La nationalisation des houillères

30 mars 1945
02m
Réf. 01009

Notice

Résumé :

Le ministre Robert Lacoste annonce la nationalisation des houillères, dans "l'intérêt exclusif de la nation". La nationalisation doit permettre d'accélérer la production mais également de mieux associer les salariés au fonctionnement du travail.

Date de diffusion :
30 mars 1945
Personnalité(s) :

Contexte historique

Les nationalisations constituent l'une des principales réformes économiques de la Libération et marquent la volonté de l'Etat de prendre en main la reconstruction et la modernisation du pays. Dès le 14 décembre 1944, une ordonnance proclamait la nationalisation des houillères du Nord et du Pas-de-Calais. Outre la volonté de prendre le contrôle d'entreprises ayant travaillé pour l'ennemi, la nationalisation des Houillères était également inséparable de l'immense effort de reconstruction qui attendait la France en 1944.

Or, l'Etat apparaissait comme seul à même de conduire cette tâche : les nationalisations devaient assurer aux pouvoirs publics des "leviers de commande" leur permettant de concentrer les efforts et de coordonner les investissements. Enfin, les nationalisations devaient permettre l'instauration de nouveaux rapports sociaux au sein des entreprises concernées, transformant le statut des travailleurs et assurant une répartition plus équitable des pouvoirs au sein de l'entreprise. Après la nationalisation des houillères, le gouvernement procèdera à plusieurs grandes vagues de nationalisations : "nationalisations-sanctions" du printemps 1945 (Renault, Gnôme et Rhône, SNECMA), nationalisation des secteurs bancaires en décembre 1945, nationalisations des compagnies d'électricité et de gaz au printemps 1946. La nationalisation des houillères fut une véritable réussite sur le plan économique : dès 1947, la "bataille du charbon" était gagnée.

Un important effort de modernisation des équipements et matériel fut entrepris, permettant d'améliorer considérablement le rendement journalier des mineurs. En 1949, la production de charbon atteint 52 millions de tonnes contre 47 millions en 1938. En revanche, sur le plan social, les promesses de l'instauration d'une véritable démocratie au sein de l'entreprise ne furent pas véritablement tenues, entraînant une certaine déception pour de nombreux travailleurs.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Après avoir présenté à travers un discours de Robert Lacoste, les motivations générales ayant abouties à la nationalisation des Houillères, le reportage insiste essentiellement sur les conséquences sociales de cette mesure permettant de mieux associer les salariés au fonctionnement de l'entreprise. Il est vrai que l'urgence commande : la production de charbon ne peut redémarrer qu'avec l'accord des mineurs et de leurs syndicats, ce qui explique sans doute cette volonté de présenter sous un jour social la mesure de nationalisation.

Fabrice Grenard

Transcription

(Musique)
Commentateur
«Les houillères sont nationalisées», exposait hier M. Lacoste.
Robert Lacoste
«L'Etat exploite lui-même les houillères dans l'intérêt exclusif de la Nation et non aux profits de particuliers, pour y parvenir, il prend possession de toutes les installations nécessaires. A la tête du système, des mandataires de la Nation exercent toutes les fonctions de direction et de commandement à la place des mandataires des intérêts capitalistes, qui y étaient précédemment installés. L'élimination de cette dernière catégorie d'intérêt est vraiment la caractéristique essentielle de l'ensemble de l'opération».
Commentateur
Ainsi, une première industrie clé, le charbon, doit quitter le cycle de l'intérêt privé pour entrer totalement dans celui de l'intérêt public. Il est nécessaire dans notre effort de rénovation que le charbon, source principale de l'énergie, s'insère directement dans le domaine de la Nation. D'autre part, l'ouvrier, l'ingénieur qui n'avaient jusqu'ici aucun droit dans l'entreprise qui les employait, deviendraient les éléments conscients et actifs de la vie de leurs mines. Producteurs, ils participeraient à la gestion de leur entreprise et à la direction de leur industrie.
(Musique)
Commentateur
Les «gueules noires» qui peignent dans les galeries et ne retrouvent que le soir, le ciel et la couleur de la vie, sont appelés les premiers à devenir, en fait et en droit, les associés de la Nation elle-même. Le mineur du Nord qui vit entre son puits et son coron est aujourd'hui le pivot d'une immense expérience. Pour la première fois en France, une industrie de base va être exploitée par les mandataires de la Nation et par eux seuls, dans l'intérêt de la Nation et dans cet intérêt seul. L'expérience commence. Le peuple des mineurs l'a réussira t-il ? Regardez ces visages, ils sauront le vouloir.

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