Ceux du maquis

1944
07m 12s
Réf. 00276

Notice

Résumé :

Reportage sur des groupes de jeunes résistants, membres des FFI (Forces françaises de l'intérieur), à l'entraînement dans le camp de Cize, dans le maquis de l'Ain. Ce reportage insiste sur la modestie des combattants, très jeunes, et sur leur grand dénuement et isolement dans les conditions difficiles de la vie en montagne.

Date de diffusion :
1944

Contexte historique

Les maquis sont une composante de la Résistance intérieure, son expression militaire. Ils apparaissent fin 1942 et au début de 1943. Des patriotes se regroupent pour combattre l'occupant, les armes à la main, particulièrement en montagne où les caches sont plus sûres. Une partie des réfractaires au travail obligatoire en Allemagne complètent leurs rangs à partir de 1943.

En février 1944, le Comité français de Libération nationale (CFLN) institue les Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) dans lesquelles fusionnent les groupements militaires de la Résistance intérieure. Le débarquement du 6 juin, l'appel au soulèvement général engendrent une extraordinaire mobilisation qui, au cours de l'été 1944, représente un ensemble de plusieurs centaines de milliers d'hommes armés, plus ou moins bien, grâce aux parachutages alliés. Au fur et à mesure de la libération du territoire, ces hommes sont intégrés dans l'armée régulière qui se reconstitue et poursuit les combats. [Voir Pierre Montagnon, Les maquis de la Libération, Pygmalion, 2000 ; Marie Granet, Les jeunes dans la Résistance. 20 ans en 1940, France-Empire, réed. 1996]

Françoise Berger

Éclairage média

Le commentaire de ce film est dit par Maurice Schumann, la voix célèbre du journal des services français de la BBC. Les scènes ont été tournées par des hommes du maquis eux-mêmes. La date précise de la diffusion de ce film n'est pas connue, mais elle semble être du début de l'année 1944. A ce moment de la guerre, on sait déjà que l'Allemagne sera vaincue et que le débarquement allié en Europe se prépare. Il s'agit d'inciter des jeunes gens à rejoindre les maquis, les "camps de liberté", pour se préparer aux combats. On ne cache pas les difficiles conditions de vie du maquis, en faisant au contraire appel au sens patriotique (levée des couleurs, avec un drapeau français surchargé de la Croix de Lorraine) et au courage des futurs combattants (nombreuses vues sur des exercices physiques et sur le maniement des armes).

Le commentateur martèle véritablement le mot "armée" : malgré les apparences assez misérables de ces soldats de la guérilla, il faut convaincre qu'il s'agit de la véritable armée "régulière", commandée par des officiers en uniforme, une armée qui rassemble des hommes venus de tous les horizons sociaux et politiques (étudiants et ouvriers, échappés du STO, comme l'indique le chant des réfractaires). On doit y voir un appel à l'unité entre les différents partis de la Résistance intérieure, après quelques graves affrontements entre groupes. Les FFI, dit le commentateur, sont sans visage et sans parti, ce qui ne l'empêche pas de dresser la liste complète de toutes les composantes de la Résistance. L'heure est à l'union et à la fin des querelles internes.

