Le nouveau franc succède en 1960 au franc Bonaparte

06 janvier 1960
02m 34s
Réf. 01033

Notice

Résumé :

Le "nouveau franc" ou "franc lourd" entre en vigueur le 1er janvier 1960. Un nouveau franc vaut 100 anciens francs. Il est par ailleurs défini par 180 mg d'or fin (contre 290 pour son prédécesseur).

Date de diffusion :
06 janvier 1960
Date d'événement :
01 janvier 1960
Lieux :

Contexte historique

Lors de son retour au pouvoir en 1958, le général de Gaulle doit faire face à une situation financière des plus préoccupantes. L'inflation, que la politique menée par Antoine Pinay en 1952 avait quelque peu ralentie, fut en effet relancée par la guerre d'Algérie. Le déficit budgétaire est considérable et la balance des paiements gravement déséquilibrée. Or le rétablissement de la situation est d'autant plus urgent que la France s'apprête à rentrer dans le marché commun (traité de Rome, 1957) et qu'une monnaie trop faible la condamnerait inévitablement face à un concurrent comme l'Allemagne.

Afin de rétablir les grands équilibres, le gouvernement adopte en décembre 1958 un plan d'assainissement monétaire (plan "Pinay Rueff") : réduction des dépenses budgétaires, suppression de l'indexation des salaires sur les prix (à l'exception du SMIG), dévaluation du franc de 17,55 % et création d'un "nouveau franc" (1 nouveau franc = 100 anciens francs) afin de repartir sur des bases monétaires plus solides. L'entrée en vigueur de ce nouveau franc est préparée par Antoine Pinay, ministre des Finances.

L'opération est considérable : tous les moyens de paiement, les dépôts sur compte, les mandats, factures et amendes doivent être libellés en nouveau franc au matin du 1er janvier 1960. Les machines comptables, les chéquiers, les timbres, comptes bancaires, catalogues de ventes par correspondance... doivent être modifiés à temps. Les réactions furent plutôt vives sur le moment : inquiétude des patrons, grogne des agriculteurs, récriminations des salariés. L'opinion se sentait appauvrie puisque le salaire moyen tombait de 61 000 anciens francs à 610 nouveaux francs. Mais la suite démontrera de façon éclatante la justesse des décisions prises : la balance des paiements se rétablira promptement tandis que l'inflation se ralentit. Le plan "Pinay Rueff" a ainsi ouvert la voie à l'expansion continue et à la prospérité croissante qui seront une caractéristique des années 60.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le commentaire ne cache pas les difficultés psychologiques susceptibles d'être provoquées par l'opération (sentiment d'appauvrissement puisque les salaires sont divisés par cent) et la difficulté de s'y retrouver entre "nouveaux francs" et "anciens francs". Mais en retraçant rapidement les grandes étapes de l'histoire du franc depuis 1814 et les dévaluations successives, le commentaire présente la création du nouveau franc comme quelque chose d'inévitable. Enfin, il cherche à rassurer les Français en reprenant l'expression inventée par Antoine Pinay de "franc lourd" (il s'agit d'une métaphore sportive, celle des "poids lourds" de la boxe) : le franc pourra désormais faire bonne figure aux côtés du franc suisse ou du mark allemand.

Fabrice Grenard

Transcription

(Musique)
Commentateur
Voici donc, en compte, en circulation, en réalité, le nouveau franc, le franc lourd, monnaie sonnante et trébuchante qui fera bonne figure au côté du franc suisse, du mark allemand et de toutes les monnaies qu'on pouvait dire hier à «change haut». Il succède au franc Bonaparte, crée en 1803, et qui aura duré 157 ans. Ce bon vieux a eu des malheurs, à la fin de sa vie. La guerre de 14 en avait fait un jeton, ensuite il était devenu le franc quatre sous, puis dix-sept remaniements successifs avec la guerre et l'occupation, l'avait amenuisé jusqu'à ne plus valoir qu'environ un-demi centime. Il est mort de consomption. Nous voici donc avec un nouveau franc, un vrai franc de 100 centimes qui valent nos 100 francs d'hier. Bien sûr, ce n'est plus tout à fait le franc de Bonaparte, les fleuves ne retournent pas à leur source et les monnaies pas davantage. Avec ses 180 milligrammes d'or fin, il est loin des 290 de son devancier. Il n'en représente plus que 62%, les trois cinquièmes environ. C'est pour cela qu'on ne pourra pas rendre aux hommes de 60 ans, les prix de leur enfance. Et c'est avec une certaine mélancolie qu'ils continueront à regarder des chiffres morts, dans les brouillards du souvenir. On en rajeunira pas moins de quelques lustres mais de façon inégale, le pyjama de Zéphir nous ramène à 14 mais le porte-monnaie, tout cuir, ne nous rend que 1926. On va avoir le veston au prix de 1930, la chemise à celui de 28 et le chou comme en 26 car c'est à ces paliers que le franc lourd nous ramène. Les prix ont augmenté depuis 14, c'est la vie. Mais il y a des cas où la machine se renverse, les progrès des techniques et les conquêtes du machinisme font que les produits industriels ont diminué par rapport au passé. L'automobile, par exemple. Pour un prix sensiblement égal, quelle différence entre la voiture d'aujourd'hui et le bolide de 1919. Tout de même, on va voir la vie avec des yeux rajeunis. Par exemple, à l'énoncé des problèmes à décimales qui ont fait passer à nos enfances, de si joyeuses soirées. Sûrement, on aura des déconvenues, combien d'entre nous vont se sentir frustrés de n'être plus millionnaires et qui ne l'était pas aujourd'hui, était bien sûr de l'être demain. Mais d'autre part, on va être heureusement surpris des nouvelles de son percepteur. Et l'on va recommencer à dire :
Passants
«Elle est pas mal sa voiture... Il l'a économisé sou par sou... Sou par sou...»
Commentateur
Et aussi :
Une mère
«Tu sais, un sou, c'est un sou».
Commentateur
C'est-à-dire que tout revient à sa place et qu'il y a à nouveau moyen d'écrire les mots : solidité, sécurité, avenir. Et c'est quelque chose, vous savez !

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