Discours de de Gaulle sur les Forces française libres

11 novembre 1942
07m 31s
Réf. 00274

Notice

Résumé :

Discours du général de Gaulle, lors d'un grand rassemblement de la France combattante à l'Albert Hall de Londres le 11 novembre 1942.

Date de diffusion :
11 novembre 1942
Personnalité(s) :

Contexte historique

Le discours du 11 novembre 1942 est d'autant plus important qu'il se situe trois jours après le débarquement allié en Afrique du Nord d'où la France Libre a été exclue. C'est aussi le jour du franchissement par l'armée allemande de la ligne de démarcation, mais l'information ne semble pas encore parvenue à Londres, car le discours de de Gaulle n'y fait aucune allusion. Il rend par contre un très grand hommage aux combattants déjà morts pour la liberté, y compris à ceux de la résistance de l'intérieur. Ce discours marque un tournant important pour la France libre.

Bibliographie :

Charles de Gaulle, Discours et messages, tome 1, Paris : Plon, 1970, p. 233-240.

Site internet :

Charles de Gaulle - Paroles publiques

DVD :

Les grands discours du général de Gaulle présentés par Max Gallo, Ina, 2008.

Françoise Berger

Éclairage média

Lors du discours de de Gaulle, les applaudissements sont très nourris, avant comme après. L'immense foule qui entoure le général de Gaulle semble en adhésion complète avec son chef et prête à redoubler le combat. Et ces mots, "combattre, lutte, effort", scandent son discours. Celui-ci, très long n'est pas diffusé dans son intégralité (dans le reportage original).

Il est à noter que de Gaulle prononce ses discours sans notes, et dans celui-ci, particulièrement long, on peut constater quelques divergences importantes entre cet enregistrement et la version écrite du discours, telle qu'elle a été publiée.

Françoise Berger

Transcription

AVERTISSEMENT
Charles (de) Gaulle
Messieurs, Mesdames, je dis que la résistance française, négativement et positivement, a fait échouer le plan politique de Hitler. Je dis que, sans la résistance française, les démocraties ne pourraient pas gagner la guerre. Mais il reste à faire en sorte que cette guerre soit gagnée par elle avec la France. Je dis : La France, c'est-à-dire, c'est-à-dire, une seule nation, un seul territoire, un seul empire et une seule loi. Ah certes, ah certes, dans l'abîme effrayant où nous avaient fait rouler le désastre et la trahison, mille forces centrifuges se sont exercées sur l'unité de la France où, du moment qu'un pouvoir illégitime et soumis aux ordres de l'ennemi, tournait contre l'honneur, contre l'intérêt, contre la liberté du peuple tous les moyens du gouvernement ; Du moment que ce pouvoir répandait partout une propagande tendancieuse cherchant à diviser la nation contre elle-même en jetant l'anathème contre des catégories entières de citoyens et d'abord contre ceux qui continuaient la lutte pour la patrie. Du moment que l'empire se déchirait en deux, une partie qui continuait d'être tyrannisée et l'autre qui était libérée par le combat, alors certes l'union nationale subissait de bien graves dangers. Et cependant, c'est un fait : qu'elle survive et qu'elle subsiste parmi les Français, qu'ils soient dispersés par la force ou qu'ils soient sollicités par le désespoir, c'est un fait que l'accord secret des âmes s'est réalisé et c'est un fait que cet accord est maintenant public. La masse française est unie en réalité sur trois impératifs que voici. Premièrement, l'ennemi est l'ennemi. Deuxièmement, le salut de la patrie n'est que dans la victoire. Troisièmement, c'est dans la France combattante que toute la France doit se rassembler.
(Silence)
Charles (de) Gaulle
Le ciment de l'unité française, c'est le sang des Français qui n'ont pas, eux, accepté l'armistice ; qui, malgré Rethondes, continuent à mourir pour la France, de ceux qui n'ont pas voulu connaître, suivant le vers de Corneille «la honte de mourir sans voir combattu». Oui, c'est le sacrifice total de certains pour le salut de tous qui rassemble toute la patrie. Soldats morts de (?), Koufra, (?), Damas, Bir Hakeim, (?), Narin, de nos navires coulés: Narval, Surcouf, Alice, Mimosa, (Poulmik?), Viking, (Chasseur 8?), aviateurs tués dans les ciels des batailles d'Angleterre, d'Orient, d'Afrique, volontaires français écrasés à votre poste, équipages de nos navires marchands détruits en service commandé, combattants de Saint-Nazaire tombés le couteau à la main, fusillés de Nantes, de Paris, de Lille, de Bordeaux, de Strasbourg et d'ailleurs, c'est vous qui faites que la patrie est indivisible. Le centre autour duquel se refait l'unité française, c'est la France qui combat. A la nation mise au cachot, nous n'avons jamais rien offert, nous, excepté la lutte et l'effort. Eh bien, il a suffi de cela pour que ce soit vers nous que s'établisse le courant national. Nous avons entendu parler quelquefois de territoires, de troupes, de groupements qui se sont ralliés à nous. Nous voyons arriver tous les jours des hommes venant de toutes les parties de la France et de l'Empire, qui ont tout surmonté pour nous rejoindre. Et nous savons bien quel développement énorme ont pris, en France même, nos vaillantes phalanges de combat, d'action et qui s'appellent : «Combat», «Libération», «Franc-tireurs», «Avant-Garde». Nous connaissons le nombre immense des Français et des Françaises qui nous attendent avec ferveur. Eh bien, où sont les territoires, les troupes et les groupements qui nous ont quitté pour aller jouir des bienfaits de l'armistice ou des douceurs de l'ordre nouveau ? Où est la liste de ceux qui coururent rejoindre Vichy ? Et qui donc a accepté d'être fusillé pour confesser la collaboration ? Et enfin qui a troqué sa croix de Lorraine pour le portrait du maréchal ? En vérité, tous les jours, la nation plébiscite la France combattante. C'est vers elle qu'elle se tourne, c'est en elle qu'elle se reconnaît, c'est d'elle seule qu'elle attend la direction de son combat.
(Silence)
Charles (de) Gaulle
La France est rassemblée dans une seule volonté et dans une seule espérance ; La France toute entière, à la seule exception des traîtres. Eh bien, de même qu'ici nous nous trouvons réunis, des milliers de Français, des milliers de Françaises de tous les pays de chez nous et dont la réunion donne comme une image de la patrie elle-même, de même, dis-je, que nous nous trouvons réunis côte à côte dans un même acte de foi sous le signe immortel de notre croix de Lorraine, ainsi soyons-en sûrs, la France sera rassemblée toute entière dans le dernier effort qui l'attend. Un seul combat pour une seul patrie !