Mers El-Kébir : la flotte française attaquée par la Royal Navy

23 octobre 1940
06m 57s
Réf. 00229

Notice

Résumé :

Le 3 juillet 1940, la Royal Navy se présente devant la base navale de Mers El-Kébir près d'Oran et lance un ultimatum au vice-amiral français Gensoul. Leurs revendications rejetées, les Britanniques ouvrent le feu. Plusieurs navires sombrent.

Date de diffusion :
23 octobre 1940
Date d'événement :
03 juillet 1940

Contexte historique

Le 3 juillet 1940, la force H de la Royal Navy aux ordres de l'amiral Somerville se présentait devant la base de Mers El-Kébir, près d'Oran, porteuse d'un ultimatum offrant aux bâtiments français un quadruple choix : rallier les ports britanniques pour continuer la guerre aux côtés de la Grande-Bretagne ; conduire les bâtiments dans un port britannique ; les mener aux Antilles pour les démilitariser ou les placer sous contrôle américain ; les saborder.

L'amiral Gensoul refusant de répondre positivement à l'une de ces options, la flotte anglaise ouvrit le feu à 16 h 57 : 1297 hommes périrent, dont 977 marins enfermés dans les cales du cuirassé Bretagne. Ce drame, dont la propagande vichyste tira abondamment parti dans sa lutte anti-britannique, illustre les logiques et les passions qui animent chacun des acteurs. Côté britannique, la volonté de neutraliser la quatrième flotte mondiale ne fait aucun doute. Certes, l'amiral Darlan avait promis de ne jamais laisser les bâtiments français combattre aux côtés des Allemands. Mais Londres restait sceptique et n'entendait pas confier le sort d'une Grande-Bretagne aux abois à la seule parole d'un homme. C'est donc avec résolution que Churchill prit la décision qui lui paraissait s'imposer. Côté français, il n'était évidemment pas question de laisser les bâtiments filer en Grande-Bretagne ou ailleurs. Engagés dans une logique de collaboration, les hommes de Pétain n'entendaient pas aider leur ancienne alliée tout comme ils refusaient de se priver d'un atout qu'ils comptaient, à plus ou moins long terme, monnayer avec le Reich.

Dans cette mesure, l'affrontement semblait inéluctable. Il emprunta pourtant une forme particulièrement tragique. Réputé anglophile, l'amiral Gensoul ne chercha pas cependant les termes d'un accord pacifique. C'est ainsi qu'il tut, dans ses télégrammes, l'offre "antillaise" des autorités anglaises, faisant apparaître l'ultmimatum pour plus brutal qu'il n'était. Il ne croyait sans doute pas non plus que les Britanniques passeraient à l'acte. L'amiral Darlan par ailleurs, outré que l'on mette sa parole en cause, n'hésita pas à ordonner que l'on riposte fermement à l'agression britannique, ce qui ne pouvait que conduire à l'escalade. La position de Londres reste encore aujourd'hui confuse. La Grande-Bretagne était-elle véritablement prête à accepter le scénario antillais ou cherchait-elle, une fois les navires en haute mer, à s'en emparer ? Les représailles ordonnées par Philippe Pétain furent relativement légères, bien que Darlan eût préféré des mesures plus sévères. Mais un flot de sang séparait désormais les deux anciens alliés ce qui ne facilita pas, avant 1942, le ralliement des marins français au camp gaulliste. [Voir Hervé Couteau-Begarie et Claude Huan, Mers El-Kébir, Paris : Economica, 1996]

Françoise Berger

Éclairage média

Il s'agit du premier reportage provenant de la zone non occupée. Sa place, en fin de bande, et sa durée (près de sept minutes, la plus longue de tous les reportages) lui confèrent un statut singulier qui montre avec quel soin les Allemands ont voulu rendre compte de l'événement. La mise en scène de ce reportage cherche à toucher les sentiments patriotiques profonds du spectateur. Le commentaire en voix off est très présent, il est virulent dans sa forme (texture, ton, rythme et volume de la voix) et sur le fond, violemment anglophobe. Sur le premier plan, la rade de Mers El-Kébir, le commentaire fait allusion à la tentative, repoussée, de débarquement des forces anglaises menées par le général de Gaulle à Dakar les 23, 24 et 25 septembre. Il est ainsi établi un lien entre les deux événements présentés comme le résultat d'une même trahison venue d'Angleterre.

