Rassemblement de la France libre à Londres

11 novembre 1942
06m 03s
Réf. 00273

Notice

Résumé :

Grand rassemblement de la France combattante à l'Albert Hall de Londres, le 11 novembre 1942. Après l'arrivée du général de Gaulle, la réunion commence par des témoignages de combattants, représentant les différentes composantes de la France Libre.

Date de diffusion :
11 novembre 1942

Contexte historique

En 1942, deux grands rassemblements des Français de Grande-Bretagne ont lieu à l'Albert Hall, la plus grande salle de spectacles de Londres, le 18 juin et le 11 novembre. Ils sont l'occasion pour de Gaulle de prononcer de longs discours de motivation de ses troupes. La Résistance extérieure est née le 18 juin 1940 avec l'appel du général de Gaulle. Celui-ci est reconnu par les Britanniques comme "chef de tous les Français libres" dès le 28 juin.

Si les ralliements sont d'abord très limités, progressivement les forces de l'Empire français rejoignent la France libre, permettant à de Gaulle d'asseoir sa légitimité auprès des Alliés britanniques, puis américains et soviétiques. En décembre 1941, la France libre a une représentation diplomatique à Londres et à Moscou. Ces forces vont s'étoffer après le débarquement en Afrique du Nord, avec notamment le soutien déterminant de la Résistance intérieure.

Cette réunion est donc déterminante pour la France libre pour laquelle elle marque un tournant majeur.

Bibliographie :

Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre, de l'appel du 18 juin à la Libération, Paris : Gallimard, 2001 (Folio Histoire).

Jean-Paul Cointet, La France Libre, Paris : PUF, 1975.

Jean-François Muracciole, Histoire de la France Libre, Paris : PUF, Que sais-je n 1078, 1996.

Françoise Berger

Éclairage média

L'Albert Hall est une immense salle de spectacle : les panoramiques la montrent remplie d'une foule enthousiaste, mais attentive aux témoignages qui se succèdent. Pour renforcer l'importance de ces témoignages, chaque orateur est cadré en plan rapproché fixe. Pour certains, le discours est illustré de courts extraits relatifs à la catégorie représentée par le témoin : pour l'ouvrier, la sortie des usines Renault, pour l'officier de terre, des vues sur les combats dans le déserts, pour le marin, des gros plans sur des marins en action sur un bateau de guerre.

Françoise Berger

Transcription

AVERTISSEMENT
Commentateur
«Un seul combat pour une seule patrie.» C'est pour entendre ce mot d'ordre de la bouche de son chef que la France combattante est rassemblée dans une immense salle de Londres, au rendez-vous du 11 novembre. Pour l'entendre, mais aussi pour le voir ; oui, pour le voir, pour le voir vibrer, vivre, souffrir, espérer. De chacun des fronts de la France combattante, champ de bataille, ville, campagne, prison, école, peloton d'exécution même, des évadés viennent nous dire comment, d'un bout à l'autre de la France et de l'Empire, la nation mène un seul combat pour une seule patrie.
(Silence)
Représentant de l'Empire
Nous, Marocains, Algériens, Tunisiens et enfants de l'Empire, nous avons une haine si grande pour la vaincre, et surtout depuis que de nombreux de nos frères ont été envoyés par force en Allemagne où beaucoup d'entre eux ont péri asphyxiés par les gaz des usines allemandes de [Gbör].
Représentant des anciens poilus
En ce jour solennel, nous, les anciens poilus, nous vous renouvelons le serment fait à nos camarades des tranchées et au soldat inconnu qui repose sous l'Arc de Triomphe.
Deuxième orateur
Nous jurons de délivrer nos frères et de rendre à la France ses libertés et sa place glorieuse dans un monde en paix et en sécurité.
Représentant de la classe ouvrière
La classe ouvrière française est plus décidée que jamais à lutter jusqu'au bout contre l'oppression. C'est par son patriotisme démocratique qui l'a animée au cours de ces derniers mois et qui l'anime encore et nous sommes fiers de l'échec sans précédent que des travailleurs français appuyés par la nation tout entière viennent d'infliger à l'ennemi, à ses serviteurs, en refusant d'aller travailler en Allemagne, travailler pour les Boches.
Représentant des otages
Si j'ai pu échapper aux griffes allemandes et me trouver aujourd'hui parmi vous, que ma présence ici vous rappelle que des milliers, des dizaines de milliers d'otages peuplent les camps de concentration de France. Parmi tous ces otages, il est un groupe dont je faisais partie, qui a été arrêté pour action de résistance : la grande majorité est composée d'êtres livrés par Vichy pour leur opposition à l'ordre nouveau. Parmi eux sont confondues toutes les tendances politiques et religieuses d'avant-guerre. Ceux qui ne sont plus, assassinés tant par Vichy que par les Huns, nous ont légué un devoir : celui de les venger.
Représentant de l'Armée française
Eloignés momentanément de notre mission traditionnelle -le maintien de l'intégrité du territoire national- par un gouvernement soumis à la dictature germanique, nous venons maintenant demander une place au combat pour la libération de notre patrie et le triomphe des libertés humaines. Les coloniaux de la France combattante ont montré et montreront encore qu'ils sont les dignes héritiers de ceux de Champagne, de la Somme et de Bir Hakeim.
Orateur
Paquebots, cargos, caboteurs, pétroliers, bateaux de pêche, au total 680 000 tonnes battent pavillon français et sillonnent les mers ; durement ils paient la rançon de la délivrance.
Représentant des forces navales françaises
Aujourd'hui, éloignés du sol de la patrie, nous voulons avec plus de piété encore nous recueillir ; et au nom de mes camarades des forces navales françaises combattantes et des commandos, affirmer hautement notre volonté de vaincre et de délivrer la France. Cette volonté bien arrêtée, nous la puisons non seulement dans notre foi patriotique, mais encore dans la confiance que nous a inspiré l'insigne privilège qui a été le nôtre de fouler les premiers, depuis juin 1940, le sol de France au cours du raid de Dieppe. Au nom des Bretons, si nombreux dans la Marine et à vos côtés, au nom de la Bretagne qui résiste si magnifiquement à l'ennemi, je veux, mon général, vous assurer de notre complet dévouement et de la foi que nous mettons dans la cause que vous avez été le premier à défendre.
Représentant des aviateurs
Comme aviateur, je veux apporter d'abord le témoignage des camarades dont les efforts, les souffrances, les sacrifices et les succès remportés en France contre un adversaire quinze fois plus nombreux avaient commencé de préparer la victoire alliée et déjà mérité que cette victoire soit aussi celle de la France. Je veux aussi et surtout, pensant à ceux qui nous envient et que ronge l'impatience de nous joindre, apporter le témoignage de mes camarades actuels, de ceux qui ont combattu, souffert, péri ou disparu depuis 29 mois, de ceux qui combattent dans le ciel de France, de Grande-Bretagne, des Pays-Bas, d'Orient, du Levant, d'Afrique, de ceux qui vaincront demain, de tous ceux qui prétendent mériter avec les Alliés la gloire de vaincre et l'éternel honneur de libérer la France. Ce témoignage, le voici : pour nous, il n'y aura d'armistice qu'après la victoire.