Les débuts de la guerre civile en Yougoslavie

28 juin 1991
01m 40s
Réf. 00206

Notice

Résumé :

La Yougoslavie se disloque : la Slovénie se trouve en état de guerre avec l'armée yougoslave à majorité serbe qui n'accepte pas l'indépendance de la riche république du nord-ouest.

Date de diffusion :
28 juin 1991

Contexte historique

La question de l'avenir de la Yougoslavie est posée depuis la mort de Tito. La domination serbe est de moins en moins bien tolérée par les autres républiques fédérées. Les réformes lancées en URSS à l'initiative de Gorbatchev ont un impact en Slovénie : dès le 11 janvier 1989, le pluripartisme apparaît avec la création du Démos, indépendant du Parti communiste yougoslave, et conduit à la tenue d'élections libres en avril 1990. Mais l'armée yougoslave, où les Serbes hostiles à l'éclatement de la Yougoslavie sont majoritaires, multiplie les opérations d'intimidation, de violence, voire des attaques meurtrières.

La Slovénie et la Croatie déclarent le 25 juin - en vertu de leur droit à l'autodétermination garanti par la Constitution yougoslave - leur "dissociation" d'avec l'État yougoslave, phase transitoire avant l'indépendance effective. Le 27 juin, l'armée yougoslave intervient contre la Slovénie. Dix ans de guerre dans les Balkans débutent. La Slovénie est en partie épargnée : le 29 juin, un cessez-le-feu est décrété, et le 7 juillet 1991, la guerre prend fin avec une médiation européenne qui impose un moratoire de trois mois sur les mesures de "dissociation" slovène et croate. L'indépendance slovène s'opère rapidement, sans nouveau heurt, ce qui n'est pas le cas pour la Croatie vite agressée par la Serbie.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Le reportage est tout entier tourné à Ljubjana, capitale de la Slovénie : il s'ouvre et s'achève avec des images tournées au même endroit, autour d'un détachement de la défense slovène déployée dans la ville avec du matériel de défense anti-aérienne. Entre ces deux séquences, des images tournées dans la ville donnent une idée de l'atmosphère qui y règne. Le commentaire insiste sur l'état de siège, mais les images concordent peu avec ces affirmations, la vie semble à peu près normale si ce n'est la présence de militaires dans la ville qui n'est pas désertée par ses habitants, malgré les affirmations de la journaliste.

Pour asseoir son propos, la journaliste installée devant un kiosque à journaux ouvert fait sa revue de presse et montre les titres qui barrent la une des quotidiens slovènes, puis interroge un écrivain slovène, Boris Novak, qui fait part de sa détermination à résister à une agression yougoslave, tandis que des femmes reviennent de faire leurs courses, leurs paniers lourdement chargés. En fait, les opérations militaires ont eu lieu à la frontière et non pas dans la ville où se trouve l'équipe de journalistes français.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Véronique Taveau
Batteries anti-aériennes postées aux endroits stratégiques, ici l'accès principal qui relie Zagreb à Ljubljana. La tension dans les rues de la capitale slovène ce matin : des blindés qui étaient hier absents ont été mis en place dans la nuit. Des barrages de fortune devant le parlement et la télévision, Ljubljana ce matin : une ville presque en état de siège. «La guerre», «l'agression» : des titres sans détour dans la presse slovène ce matin. «L'occupation» : un seul titre à la une du quotidien Les Nouvelles Slovènes. Dnevnik, le tout nouveau journal indépendant annonce : «l'armée fédérale a pris les frontières». Enfin Delo, le plus grand tirage de Ljubljana, parle d'une guerre qui a commencé en Slovénie. Des rues presque désertes, ici place du Congrès, habituellement la foule. Aujourd'hui, les habitants de Ljubljana préfèrent rester chez eux. Pourtant, en cas d'intervention militaire, tous ici sont prêts à prendre les armes.
Boris Novak
Je n'appartiens à aucun parti politique, mais je soutiens absolument la lutte contre cette agression.
Véronique Taveau
Qu'est-ce qui va se passer maintenant pour vous ?
Boris Novak
Alors, c'est très difficile à le dire, personne ne le sait, mais nous sommes absolument résolus de réaliser notre liberté et de se battre pour elle.
Véronique Taveau
Volonté, consensus : tous se préparent à une éventuelle attaque de l'armée fédérale.