Ce document fait partie des actualités cinématographiques diffusées du 7 août 1940 au 14 août 1942 sous le label "Actualités mondiales". Pathé et Gaumont s'étant repliés en zone sud, ce journal fut le seul diffusé dans la zone occupée. Version pour la France du journal allemand de l'UFA Deutsch-Wochenchau, il était conçu, monté et sonorisé à Berlin et ne comprenait que quelques sujets portant spécifiquement sur la France.

Françoise Berger

Transcription

AVERTISSEMENT
Commentateur
Le monde entier a été profondément indigné par l'agression ignoble commise par les Anglais sur Dakar. Cette agression, dirigée par l'ex-général de Gaulle, traître à la patrie, a échoué grâce à la résistance héroïque des troupes françaises. Après cet acte révoltant nous recevons enfin le reportage filmé des combats qui ont été livrés à Mers el-Kébir près d'Oran. Comme on le sait, une partie de l'escadre française de la Méditerranée a été concentrée à Mers el-Kébir après la signature de l'armistice. L'Allemagne s'est expressément refusée d'exiger que la flotte française lui soit livrée car elle ne veut pas vaincre avec des armes qui ne lui appartiennent pas. Mais voilà que le 3 juillet au matin une puissante escadre britannique apparaît devant Oran. Il y a encore quelques semaines, cette escadre combattait côte à côte avec la marine française, mais à présent son commandant, l'amiral Somerville, exige sous la forme d'un ultimatum la livraison de la flotte française ou sa destruction.
(Musique)
Commentateur
Branle-bas de combat. Les ordres se succèdent. Le vice-amiral Gensoul, commandant l'escadre française, a évidemment rejeté les revendications des Anglais. Mais avant même d'avoir reçu la réponse de l'amiral français, les Anglais ouvrent les hostilités en faisant miner l'entrée de la rade par leurs avions. Les vaisseaux de bataille français Dunkerque, Provence, Bretagne et le Strasbourg, ainsi qu'un grand nombre de contre-torpilleurs, de torpilleurs et de sous-marins sont de ce fait attaqués par les anciens alliés de la France. L'amiral anglais menace de détruire une escadre qui, il y a quelques semaines, a protégé les Anglais près de Dunkerque et leur a permis de faire leur fameuse retraite victorieuse. Avant qu'on ait pu prendre les mesures indispensables pour la défense, les premiers obus anglais criblent déjà l'entrée du port. Les salves se succèdent. A bord du Dunkerque et du Provence, les feux sont bas et la position difficile de ces deux navires ne leur permet pas de faire usage de toute leur artillerie lourde. C'est ainsi qu'ils sont une cible sûre pour les Anglais. Les beaux navires sont incendiés par les obus britanniques. Voilà des victimes d'une agression qu'un Français ne serait jamais capable de commettre.
(Musique)
Commentateur
Le Bretagne ainsi que le Strabourg tentent de forcer les passes en répondant coup pour coup à l'adversaire. A l'horizon l'escadre britannique. La tentative du Bretagne a échoué. Il a heurté une mine anglaise et coule.
(Musique)
Commentateur
Sous le feu de l'escadre anglaise, les marins français tentent de sauver leurs camarades.
(Musique)
Commentateur
Les compagnies de la sécurité combattent les incendies.
(Musique)
Commentateur
Voilà les victimes de l'agression la plus répugnante et la plus ignoble qui ait jamais été commise.
(Musique)
Commentateur
L'ancien allié de la France ne montre sa force que là où il croit ne pas trouver de résistance. Trois torpilleurs complètement détruits par les lâches agresseurs.
(Musique)
Commentateur
On évacue les marins français morts et blessés.
(Musique)
Commentateur
Les maisons de ces civils ont été également démolies par les obus anglais.
(Musique)
Commentateur
La jetée du port après le bombardement.
(Musique)
Commentateur
A l'hôpital, les premiers soins sont donnés aux marins blessés. Ces hommes ont dû, non seulement prendre part à cette effroyable tragédie après avoir vécu la défaite de leur patrie, mais ils furent également trompés d'une façon ignoble par l'allié anglais pour lequel la France a déclaré, il y a un an, la guerre à l'Allemagne. Les victimes de l'agression d'Oran sont conduits à leur champ de repos. Ils reposent là, dans la terre de l'Afrique du Nord, loin de leur patrie pour laquelle ils sont morts. Le peuple français, fier de ses marins, pleure les victimes de cet acte révoltant.
(Musique)