Les grèves de Decazeville illustrent le drame de la reconversion minière

03 janvier 1962
01m 39s
Réf. 01035

Notice

Résumé :

Le 19 décembre 1961 les mineurs de Decazeville déclenchent une importante grève pour protester contre la fermeture prochaine des mines à ciel ouvert de l'Aveyron et la volonté du gouvernement de les recaser dans d'autres départements.

Date de diffusion :
03 janvier 1962

Contexte historique

La croissance des Trente glorieuses ne concerne pas l'ensemble des activités industrielles et s'accompagne d'importants déséquilibres sectoriels. A partir de la fin des années cinquante, l'industrie minière semble irrémédiablement condamnée en France, avec le développement de nouvelles sources d'énergie moins coûteuses sur le territoire français (hydroélectricité, nucléaire) ou le choix d'augmenter les importations de pétrole. En 1959, le "Plan d'adaptation des Houillères" ou "plan Jeanneney" (du nom du ministre de l'Industrie Marcel Jeanneney) prévoyait ainsi d'importantes réductions d'effectifs et la fermeture de plusieurs puits de charbon. L'un des premiers puits concernés par la fermeture était celui de Decazeville, dans l'Aveyron. La fermeture apparaissait d'autant plus durement ressentie que les mines de Decazeville conditionnaient en fait l'activité économique de toute une région.

Pour protester contre la décision du gouvernement, les mineurs entament une importante "grève sur le tas" en décembre 1961. Cette grève désespérée dure plusieurs semaines et mobilise toute une région derrière ses mineurs. Elle apparaît comme la première étape d'un vaste mouvement de grèves des mineurs qui atteindra son paroxysme au cours de l'année 1963 (marche des mineurs sur Paris en mars 1963). Il s'agit d'un véritable chant du cygne pour la "civilisation de la mine" qui avait symbolisé depuis le milieu du XIXe siècle le développement industriel de la France.

Quelques années plus tard, en 1967, ce sera au tour des sidérurgistes de Lorraine d'opposer une résistance comparable à la fermeture de leurs entreprises et au plan de reconversion mis en place par l'Etat dans cette branche (transplantation des industries sidérurgiques à Dunkerque et Fos-sur-Mer).

Fabrice Grenard

Éclairage média

Si le reportage insiste bien sur la détresse des mineurs touchés par la fermeture du puits de Decazeville et sur l'ampleur de leur mobilisation, le commentaire rappelle cependant que la décision du gouvernement est celle du bon sens économique et que la France ne peut continuer à exploiter des mines qui ne sont plus rentables. La fermeture des mines apparaît ainsi comme inéluctable et le combat des mineurs constitue un combat désespéré.

Fabrice Grenard

Transcription

Commentateur
Combien dura encore la grève de Decazeville ? Depuis plus de 10 jours, quinze cent mineurs font la grève dans leur puits, chaque jour leur famille leur envoie les provisions qui leur permettront un jour de plus de vivre sur les lieux de leur travail. Et les jours passent. Une fois par jour, les mineurs du fond, volontairement immobilisés à 300 mètres sous terre, remontent à la lumière le temps de fumer quelques cigarettes, puisqu'on ne fume pas en bas, d'embrasser les enfants, de prendre une douche. Et puis, ils redescendent reprendre une faction sans terme. Sans terme parce que le problème touche à la fois la raison et le sentiment. C'est le drame de la reconversion. Les mines de Decazeville ne sont plus rentables mais les mineurs habitués à leur mine de père en fils, se refusent à être recasés, ils veulent que continue cette exploitation déficitaire. Et tout Decazeville dans ses heures de crise vit la vie de ceux qui restent en bas. Rue vide, commerçants militants et dans chaque foyer à la table de midi, des chaises vides.
(Musique)
Commentateur
La municipalité elle-même a voulu prendre partie. Derrière son maire, elle a donné sa démission et il semble que onze autres communes avoisinantes l'aient suivie dans son geste. Au milieu de cette population sensibilisée, les gestes naissent, des manifestations s'ébauchent. Les femmes de mineur, un millier peut-être, se sont rendues à Rodez pour réclamer au Préfet la reprise de l'exploitation. Mais le problème dépasse de beaucoup le goût sentimental d'un métier traditionnel. Il faut que le pays puisse vivre d'autres choses si la mine n'est plus capable de le faire vivre. Et c'est là le vrai problème !

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