Le traité de Moscou sur l'interdiction partielle des essais nucléaires

10 août 1963
04m 04s
Réf. 00188

Notice

Résumé :

A Moscou, l'URSS et les Etats-Unis s'entendent pour limiter les essais nucléaires. L'accord est inacceptable pour la France qui voit une tentative pour l'empêcher d'entrer dans le club des pays dotés de la bombe atomique.

Date de diffusion :
10 août 1963
Date d'événement :
05 août 1963
Source :

Contexte historique

Au premier semestre 1963, la détente commence entre les deux grands. La crise de Cuba s'achève; l'URSS a fait savoir le 15 janvier qu'elle ne signerait pas de paix séparée avec la RDA ; en juin une ligne directe, le téléphone rouge, est installée entre Moscou et Washington, et le 10 juin, Kennedy annonce dans un discours à l'université américaine de Washington que "la paix n'est pas forcément impossible ni la guerre forcément inévitable" : il commence à retirer des fusées nucléaires de Turquie et envisage des retraits d'Italie et de Grande-Bretagne.

L'atmosphère se détend, si bien que des négociations s'accélèrent à partir du 14 juillet entre négociateurs soviétiques, américains et britanniques. Elles débouchent sur un texte qui interdit les essais nucléaires dans l'atmosphère, l'espace et sous les océans. Le document est signé à Moscou le 5 août 1963. La France n'accepte pas ce traité qui limite ses possibilités de développer l'arme atomique.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Le document est construit en alternant des images d'actualité tournées à Moscou lors de la signature du traité, des images d'archives d'explosion atomique, des conférences de presse comme celle du général de Gaulle, ou des interviews. Pour expliciter la position du gouvernement français, une voix off critique le contenu des accords et des images tournées en plateau permettent à un journaliste de préciser l'analyse gouvernementale française. L'exercice est difficile car il faut justifier le refus français de ne pas ratifier le traité de Moscou, premier signe tangible de détente internationale dans la guerre froide. Ce refus expose la France à des critiques et fait apparaître l'hexagone comme un pays belliciste.

Le commentaire présente donc les signataires comme des irresponsables, de petits pays qui signent un texte qui les concerne à peine, car ils sont pauvres et ne maîtrisent pas les technologies modernes : les images de travailleurs manuels renforcent le commentaire. La France réclame le droit de participer au club des puissances atomiques, et présente l'accord de Moscou comme un complot contre sa puissance dans le monde. Le document s'achève sur la nécessité de la recherche nucléaire militaire pour développer le nucléaire civil : la France est une puissance pacifique.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Edouard Sablier
Il y a 4 jours, les États-Unis, l'URSS, la Grande-Bretagne signaient un traité à Moscou. Les trois puissances s'engageaient à mettre fin à une partie de leurs expériences atomiques. Les États-Unis et l'URSS disposent chacun aujourd'hui d'un potentiel nucléaire suffisant pour détruire plusieurs fois la planète. Le traité de Moscou ne leur fait obligation ni de détruire ces stocks, ni même d'interrompre leurs expériences souterraines. En d'autres termes, les deux super grands disposent aujourd'hui de l'arme absolue, ont les moyens de continuer à accroître leur potentiel et s'efforcent en même temps d'inciter tous les pays du globe à renoncer à accéder de leur côté à la puissance atomique. Depuis une semaine, la diplomatie conjointe de l'Amérique et de la Russie incite l'ensemble des nations à adhérer au pacte de Moscou. Jusqu'ici, 45 gouvernements ont donné leur signature. Il s'agit dans la plupart des cas de pays n'ayant pas un atome de chance d'accéder à la puissance nucléaire. Pour beaucoup, le prix d'une bombe atomique dépasse largement le montant total de leur budget. Ce porte-à-porte international risque d'avoir un premier résultat : le maintien du monopole nucléaire, et partant, de la suprématie économique et politique entre les mains des Américains et des Russes. Il y a une douzaine d'années, seuls les États-Unis possédaient la bombe ; l'URSS et ses compagnons de route déclenchèrent alors une campagne à travers le monde pour réclamer le bannissement des armes atomiques : ce fut l'appel de Stockholm. L'Amérique, la Russie, l'Angleterre, ce sont les membres de ce qu'on appelle le club atomique. Une quatrième puissance, la France, est reconnue par eux comme puissance atomique, mais la porte du club lui est fermée. C'est pour faire pression sur elle en priorité que les super grands cherchent à enrôler derrière eux le plus grand nombre possible de gouvernements. La France, d'ailleurs, comme l'ensemble des nations, a accueilli favorablement l'accord de Moscou.
Charles (de) Gaulle
Je vous répèterai, une fois de plus, que si, un jour, les Américains et les Soviétiques désarment, c'est-à-dire s'ils en viennent à la destruction et à l'interdiction des moyens nucléaires, c'est de grand cœur que la France s'abstiendra de s'en procurer.
Edouard Sablier
Ainsi, la position de la France est nette : il ne peut être question pour elle d'abandonner à une tierce puissance le soin d'assurer complètement sa défense nationale. Mais surtout, la progression sur le plan économique ne peut se faire aujourd'hui sans l'accès à cette source d'énergie exceptionnelle qu'est l'énergie atomique. En conséquence, renoncer aujourd'hui à la recherche nucléaire militaire, c'est du même coup se priver des résultats nécessaires pour la recherche nucléaire de caractère pacifique. Qu'on le veuille ou non, cette recherche scientifique ne peut progresser qu'en utilisant les résultats de la recherche militaire. Dans quelques semaines, le gouvernement français soumettra aux autres puissances atomiques un plan tendant au véritable désarmement. Il s'agira sans doute d'obtenir la destruction totale des stocks de bombes nucléaires, le contrôle des fusées, avions et navires capables de transporter sur l'objectif ces bombes et du même coup, d'obtenir l'arrêt véritable de toutes les expériences n'ayant qu'un caractère militaire.

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