La chute de Saïgon

25 mai 1975
02m 39s
Réf. 00195

Notice

Résumé :

Les troupes du nord Vietnam entrent dans Saïgon sans livrer bataille.

Date de diffusion :
25 mai 1975
Date d'événement :
30 avril 1975
Lieux :

Contexte historique

A partir de 1973, la situation des Américains au sud Vietnam se modifie : le président Richard Nixon est affaibli, le congrès met son veto à des opérations militaires d'envergure, et réduit significativement les budgets militaires. Les promesses d'aide matérielle et militaire, promesses faites secrètement par Nixon au président du sud Vietnam, le général Thieu, ne peuvent pas être tenues, et les Etats-Unis retirent leurs troupes peu à peu. L'armée du sud Vietnam ne peut plus faire face sans l'aide américaine, alors que les troupes communistes, plus nombreuses, sont dotées de matériels modernes, de chars et de camions.

L'armée et le gouvernement du Sud se délitent peu à peu : le président Thieu se démet le 21 avril, et l'Assemblée nationale élit Duong Van Minh, qui incarne une troisième voie entre les nationalistes de Thieu et les communistes. Il tente de négocier la paix, mais malgré les tentatives diplomatiques françaises pour obtenir quelques garanties, il est trop tard, l'armée communiste encercle Saïgon. C'est donc sans combattre que les soldats communistes entrent dans la capitale du sud Vietnam.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Depuis presque trente ans, l'Indochine puis le Vietnam connaissent la guerre, d'abord contre la métropole française, puis contre l'impérialisme américain. Le document ne remet rien en perspective historique, il ne salue pas l'avènement d'une paix ou la victoire d'un des deux camps. Centré uniquement sur l'arrivée des militaires communistes, le commentaire est dit d'un ton funèbre : c'est l'adversaire qui a gagné, et la seule reconnaissance de sa "marche triomphale" est empreinte de précaution oratoire ("hors de toute considération politique").

L'échec de la solution de troisième voie incarnée par Duong Van Minh est signalée, sans véritable explication. Il s'agit bien de la vision des vaincus du sud Vietnam qui est privilégiée au détriment de l'interprétation que peuvent faire les vainqueurs du camp communiste.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Claude Manuel
Hors de toutes considérations politiques, la marche vers le palais fut ce qu'il faut bien appeler une marche triomphale. C'est en moins d'une heure que les forces communistes ont investi Saigon sans tirer un coup de feu. Pour ces hommes, l'avenue Thông Nhât demeurera le dernier kilomètre de la guerre, le dernier kilomètre vers une victoire totale et sans condition. Ils se battaient depuis des années pour le Sud, depuis des semaines pour sa capitale ; le cours de l'histoire a fait qu'ils ont pu entrer dans Saigon sans que le sang ne coule.
Journaliste
Qu'est-ce qu'il dit ?
Inconnu
Eux, ils sont des GRP qui viennent d'entrer. Ils sont des GRP du Sud Viêt-nam.
Journaliste
Ils ont beaucoup combattu ?
Inconnu
Ce n'est pas bien dur, mais c'est notre pays et il faut nous reprendre ça.
Claude Manuel
Jusqu'au dernier moment, on avait cru au baroud d'honneur d'une partie de l'armée. En fait, seul un demi bataillon de parachutistes coincé le dos au mur à l'entrée de la base de Tân Son Nhât sera anéanti après avoir mis hors de combat une demi-douzaine de chars soviétiques ultra modernes T62. A 10 h 30 ce matin-là, un ordre du jour pathétique du général Duong Van Minh appelle généraux, officiers et soldats de la république du Viêt-nam à cesser immédiatement le combat. Une heure et demi plus tard, les combattants du Front de Libération investissent le palais Dôc Lâp. A l'intérieur, un homme seul face à la décision qu'il venait de prendre de perdre une guerre qui a coûté au moins 200.000 soldats tués à son pays. Malgré la reddition sans condition, il demeure impossible de dire que le général Duong Van Minh ait bradé le Sud Viêt-nam : homme du dernier recours, il l'était, depuis 10 ans, et depuis le retrait américain, tout le monde savait qu'il n'y aurait pas de dernier recours au Sud Viêt-nam.
VanThieu Nguyen
Je donne le pouvoir à ceux qui l'ont beaucoup plus mérité que moi.
Journaliste
Beaucoup plus mérité ?
VanThieu Nguyen
Oui.
Journaliste
Et beaucoup plus forts, mon général ?
Claude Manuel
En acceptant le pouvoir après le départ du président Thieu, le général Duong Van Minh savait qu'il n'y avait pas d'autre issue que la reddition totale. Il le savait depuis que la radio du Front de Libération avait affirmé qu'une telle occasion ne se représente pas deux fois en mille ans, et l'avait catégoriquement récusé comme négociateur, lui qui s'était tenu écarté du monde politique depuis 10 ans et dont le frère est officier supérieur à Hanoi.