Signature à Paris des Accords de Dayton

14 décembre 1995
02m 13s
Réf. 00215

Notice

Résumé :

A Paris sont signés les accords négociés dans la ville de Dayton (Etats-Unis) entre les Bosniaques, les Serbes, et les Croates pour mettre fin à la guerre en Croatie et en Bosnie.

Date de diffusion :
14 décembre 1995

Contexte historique

La Conférence de Paix sur l'ex-Yougoslavie réunit à Paris les trois belligérants serbe, croate et bosniaque après de difficiles négociations menées sous l'égide du président américain Bill Clinton.

Après 5 ans de guerre, les événements se précipitent pendant l'été 1995 : les Croates mènent l'opération militaire Tempête qui en 4 jours leur permet de libérer la région de la Krajina occupée par les Serbes depuis le début du conflit en 1991. Les tenants de l'idéologie Grand serbe à Belgrade sont défaits. Au même moment, le diplomate américain Richard Holbrooke propose un plan de paix, en assortissant la négociation de menaces, de promesses, de concessions et de bombardements par l'Otan qui déclenche fin août l'opération Force délibérée contre les Serbes de Bosnie, finalement acculés à la table des négociations. Le président serbe Milosevic les représente et négocie à Dayton à huis clos pendant trois semaines.

Les discussions menées avec les présidents croate et bosniaque, Franjo Tudjman et Alija Izetbegovic débouchent sur un accord de paix général conclu le 21 novembre, et officiellement signé au palais de l'Élysée le 14 décembre. L'accord prévoit la division de la Bosnie en deux communautés (la fédération de Bosnie-Herzégovine et la république serbe de Bosnie, la Republika Srpska) sous le contrôle de l'IFOR, troupes sous commandement de l'OTAN.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Après un lancement du sujet en studio est diffusé le reportage tourné au Palais de l'Elysée. Au montage, le journaliste Thierry Thuillier a choisi de placer en ouverture les images qui concluent la cérémonie de signature : les applaudissements et les poignées de mains entre les anciens belligérants désormais en paix. Un plan sur la salle du Palais de l'Elysée montre au spectateur l'assistance nombreuses, et permet d'enchaîner sur un flash back qui reprend les discours de quelques protagonistes. La position internationale de la France est alors affirmée par un plan de coupe qui montre côte à côte l'Américain Clinton et l'Allemand Kohl, assis, écoutant le président français Jacques Chirac commenter les Accords signés à Paris.

Il s'agit bien de mettre en scène le rôle international de la France et de l'Europe, compensation toute symbolique à l'échec de la diplomatie européenne et française qui ont dû céder le pas à l'intervention américaine pour débloquer la situation et ramener la paix dans les Balkans. Il est d'ailleurs remarquable que le total du temps de parole accordé dans le reportage aux chefs d'Etat croate, serbe et bosniaque soit moins important que le temps consacré au président français.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Patrick Chêne
On revient maintenant sur la signature historique de l'accord de paix en Bosnie ; elle a eu lieu peu avant midi à l'Elysée. Un document de 165 pages a donc été paraphés par trois signataires. Thierry Thuillier et Jean Corneille.
(Silence)
Thierry Thuillier
C'est la paix, c'est signé, mais ce matin, elle s'est conclue sobrement, sans effusion dans la salle des fêtes de l'Elysée. Et après quelques secondes d'hésitation, c'est le Croate Tudjman, le premier, qui va à la rencontre de son ennemi d'hier, le Serbe Milosevic puis c'est au tour du Bosniaque Izetbegovic de serrer la main du président yougoslave. Il leur faut désormais dépasser 4 ans d'une guerre sans merci et ce ne sera pas le plus facile, tant cette paix et ces gestes de réconciliation apparaissent fragiles.
Jacques Chirac
L'espérance qui se lève pour tous les peuples de l'ancienne Yougoslavie n'effacera certes pas les 200.000 morts du conflit ; le conflit le plus meurtrier que l'Europe ait connu depuis la Seconde guerre mondiale. Le rétablissement durable de la paix incombera d'abord aux états et aux communautés de la région. Et j'appelle les responsables à tourner définitivement la page de la guerre et de la haine. Je les invite à écrire ensemble, en hommes d'état et en hommes de paix, le chapitre de la réconciliation.
Inconnu
Son excellence, Monsieur Alija Izetbegovic, président de la République de Bosnie-Herzégovine
Thierry Thuillier
«C'était une potion amère», souligne quelques instants plus tard le président bosniaque Izetbegovic, «il faut encore la mettre en oeuvre». «Sur le principe de l'équité», lui répondra Slobodan Milosevic, l'homme fort de Belgrade. Avant que Franjo Tudjman rappelle aux Serbes qu'il leur faut rendre très vite la partie du territoire croate qu'ils occupent toujours dans l'est du pays. Ce matin, la paix a donc été signée, c'est vrai, mais tout reste à faire.