La conférence d'Alma Ata et la naissance de la CEI

21 décembre 1991
02m 11s
Réf. 00208

Notice

Résumé :

A Alma Ata, les présidents des 11 anciennes républiques soviétiques créent la CEI (Communauté des Etats Indépendants) et mettent fin à l'Union soviétique (URSS).

Date de diffusion :
21 décembre 1991

Contexte historique

Après la chute du mur de Berlin et l'effondrement du bloc soviétique, la question de l'avenir de l'URSS se pose : une tentative de coup d'Etat contre le gouvernement échoue pendant l'été 1991 et Boris Eltsine s'impose comme une alternative à Mikhaïl Gorbatchev qu'il entend désormais écarter du pouvoir.

La Communauté d'Etats Indépendants est instaurée le 8 décembre 1991 en remplacement de l'URSS. Trois Républiques slaves (Russie, Ukraine, Biélorussie) la composent ; pour la renforcer, un sommet se tient à Alma Ata le 21 décembre. 8 autres Etats décident d' adhérer à la CEI, mais les motivations des uns et des autres diffèrent largement : alors que la Biélorussie a le plus grand mal à se dissocier de la Russie, qui entend utiliser la CEI pour poursuivre sa domination sur ses voisins, l'Ukraine et le Turkménistan considèrent la CEI comme un moyen transitoire de gérer la séparation et d'évoluer vers un divorce à l'amiable ; d'autres Républiques, comme le Kazakhstan, y voient une institution propice à de nouvelles formes d'intégration volontaire. Les nouvelles institutions sont peu contraignantes et prévoient essentiellement des réunions régulières au niveau des chefs d'Etat ou des ministres.

Le 25 décembre 1991, le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev annonce sa démission car l'URSS qu'il préside n'a plus d'existence.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Dans la salle de conférence, les chefs d'Etat de onze républiques sont réunis pour signer le texte créant la CEI sous l'objectif des caméras et le regard des nombreux journalistes présents. La victoire de Boris Eltsine est soulignée par le commentaire et par les images retenues de Gorbatchev qui gravit l'escalier abattu et seul tandis que son rival est fortement entouré. Des plans de coupe montrent les autres signataires et le commentaire insiste sur les dissensions qui existent déjà et la crainte que la Russie peut inspirer à ses voisins proches.

Le transfert des armes de l'URSS aux nouvelles République est souligné par des images d'archives qui reprennent le lancement de missiles et signalent aux spectateurs les dangers qui demeurent. Le reportage s'achève par un plan séquence tourné en extérieur, où l'envoyée spéciale Corinne Pertuis commente l'avenir sombre qui attend Gorbatchev.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Corinne Perthuis
Onze sur douze : presque un sans faute. Après moins de 4 heures de discussions, au noyau des trois républiques slaves se sont jointes les cinq républiques asiatiques et aussi l'Arménie, la Moldavie, l'Azerbaïdjan. Seule la Géorgie examinera la question de son adhésion plus tard. Ces républiques formeront la C.E.I : la Communauté des Etats Indépendants, sur la base d'une représentation égalitaire ; elles se doteront d'un conseil des états et d'un conseil des gouvernements. C'est un succès personnel pour Boris Eltsine, qui a réussi en moins de 15 jours à faire ce que Mikhaïl Gorbatchev n'était jamais parvenu à obtenir en plusieurs mois de laborieuses réunions à Novo-Ogarievo. Il a même obtenu pour la Russie le siège laissé vacant par l'Union Soviétique à l'ONU. Mais avec trois quarts du territoire de l'ex-URSS et 145 millions d'habitants, la Russie risque de devenir trop embarrassante aux yeux des autres républiques. Noursultan Nazarbaev, président du Kazakhstan et représentant naturel des républiques musulmanes compte bien faire contrepoids à l'influence russe, d'abord via le problème de l'armement. «Nous garderons nos armes» a-t-il dit, refusant la proposition de Boris Eltsine d'amener toutes les armes nucléaires soviétiques sur le territoire de la Russie. C'est d'ailleurs la première pierre d'achoppement dans les négociations de la nouvelle Communauté des Etats Indépendants ; les républiques ont dû repousser au 30 décembre toute décision sur le contrôle de l'arsenal nucléaire soviétique. Jusque là, temporairement, c'est le maréchal Chapochnikov qui assurera le commandement des forces armées de l'ex-Union Soviétique : un rôle assuré jusqu'à présent par Mikhaïl Gorbatchev. L'accord d'Alma Ata met fin officiellement à l'Union Soviétique et par conséquent au poste de président de l'Union Soviétique. Les dirigeants des onze républiques l'ont fait savoir laconiquement à Mikhaïl Gorbatchev. Ils le remercient pour la large contribution au pays qu'il a apportée pendant sa présidence. Et Boris Eltsine d'ajouter : «nous avons beaucoup de respect pour Mikhaïl Gorbatchev ; il doit démissionner dans la dignité».

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