Le procès Pétain : séance de témoins à charge

03 août 1945
1m 16s
Réf. 00268

Notice

Résumé :

A la première chambre du palais de Justice de Paris, le procès Pétain se poursuit avec l'audition des témoins à charge.

Date de diffusion :
03 août 1945
Date d'événement :
01 août 1945

Contexte historique

Le 23 juillet 1945 s'ouvrait le procès du maréchal Pétain. Suivant les conseils de son avocat, maître Isorni, l'accusé, après une déclaration préliminaire, décidait de refuser de parler. Les grands témoins de la débâcle défilèrent à la barre : le Président de la République, Albert Lebrun, le président du Sénat, Jules Jeanneney, le président de la Chambre, Edouard Herriot ; les grands dirigeants politiques firent de même à l'instar de Louis Marin, patron de la Fédération républicaine, de Léon Blum, leader de la SFIO et d'Edouard Daladier, dirigeant du parti radical. Ironie du sort : l'Etat français avait, trois ans auparavant, déféré Léon Blum et Edouard Daladier devant la cour de Riom. Philippe Pétain fut condamné à mort le 15 août 1945, peine que de Gaulle, le surlendemain, commuait en détention à perpétuité. [Voir Fred Kupferman, 1944-1945, le procès Vichy : Pucheu, Pétain, Laval, Bruxelles : Complexe, 1980]

Françoise Berger

Éclairage média

Les "Actualités Françaises" consacrèrent quatre longs sujets au procès du maréchal Pétain. Le premier, monté dans le journal du 27 juillet 1945, fut précédé par les images du retour de Pétain en France qui avaient été tournées par l'opérateur Petiot, mais n'avaient pas encore été montrées au public français. Les audiences furent enregistrées en alternance par les opérateurs Ansel, Petiot, Michel et Forestier au moyen d'une caméra muette.

Le commentateur des actualités eut la charge de rendre compte des propos des différents protagonistes et ne se priva pas de jouer un rôle de procureur de substitution. Le dernier sujet (journal du 16 août 1945) se termine sur une présentation incomplète du verdict ainsi annoncé : "Les jurés ont parlé : "Oui, Pétain est coupable. Oui, Pétain mérite la mort." Ce dernier mot fut prononcé sur un plan escamoté montrant le Maréchal debout et de profil.

Le commentaire omettait ainsi de préciser que la Haute Cour avait émis le vœu que la sentence ne soit pas appliquée en raison de l'âge de l'accusé. Les actualités ne revinrent pas sur le sort du Maréchal, ni pour faire état de la commutation de sa peine en prison à perpétuité, ni pour évoquer son internement à l'île d'Yeu.

Françoise Berger

Transcription

(Musique)
Commentateur
Dans la salle de la première chambre, le procès Pétain se poursuit. Semaine des témoins à charge. M. Edouard Daladier évoque les souvenirs cruels et honteux de la guerre, de la débâcle et de l'armistice. M. Albert Lebrun rappelle les journées tragiques de Bordeaux, où les chefs militaires ne pensaient qu'à ne plus se battre et où se heurtaient les thèses de l'espérance à tout prix et de l'abandon à tout prix. M. Jeanneney, président du Sénat, apporte son témoignage sur cet homme qui ne se fit remettre le pouvoir que pour en abuser aussitôt. Puis c'est M. Louis Marin qui affirme avec énergie que l'armistice fut un déshonorant manquement à la parole donnée. Et M. Léon Blum évoque la grande peur de Vichy qui ajoutait la honte à la défaite. Avec M. Michel Clemenceau, c'est un peu de la grande voix du tigre qui se fait entendre dans ce débat, où le général doyen vient accuser à son tour. Le président Herriot témoigne dans ce procès où l'on juge un homme dont la carrière va de Verdun à Montoire, dans ce procès où le principal témoin, c'est la France entière, vaincue, trompée et trahie.