Massacre des palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila

18 septembre 1982
02m 54s
Réf. 00201

Notice

Résumé :

A Sabra et Chatila, deux camps de réfugiés palestiniens à Beyrouth ouest, des phalangistes chrétiens et des soldats libanais ont massacré des femmes, des enfants et des vieillards, alors que les soldats palestiniens étaient évacués depuis des semaines.

Date de diffusion :
18 septembre 1982
Date d'événement :
16 septembre 1982

Contexte historique

La bataille de Beyrouth a commencé le 12 juin 1982 : la ville est coupée en quartiers antagonistes, les Palestiniens contrôlent Beyrouth ouest où sont installés les camps de réfugiés et les infrastructures militaires. Les responsables palestiniens ont en effet opté pour une stratégie particulière devant l'avance rapide des soldats israéliens et les affrontements entre communautés religieuses libanaises. Ils estiment que la bataille de Beyrouth, qui s'annonce longue et coûteuse en vies humaines, va entraîner des solidarités internationales, une mobilisation du monde arabe contre Israël.

Cette stratégie est partiellement un échec : les Etats arabes restent spectateurs du conflit, mais la France intervient pour aider les combattants palestiniens en permettant leur évacuation de Beyrouth-ouest – opération achevée le 3 septembre – et en déployant un contingent de soldats français comme casques bleus, placés sous le commandement de l'ONU. A cette date, Beyrouth n'est plus la capitale politique et militaire de l'OLP, qui doit trouver de nouveaux lieux pour s'installer (Yémen, Tunisie...).

La situation politique libanaise semble alors se stabiliser : le 23 août, Béchir Gemayel, chef de la milice des phalanges et de l'armée libanaise, est élu président de la République. Mais avant même sa prise de fonction, il est assassiné le 14 septembre dans un attentat contre le siège des forces libanaises. Un espoir de stabilisation disparaît. Dans ce contexte, pour maintenir l'ordre, les forces israéliennes entrent dans Beyrouth ouest, suivies par des phalangistes et des soldats des forces libanaises, fidèles de Béchir Gémayel. Ces derniers pénètrent dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, officiellement pour poursuivre les combattants palestiniens encore présents : en fait, ils se livrent à un massacre contre toute la population qu'ils rencontrent dans les camps.

Les commissions d'enquête n'ont pas mis en évidence la responsabilité de l'armée israélienne dans les massacres, qui déclenchent une vague de réprobation dans le monde et des signes de sympathie pour les Palestiniens défaits dans la bataille de Beyrouth. Israël, vainqueur militairement de son affrontement avec les combattants Palestiniens lors de son intervention au Liban, ne réussit pas à empêcher l'OLP d'apparaître comme le bénéficiaire politique de l'opération. L'armée israélienne évacue Beyrouth en octobre.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Ce reportage est composé d'images fortes et rares à la télévision : les corps des civils massacrés sont longuement montrés, tandis que le commentaire s'efface pour faire place au silence, ce qui accentue l'aspect horrible du massacre commis par les milices phalangistes chrétiennes.

La recherche des responsables des massacres fait l'objet de la seconde partie du reportage : les témoignages concordent pour signaler la présence des troupes phalangistes, reconnaissables à leurs uniformes et à l'écusson du cèdre libanais. Une jeune femme précise que les soldats israéliens en l'emmenant l'ont sauvée du massacre : curieusement, le journaliste n'insiste pas sur cette intervention qui montre que l'armée israélienne ne s'en prend pas aux civils mais uniquement aux combattants palestiniens dans son intervention au Liban, et que les massacres de civils relèvent de la guerre civile libanaise à laquelle participent les différentes communautés chrétiennes, musulmanes et les réfugiés palestiniens.

Le reportage rend néanmoins clairement compte de l'horreur de la situation et pose la question du devenir des Palestiniens réfugiés au Liban.

Filmographie :

Valse avec Bachir, Ari Folman, 2008.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Jacques Merlino
Bonsoir. Le drame du Proche-Orient est entré dans une nouvelle phase de folie meurtrière. La nuit dernière, des commandos des milices chrétiennes sont entrés dans les camps de réfugiés palestiniens, à Sabra et Chatila ; ils se sont livrés à une véritable tuerie. Selon le comité international de la Croix-Rouge dont le témoignage est évidemment digne de foi, des centaines de femmes, d'enfants, d'adolescents et de vieillards ont été exécutés. La Croix-Rouge précise que des blessés ont été tués sur leur lit d'hôpital et que plusieurs médecins ont été enlevés. Le reportage de Daniel Bilalian et de Jacques Douay.
Philippe Rochot
Il est 8 heures ce matin quand l'armée israélienne pénètre dans le stade de Fakrani et dans les camps de Sabra et de Chatila pour y découvrir le massacre des civils palestiniens. Les soldats israéliens auraient laissé pénétrer les journalistes avec eux afin de leur montrer qu'ils n'étaient pas responsables de ces massacres. Daniel Bilalian et Jacques Douay, qui découvrent ces corps d'enfants, de femmes, de vieillards, évaluent l'ampleur de ces exécutions sommaires : on parle de plus d'un millier de morts.
(Silence)
Philippe Rochot
Alors, une seule question : les responsables ? Tout s'est passé la nuit dernière ; plusieurs centaines de phalangistes, deux bataillons, accompagnés d'éléments de l'armée du commandant Haddad auraient déclaré à l'armée israélienne qu'ils allaient pénétrer dans les camps pour y traquer les derniers fedayins ; les Israéliens les auraient donc laissé passer, puis tout a dégénéré en massacre ; les témoignages mettent ainsi d'abord en cause phalangistes et soldats du commandant dissident Saad Haddad.
(Silence)
Inconnu
Les hommes du major Haddad sont venus ici et ils ont emmené des gens vers la cité sportive, ici.
Inconnue
Ce sont les kataeb, les phalanges, ou les soldats du major Haddad, je ne sais pas, car ils avaient le cèdre libanais ici. Ils m'ont demandé : «Pourquoi pleurez-vous ?» et ils voulaient tuer. Et puis les soldats israéliens m'ont emmenée avec eux.
Philippe Rochot
Ce soir, l'armée israélienne avait pris le contrôle des camps palestiniens après en avoir expulsé les éléments phalangistes et les hommes du major Haddad. Seule l'armée libanaise régulière sera autorisée à y pénétrer. Mais qu'en reste-t-il aujourd'hui, après 8 années de guerre, pour contrôler sans bavure et sans les excès d'aujourd'hui, ces camps où vivent encore 200.000 réfugiés palestiniens ?