La construction du mur de Berlin

08 septembre 1961
02m 42s
Réf. 00186

Notice

Résumé :

Berlin est divisée par le mur construit en un jour.

Type de média :
Date de diffusion :
08 septembre 1961
Date d'événement :
13 août 1961
Source :
Lieux :

Contexte historique

La ville de Berlin, tout en étant divisée entre les deux blocs, permet jusqu'en 1961 de maintenir des contacts entre les acteurs de la guerre froide, car la coupure n'est pas hermétique : les habitants des deux zones peuvent passer d'une partie de la ville à l'autre, et c'est par Berlin que de nombreux citoyens de RDA gagnent l'Ouest. L'Allemagne de l'Est affronte ainsi une véritable saignée démographique avec le départ vers l'Ouest de trois millions de personnes entre 1949 et 1961.

Pour mettre fin à cette situation, le gouvernement de la RDA décide la construction d'un mur pour séparer la ville. La porte de Brandebourg est fermée à la circulation comme toutes les rues de la ville, désormais séparées. Long de 165 km, le mur est équipé de chemins de ronde, de miradors et fait l'objet d'une stricte surveillance, les soldats et policiers est-allemands ont pour consigne de faire feu sur les fuyards.

La construction du mur a une résonance internationale forte : elle devient l'image de la division de l'Europe mais permet une stabilisation des relations internationales. L'abcès berlinois est désormais percé, la situation ne peut plus dégénérer.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

L'image du mur de Berlin finit par symboliser la division du monde entre les deux blocs car elle traduit facilement, visuellement, la séparation des deux mondes. Le reportage est diffusé dans l'émission Cinq Colonnes à la Une. Il est construit en utilisant un flash-back : partant de la situation en septembre 1961, le journaliste montre d'abord des contacts entre militaires limités à l'utilisation de jumelles, puis en tournant des images depuis un avion, il signifie l'importance physique et géographique du mur de Berlin, avant d'interroger un témoin francophone qui raconte la construction en un jour du mur.

Pour signifier les drames humains de la séparation des familles, les larmes d'une mère et de sa fille de part et d'autre du mur symbolisent le malheur de la division de l'humanité entre les deux systèmes politiques. L'émotion est un des ressorts de l'information mise en scène, sans avoir de commentaires qui préciseraient qu'avec la construction du mur, les raisons directes de tensions internationales autour du sort de Berlin n'existent plus. Les responsables occidentaux ne s'y sont d'ailleurs pas trompé, et ont très faiblement protesté lors des travaux.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Pierre Desgraupes
La guerre froide à Berlin fait grand bruit, mais c'est seulement dans ses haut-parleurs. Américains et Allemands de l'Est échangent des rocks et des cha-cha-cha par-dessus les barbelés, comme les guerriers grecs jadis échangeaient des injures ; c'est un progrès. En revanche, l'arme individuelle et silencieuse, c'est la jumelle. Au carrefour, les sentinelles des deux mondes se fusillent du regard à bout portant. Et tout parait absurde au visiteur qui débarque comme moi d'un pays civilisé, absurde à la mesure exacte de cette absurdité de béton et de fer qui a poussé au milieu de la ville en une seule nuit : le Mur.
(Silence)
Pierre Desgraupes
Cette nuit-là, le vieux Monsieur Schumacher qui habite juste en face, à l'Ouest, dormait encore d'un sommeil léger.
Schumacher (Monsieur)
Je fus réveillé pendant la nuit par les travaux.
Pierre Desgraupes
Vous avez entendu du bruit ?
Schumacher (Monsieur)
Naturellement. Je me suis levé, naturellement et j'ai regardé par la fenêtre pour voir ce qui se passe. J'ai vu les ouvriers. Ils fuient le jour, n'est-ce pas ?
Pierre Desgraupes
Et qu'est-ce que vous avez pensé, Docteur Schumacher ?
Schumacher (Monsieur)
J'ai pensé que c'était un grand malheur pour (tous) les deux parties de notre patrie, n'est-ce pas ? Et qu'il y a beaucoup de larmes qui sont versées et (ils) verseront encore.
Pierre Desgraupes
Oui. Imaginez que d'un coup le sabre on ouvre un homme en deux : c'est ça, Berlin. Chaque moitié soudain s'aperçoit qu'elle a besoin de l'autre, comme si un autre mur, invisible celui-là, avait traversé en une nuit les amours, les amitiés, les familles. Regardez par exemple cette scène entre une mère et une fille : la fille est à l'Ouest, la mère à l'Est. Elles pourraient encore se parler, mais elles ne sont pas seules : à quelques mètres de là, il y a une voiture avec des policiers de l'Est. Alors la mère a peur de se compromettre et elle s'en va.