L'appel du 22 juin 1940

22 juin 1940
06m 19s
Réf. 00280

Notice

Résumé :

Enregistrement intégral de l'appel du général Charles de Gaulle à la radio de Londres, le 22 juin 1940.

Type de média :
Date de diffusion :
22 juin 1940

Contexte historique

L'appel du 18 juin 1940, dont aucun enregistrement n'a été conservé et qui a été peu entendu, répondait au discours de Philippe Pétain annonçant la demande d'armistice (voir Le maréchal Pétain commémore l'Armistice du 17 juin 1940). L'appel du 22 juin est le second prononcé par le général de Gaulle à la radio de Londres (BBC).

Il confirme la détermination du général à mettre en œuvre une résistance à partir de Londres. Dans ce discours, il utilise pour la première fois l'expression "France libre" pour qualifier cette résistance de l'extérieur en formation. Les conditions très dures de l'Armistice franco-allemand signé ce même jour à Rethondes sont désormais connues avec précision et de Gaulle évoque "non seulement une capitulation, mais encore un asservissement" qui en découle.

La suite du discours reprend un certain nombre d'éléments de celui du 18 juin, en particulier la possibilité de s'appuyer sur l'Empire et sur les Alliés pour poursuivre le combat. Il répond aussi à l'annonce, le même jour, de la signature de l'Armistice par le gouvernement de Pétain, dans des conditions désastreuses pour la France.

Bibliographie :

Charles de Gaulle, Discours et messages, tome 1, Paris : Plon, 1970, p. 5-7.

Site internet :

Charles de Gaulle - Paroles publiques

DVD :

Les grands discours du général de Gaulle présentés par Max Gallo, Ina, 2008.

Françoise Berger

Éclairage média

Le discours de de Gaulle est d'abord annoncé en anglais (de Gaulle y est présenté comme l'ancien sous-secrétaire à la guerre du cabinet Reynaud), puis un journaliste français le présente à son tour en évoquant une "déclaration de la plus grande importance".

Françoise Berger

Transcription

Charles (de) Gaulle
Le gouvernement français, après avoir demandé l'armistice, connaît maintenant les conditions dictées par l'ennemi. Il résulte de ces conditions que les forces françaises de terre, de mer et de l'air seraient entièrement démobilisées ; que nos armes seraient livrées ; que le territoire français serait totalement occupé et que le gouvernement français tomberait sous la dépendance de l'Allemagne et de l'Italie. On peut donc dire que cet armistice serait non seulement une capitulation, mais encore un asservissement. Or, beaucoup de Français n'acceptent pas la capitulation ni la servitude pour des raisons qui s'appellent : l'honneur, le bon sens, l'intérêt supérieur de la patrie. Je dis : l'honneur, car la France s'est engagée à ne déposer les armes que d'accord avec ses alliés. Tant que ses alliés continuent la guerre, son gouvernement n'a pas le droit de se rendre à l'ennemi. Le gouvernement polonais, le gouvernement norvégien, le gouvernement hollandais, le gouvernement belge, le gouvernement luxembourgeois, quoique chassés de leur territoire, ont compris ainsi leur devoir. Je dis : le bon sens, car il est absurde de considérer la lutte comme perdue. Oui, nous avons subi une grande défaite. Un système militaire mauvais, les fautes commises dans la conduite des opérations, l'esprit d'abandon du gouvernement pendant ces derniers combats nous ont fait perdre la bataille de France. Mais il nous reste un vaste empire, une flotte intacte, beaucoup d'or. Il nous reste des alliés dont les ressources sont immenses et qui dominent les mers. Il nous reste les gigantesques possibilités de l'industrie américaine. Les mêmes conditions de la guerre qui nous ont fait battre par 5000 avions et 6000 chars peuvent nous donner demain la victoire par 20 000 chars et 20 000 avions. Je dis : l'intérêt supérieur de la patrie, car cette guerre n'est pas une guerre franco-allemande qu'une bataille puisse décider. Cette guerre est une guerre mondiale. Nul ne peut prévoir si les peuples qui sont neutres aujourd'hui le resteront demain. Même les alliés de l'Allemagne resteront-ils toujours ses alliés ? Si les forces de la liberté triomphent finalement de celles de la servitude, quel serait le destin d'une France qui se serait soumise à l'ennemi ? L'honneur, le bon sens, l'intérêt supérieur de la patrie commandent à tous les Français libres de continuer le combat, là où ils seront et comme ils pourront. Il est par conséquent nécessaire de grouper partout où cela se peut une force française aussi grande que possible. Tout ce qui peut être réuni en fait d'éléments militaires français et de capacités françaises de production d'armement doit être organisé partout où il y en a. Moi, général de Gaulle, j'entreprends ici, en Angleterre, cette tâche nationale. J'invite tous les militaires français des armées de terre, de mer et de l'air ; j'invite les ingénieurs et les ouvriers français spécialistes de l'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui pourraient y parvenir à se réunir à moi ; j'invite les chefs, les soldats, les marins, les aviateurs des forces françaises de terre, de mer, de l'air où qu'ils se trouvent actuellement à se mettre en rapport avec moi ; j'invite tous les Français qui veulent rester libres à m'écouter et à me suivre. Vive la France, libre, dans l'honneur et dans l'indépendance !