mesure qu'approche le dénouement de ce récit très bien construit : "Les chars russes arrivent....Nouvelle fusée...Les chars russes sont là...Un grand silence tombe sur la Hongrie."

Eve Bonnivard

Transcription

Commentateur
Aujourd'hui, un deuil, le deuil d'une nation, écrase la conscience du monde. Le drame dont on verra ici quelques images, le drame d'une Hongrie qui s'efforçait de se débarrasser de ses liens s'achève dans le sang de son peuple. Les chars russes l'ont réduite au silence. Et l'on écoute avec une immense tristesse et une profonde horreur la voix du ministre des Affaires étrangères, Monsieur Christian Pineau.
Christian Pineau
Après avoir diffusé toute la nuit les appels angoissés de la résistance hongroise, Radio Budapest s'est tue. C'est maintenant le silence. La France toute entière s'inclinera, comme le gouvernement, devant le courage et le martyre d'un peuple prêt à mourir pour son indépendance. Elle regrettera que l'organisation des Nations Unies et certains gouvernements aient préféré, au cours de ces derniers jours, consacrer des heures précieuses à sauver la face d'un dictateur égyptien, auteur d'agressions multiples et prêcheur de guerre sainte, plutôt que d'apporter leur appui à un vaillant peuple affirmant seulement son désir de neutralité et sa volonté d'être libre. Puisse la conscience du monde se réveiller, afin que ne soient pas étouffées dans les tortures et dans le sang, les voix de ceux qui ont voulu faire respecter jusqu'au bout les droits essentiels de la personne humaine.
Commentateur
Au moment même où il parlait, pendant qu'à Budapest les dernières résistances s'effondraient sous les obus au phosphore, aux frontières autrichiennes que n'avaient pas encore atteintes les chars soviétiques, de longs cortèges s'acheminaient, fuyant la tragédie qui s'installait au cœur de leur pays. Des milliers et des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, en d'invraisemblables convois qui rappellent les plus tristes heures de l'exode, ont fui leur ville ou leur village, leur maison, abandonné tout ce qui a fait leur vie pendant des années. Ils n'emportent rien de ce qu'ils pouvaient posséder hier ; rien, sauf cette chose dont ils ont retrouvé pendant quelques jours le goût puissant : la liberté.
(Silence)
Commentateur
Pendant des heures et des heures, le défilé s'écoule. Et soudain, voici qu'il se précipite : c'est la scène de la dernière minute, et peut-être pour certains, de la dernière chance. Au téléphone, un appel ; dans le ciel, une fusée annonciatrice : les chars russes arrivent. Perdus dans la foule, les derniers combattants déposent leurs armes en arrivant sur le sol autrichien.
(Silence)
Commentateur
Là-bas, les chars russes avancent toujours ; la frontière va se fermer ; nouvelles fusées, plus proches, celles-là ; et sur la route, devenue tout d'un coup déserte, la dernière voiture apparaît, filant de toute sa vitesse pour passer la ligne. Les chars russes sont là ; un grand silence tombe sur la Hongrie.