La guerre au Kosovo

25 mars 1998
01m 36s
Réf. 00216

Notice

Résumé :

La répression menée par les policiers serbes contre les Albanais du Kosovo, qui revendiquent l'indépendance de leur région, prend vite la tournure d'une opération militaire et fait craindre à la communauté internationale l'embrasement d'une région traversée par de multiples courants ethniques.

Date de diffusion :
25 mars 1998

Contexte historique

A partir de février 1998, un nouveau conflit embrase le territoire de l'ex-Yougoslave : la république autonome du Kosovo, peuplée d'Albanais, est la cible des nationalistes et du gouvernement serbes qui souhaitent renforcer leur présence et poursuivre leur politique d'affaiblissement des Albanais entreprise dès 1988 par Slobodan Milosevic.

La crainte d'une nouvelle épuration ethnique, après celle menée en Bosnie-Herzégovine, est dans tous les esprits, doublée d'une inquiétude pour l'équilibre fragile du sud des Balkans : la communauté internationale craint une explosion régionale avec des interventions des Etats voisins qui chercheraient à protéger des minorités nationales (l'Albanie et les Albanais, la Grèce et les Grecs, la déstabilisation de la Macédoine multiethnique). Une fois encore, la Serbie et l'idéologie "grand serbe" sont les responsables de la guerre contre les habitants du Kosovo qui résistent à l'oppression depuis dix ans en défendant d'abord pacifiquement leur culture, puis en organisant des groupes clandestins militaires au sein de l'UCK, pour résister à la pression serbe. En dépit des tentatives de médiation engagées par la communauté internationale, les affrontements se poursuivent et semblent devoir s'installer dans la durée.

L'OTAN lance alors une opération de représailles contre la Serbie. Milosevic finit par céder et accepte les conditions fixées par l'OTAN : évacuation des forces serbes du Kosovo, déploiement d'une force internationale de sécurité (KFOR), retour des réfugiés, statut d'autonomie pour le Kosovo placé sous administration de l'ONU.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Les envoyés spéciaux sont sur les lieux du conflit et ils accompagnent la population locale albanaise après une opération militaire de la police serbe. C'est d'abord le point de vue des agressés, la population civile, qui est exposé : les images montrent les armes, les obus et les grenades laissées sur le terrain après l'opération et qui indiquent la violence des affrontements. Des témoins racontent l'événement et font part de leur incompréhension. Ce n'est que dans les vingt dernières secondes que le point de vue de la police serbe est très rapidement exposé : elle recherche des armes, qu'elle affirme avoir trouvées dans les maisons fouillées. C'est la preuve de la présence de militants de l'organisation militaire clandestine albanaise, l'UCK, en conflit avec le gouvernement serbe. La conclusion de Laurent Boussié insiste sur la fragilité du calme qui semble régner : tous attendent en fait de nouveaux épisodes violents qui prolongent la guerre en ex-Yougoslavie.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Daniel Bilalian
Eh bien, les affrontements continuent de faire des morts, selon une formule malheureusement bien établie désormais : manifestations, répression policière. Reportage : Laurent Boussié, Jacques Le Garrec.
Laurent Boussié
Ils sont venus ce matin par petits groupes pour voir les dégâts ; des hommes uniquement, les femmes ont encore trop peur ; certains sont venus des villages voisins en simples curieux, d'autres pour emporter ce qui peut être encore sauvé de leur maison détruite. Nous sommes à Gloxxan, le village où s'est concentré hier l'assaut de la police serbe, après que ceux qu'ils appellent «les terroristes albanais» aient tué un de leurs collègues. Partout, les traces de combat sont encore visibles.
Inconnu
No comment.
Journaliste
No comment ?
Inconnu
Des trucs comme ça, il y en a partout autour d'ici.
Laurent Boussié
Certaines maisons détruites brûlent encore. Cet homme nous raconte que l'attaque a commencé à 11 h ; au début, il était là, mais il a réussi à fuir avec sa famille. Il nous dit aussi qu'il ne comprend pas pourquoi la police s'est acharnée sur sa maison. La plupart des habitants ne sont pas encore revenus et ce matin, à Pristina, les policiers ont tenu à montrer à la presse les armes qu'ils auraient saisies dans les maisons investies. Au même instant, dans les rues de la ville, une manifestation de femmes dénonçait la violence et en appelait à la communauté internationale. Provocation côté albanais, répression violente côté serbe, manifestation dans les rues de Pristina : le cycle de la violence s'est donc répété une fois de plus hier au Kosovo. Aujourd'hui, si la tension est légèrement retombée dans les villages qui ont subi l'assaut des forces de police, ce calme n'est évidemment qu'apparent.