Françoise Berger

Transcription

AVERTISSEMENT
(Musique)
Commentateur
Ici… la France. Ici… la France.
(Musique)
Commentateur
La levée des couleurs en plein maquis. Un drapeau : il y en a de plus grands. Un mât : il y en a de plus hauts. Mais ce mât, c'est une branche coupée vivante au tronc d'un arbre des sommets. Et parce que ce mât tordu est un prolongement de la terre, ce n'est plus un drapeau qu'il porte, mais Le Drapeau. Les scènes que nous voyons ont été tournées par les jeunes gens du maquis, en plein coeur du royaume de la Gestapo. Qu'elles aient traversé les vingt polices qu'entretiennent Himmler et Darlan sur notre territoire est en soi seul un miracle de courage et d'audace. L'autre miracle, c'est que malgré les vingt polices et les troupes allemandes qui battent de leurs bottes nos villages, nos champs, nos chemins, les jeunes gens de France, chaque jour, montent vers le maquis, volontaires, toujours plus nombreux pour une vie toujours plus rude, par un, par deux, par trois, ils sont aujourd'hui des dizaines de milliers. L'Allemagne a ses camps de concentration, la France a ses camps de liberté. Les nouveaux arrivants bâtissent leur demeure eux-mêmes. Demeure toujours provisoire car si l'ennemi, vous le sentez bien, arrive ici, avec ses grenades et ses autos mitrailleuses, il ne doit plus trouver personne. C'est la loi du maquis, la menace permanente et les bleus l'apprennent dès leur arrivée, comme ils apprennent à tout faire. Car les maquis ne sont pas des refuges. Les maquis sont une armée régulière. Les maquis sont l'avant-garde des troupes de Libération. Déjà en place sur le sol à libérer, une avant-garde au contact souvent attaqué, qui parfois attaque et qui s'entraîne à attaquer. Comme il y a des unités motorisées, il y a des maquis motorisés. Oui, motorisés. Avec trois camions et cinq motocyclettes et avec une arme pour cinq mais chacun avec du courage pour dix. Des officiers les commandent qui ont l'honneur de se battre en France en uniforme français. Mais, regardons bien l'uniforme de leur garde-à-vous et ceux-ci encore sont parmi les mieux équipés. Des culottes rapiécées et trouées, des chaussettes trop minces, des souliers sans graisse au cuir brûlé prêts à se fendre. C'est avec cela qu'ils courent, qu'ils manoeuvrent, qu'ils rient et qu'ils luttent. La Résistance française avait déjà ses journaux comme elle avait ses héros. Elle avait ses livres comme elle avait ses martyrs. Elle a dit : «J'aurais mes films» et elle les a eus. Et grâce à elle, vous les voyez, tous, armée secrète, francs-tireurs et partisans, corps franc des mouvements unis de résistance, organisations de résistance de l'armée, maquis : tous forment les forces françaises de l'intérieur, les FFI, qui comme les FFL, ont leur bourzouk, leur Koufra, leur Bir-Hakeim. «Ils ont repris possession de lambeaux de la terre natale», a dit d'eux le général de Gaulle, et devant ces soldats réguliers d'une armée régulière, militaires français soumis à des ordres français, avec lui, comment ne pas proclamer nos armées n'ont qu'une âme, de même qu'elles n'ont qu'un drapeau.
(silence).
Commentateur
Et cette armée elle-même va vous montrer comment elle se défend et comment elle entre dans l'hiver. Car comme une armée, comme une armée toujours, les maquis de France ont leur état-major qui va le moins nombreux possible, visiter l'un après l'autre, les centaines de groupes sans cesse mouvants dans la montagne.
(silence).
Commentateur
Pas plus ces jeunes gens n'étaient habitués à cette vie sauvage, pas plus des paysages paisibles n'étaient fait pour abriter des guérillas. Ni steppes, ni immenses espaces inhabités, si désert que paraisse ce bois, une ville est toujours proche, donc l'ennemi est toujours proche. Ainsi, nous les voyons. Nous les voyons pour la première fois, ces fameux bandits. Les voilà, ces soldats volontaires avec leurs visages sans province et sans parti, parce qu'ils viennent de toutes les provinces et de tous les partis. Lequel est l'étudiant, lequel est l'ouvrier ? Lequel sort du séminaire, lequel d'un chantier de jeunesse ? Lequel d'un stalag, lequel d'une prison de la Gestapo. Contre eux, les vingt polices sont en armes. Contre eux, les milices. Contre eux, les Waffen SS. Contre eux, les régiments nazis sont sur pied de guerre. Ils tiennent. Ils veulent tenir. Grâce à la solidarité nationale, ils tiendront. (silence). Ils n'ont pour se tenir chaud que la croix de Lorraine sur la poitrine. Ca ne serait rien, si ce n'était qu'un symbole. Mais c'est beaucoup plus. C'est le signe de la complicité générale qui les entoure car si l'ennemi est partout à les guetter, la terre et ses vrais fils sont aussi là, qui les abritent et les nourrissent. Connaissez-vous le refrain du chant des réfractaires ? «J'ai changé cent fois de nom, j'ai perdu femme et maison mais j'ai tant d'amis et j'ai la France entière.» Voyez ! Ce n'est plus le maquis qui salue ses couleurs, c'est le Drapeau qui salue son maquis.
(musique).