La fin du Printemps de Prague

26 septembre 1968
05m 12s
Réf. 00192

Notice

Résumé :

L'intervention des chars soviétiques à Prague vue par un témoin tchèque.

Type de média :
Date de diffusion :
26 septembre 1968
Date d'événement :
21 août 1968

Contexte historique

Dans le bloc socialiste, la Tchécoslovaquie innove en janvier 1968 avec l'accession au pouvoir d'Alexandre Dubcek, nommé par le Comité central du Parti communiste. Dubcek souhaite instaurer une démocratie et une économie de marché, il est soutenu par la population qui montre son attachement à l'héritage démocratique tchécoslovaque. Il se réclame du socialisme, mais à visage humain. Malgré deux rencontres avec Brejnev en janvier et février 1968, il ne réussit pas à convaincre l'Union soviétique d'une évolution qui garantisse la pérennité du communisme.

En mars, le communiste Novotny est contraint de céder la présidence de la République au général Svoboda, contemporain de Benès et Masaryk, symbole du pays avant l'ère communiste, et les libertés de presse et d'expression se généralisent. Cette évolution sème la panique dans les gouvernements des pays du pacte de Varsovie qui craignent une contagion dans leurs propres territoires.

Le 3 juillet, Brejnev énonce sa doctrine de la souveraineté limitée des Etats socialistes et déclenche une intervention militaire des forces du pacte de Varsovie à Prague. L'intervention est effective le 21 août. C'est la fin du Printemps de Prague et le début de la "normalisation" soviétique. Le choc est terrible en Europe occidentale, car la normalisation signifie la fin de la possibilité d'une évolution pacifique à l'Est.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Sur des images tournées à Prague pendant l'intervention soviétique, un Tchèque analyse pour le magazine Point contre point la situation et témoigne du choc ressenti par l'intervention soviétique, dans un pays qui n'a pas renié le communisme mais tenté de le faire évoluer. Quelques interviews sont faites dans la ville pour saisir l'ambiance et la désillusion des Praguois, qui est accentuée par le bruit des chars ou des échanges de coups de feu dans la ville.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Jiri Mucha
Moi je suis tchèque, j'habite Prague et j'étais là en ce matin où les blindés sont arrivés. Voyez, il n'y a pas de méchants, de soldats ; et tout de même pour moi, pour nous tous, c'était pire que l'occupation allemande. C'était quelque chose de terrible, parce que c'était un amour jeune qui était tué, un amour pour la liberté et c'est pour ça que vous voyez aussi que les jeunes qui s'opposent, c'est partout la question de la jeunesse. D'abord ils étaient désespérés ; désespérés comme si vous voyez tout d'un coup la fille que vous adorez tuée, méchamment.
(Silence)
Jiri Mucha
Puis on essaya de discuter avec eux, leur expliquer, leur demander : «Qu'est-ce que vous faites là ? Allez-vous en ! Il n'y a pas de contre révolution chez nous».
Journaliste
Est-ce que vous pouvez me traduire...
Jiri Mucha
Oui.
Journaliste
...ce titre ?
Jiri Mucha
Soyez tranquilles et décidés.
(Silence)
Jiri Mucha
Toujours la même chose : «Pourquoi es-tu là ? Pourquoi es-tu là ? Parle, dis-nous. Toi, tu es communiste, non ? Alors qu'est-ce que tu fais ici ?»
(Silence)
Jiri Mucha
Alors le soldat lui dit : «Mais, moi je suis soldat, qu'est-ce que je sais ?» Voyez, on a fait un peu notre pays marcher, et tout de suite vous arrivez défaire comme ça. Les Russes sont bien, sont des amis, mais comment pouvez-vous faire ça à nous ?
(Silence)
Inconnue
J'ai entendu parler, mais j'en sais rien.
Journaliste
Vous avez entendu parler de quoi ?
Inconnue
Que Monsieur Hazissach est prisonnier, est emprisonné par les soldats russes.
(Silence)
Jiri Mucha
La radio, c'était le lien de communication, c'était la radio qui a fait cette immense unité du peuple. Chacun écoutait, chacun écoutait des ordres qui venaient de la radio et c'est comme ça que le pays était tellement organisé. La deuxième phase, c'était l'offensive non armée. Je crois qu'on a prouvé, là, on prouve que les gens sans armes, seulement avec leurs convictions, sont plus forts que les tanks. Dubcek, Dubcek ! On répétait toujours le nom de Dubcek. Dubcek, Dubcek !