La crise des fusées de Cuba

31 octobre 1962
03m 34s
Réf. 00187

Notice

Contexte historique

La guerre froide étant stabilisée en Europe depuis la construction du mur de Berlin, les lieux d'affrontement se déplacent sur les autres continents. La crise des fusées éclate à Cuba quand les avions espions américains détectent des travaux pour l'installation d'une base aérienne en avril 1962 ; en octobre, les services américains ont la conviction qu'il s'agit de rampes de lancement pour des missiles que l'URSS est en train de livrer à Fidel Castro.

Après des hésitations, le gouvernement américain est persuadé que ce sont des missiles dotés de l'arme nucléaire qui menacent directement le territoire. Le 22 octobre, le président Kennedy déclare à la télévision qu'il met Cuba en quarantaine, et qu'il s'octroie le droit d'inspecter les bateaux à destination de la grande île. La tension est à son comble jusqu'au recul de l'URSS fin octobre qui accepte de retirer ses missiles.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Le document est riche d'images de provenances et de natures différentes : des cartes, des schémas, (des images d'actualités tournées dans l'enceinte de l'ONU, de l'Organisation des Etats américains, de manifestations à La Havane), ou dans les rues d'Alger indépendante depuis le 5 juillet 1962. Les plans rapides se succèdent et suggèrent la tension de la semaine écoulée qui a mobilisé le monde entier : les diplomates, les militaires, les civils, les chefs d'Etat comme les citoyens qui descendent dans la rue…

Personne n'est indifférent selon ce document ; chacun non seulement est concerné mais possède une opinion qu'il fait connaître. La guerre froide, dans une crise importante, concerne tous les habitants des deux camps, qui s'affrontent symboliquement. La neutralité est impossible, l'engagement s'impose dans le camp de la paix, celui qui lutte contre le déploiement de missiles nucléaires.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Commentateur
Le monde a vécu une semaine dramatique. En mission de surveillance au-dessus de Cuba, les avions U2 américains photographiaient la construction et l'établissement de rampes de lancement de fusées dont l'existence ne pouvait plus passer pour une mesure défensive. Or, Cuba n'étant qu'à 200 kilomètres, les côtes américaines jusqu'à New York étaient tenues sous le feu des fusées à courte portée tandis que les engins à moyenne portée menaçaient les 2/3 des territoires des États-Unis. Ces photographies allaient déclencher l'alerte. Dans un discours imprévu, le président Kennedy dénonçait le péril. «Ces bases», disait-il, «ne peuvent avoir d'autre raison que de fournir une force de frappe nucléaire dirigée contre nous».
(Silence)
Commentateur
Il lançait en même temps le poids de la flotte américaine dans la balance en décrétant le blocus pour tout équipement militaire offensif à destination de Cuba. Or, à ce même moment, 25 cargos soviétiques étaient déjà en route. Qu'allait-il sortir de la rencontre ? Les cargos accepteraient-ils le contrôle ? Les heures commençaient à se faire lourdes. Sur la côte américaine, les radars étaient déjà en état d'alerte ; on suivait dans les cartes des états majors la marche des cargos dont certains, disait-on, étaient porteurs de fusées à charge nucléaire. Or, les consignes étaient strictes : si les cargos tentaient de se soustraire au contrôle et prétendaient continuer leur chemin, l'ordre était de tirer. C'est dans cette atmosphère que le Conseil de sécurité se réunit d'urgence. Plainte de l'URSS accusant les États-Unis de piraterie par la bouche de Monsieur Zorine ; plainte de Cuba ; plainte des États-Unis par la voix de Monsieur Stevenson. Dans le même temps, à l'organisation des États d'Amérique réunie en séance extraordinaire, la place de Cuba était demeurée vide et celle des États-Unis était occupée par le ministre des Affaires étrangères, Monsieur Dean Rusk. L'assemblée approuvait les mesures décidées pour faire face au danger d'agression venant de Cuba. A La Havane, la fièvre était montée au paroxysme ; les manifestations de masse pour conspuer les États-Unis se succédaient. Fidel Castro lui-même va haranguer une population fanatisée qui brandissait des pancartes aux slogans définitifs. La mobilisation générale était déjà entrée en cours : on creusait des tranchées sur les côtes, les postes de DCA guettaient dans le ciel vide l'approche des bombardiers US et l'homme de la rue reprenait l'uniforme. De l'autre côté de l'Atlantique, diverses manifestations prenaient pour cibles les ambassades ou les organismes américains. L'une d'entre elles, celle d'Alger, répondait à la toute jeune amitié Algérie-Cuba affichée depuis la visite de Ben Bella à Fidel Castro. Qu'allait-il sortir de cette fièvre dangereuse ? A Guantanamo, la base louée aux Américains par Cuba pour 99 ans, plusieurs milliers de marines étaient arrivés en renfort. Par contre, femmes et enfants étaient évacués ; tout était possible. Et puis, le miracle de la sagesse et de la fermeté eut raison de la fatalité des dangers en chaîne : Khrouchtchev détourna ses cargos et annonça la destruction des rampes. Reste tout de même Guantanamo dont Castro réclame l'évacuation. Mais l'heure du drame est passée.

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