L'essor des nouvelles formes de distribution : l'exemple de Creil (Oise)

14 février 1970
02m 16s
Réf. 01042

Notice

Résumé :

La ville de Creil se dote à sa périphérie d'une importante zone commerciale où s'implantent des "grandes surfaces". La grande distribution révolutionne les habitudes des consommateurs et menace les petits commerçants.

Type de média :
Date de diffusion :
14 février 1970
Lieux :

Contexte historique

Au cours des Trente Glorieuses se déroule une véritable révolution du commerce et de la distribution en France. En 1950, le commerce est encore pour 85 % le fait de petits magasins isolés. Mais peu à peu, les réseaux organisés se développent et les grandes surfaces (supermarchés et hypermarchés) se multiplient. La distribution de masse est favorisée par plusieurs facteurs : progression de l'urbanisation et extension des banlieues, évolution des besoins (société de consommation), généralisation de l'automobile, mais également des réfrigérateurs qui permettent de stocker les produits alimentaires.

En 1963, Marcel Fournier invente l'hypermarché (grande surface distribuant en très grande quantité des produits alimentaires et non alimentaires) avec le premier magasin Carrefour à Sainte-Geneviève-des-Bois. Le succès est décisif. Carrefour devient rapidement la première société de distribution en France. En 1968, on ne compte encore que 26 hypermarchés en France, mais ils sont 2 587 à la fin de l'année 1973. Sur le modèle des "grandes surfaces" naissent également des centres spécialisés dans les loisirs, l'électroménager, l'ameublement, les vêtements... Les principales villes françaises possèdent désormais à leur périphérie des zones commerciales où s'implantent les magasins de grande distribution, accessibles en voitures et environnés de vastes aires de stationnement.

Cette révolution commerciale modifie profondément les habitudes des consommateurs (achats moins réguliers mais plus importants, extension des bassins de clientèle...). Le succès de ces centres commerciaux périphériques permettra à l'avenir leur étoffement en commerces toujours plus spécialisés (bricolage, jardinerie) associés à des services de restauration et de détente (cinémas, cafés, brasseries...).

Fabrice Grenard

Éclairage média

La confrontation d'images de supermarchés et d'épiceries démontre bien l'opposition entre deux univers. La grande distribution d'un côté (étalages remplis et variés, queues aux caisses, caddies remplis, clientèle nombreuse), appelée à se développer ; le petit commerce de l'autre (clientèle âgée et peu nombreuse, produits peu variés) appelés à disparaître ou à ne plus jouer qu'un rôle d'appoint.

Fabrice Grenard

Transcription

Commentateur
Creil, 70 000 habitants. Dans cette ville industrielle de l'Oise, le commerce traditionnel est attaqué. Trois supermarchés se sont installés à la périphérie. Deux se trouvent face à face, 8000 mètres carré d'un côté, 12 000 de l'autre. Pour conquérir la clientèle du département, c'est une guerre acharnée.
(Silence)
Responsable
Il n'y a absolument pas d'entente, nous dirons même qu'il y a la guerre ouverte. Dans la guerre, toutes les règles sont permises. Nous ne sommes pas installés au même endroit face à face exprès. C'est un pur hasard, nous avions une option sur un terrain qui était d'une superficie de 5 hectares et demi. D'autres concurrents ont trouvé également que la place était excellente et ont voulu faire une surimplantation.
Journaliste
Trois supermarchés à Creil, bientôt quatre, n'est-ce pas un peu trop pour une ville de 70 000 habitants ?
Responsable
Non, ce n'est pas trop ! La clientèle qui nous intéresse, comme celle que nous voulons intéresser, est une clientèle départementale. Nos clients viennent des quatre coins du département.
Journaliste
Madame, vous venez de loin ?
Cliente
Oui, je viens à côté de Montdidier, Monsieur.
Journaliste
C'est à combien de kilomètres ?
Cliente
D'ici ? Oh, je sais pas, au moins 80. Je viens de Rantigny qui est à peu près à une dizaine de kilomètres.
Journaliste
Vous venez combien de fois ici ?
Cliente
Une fois par semaine.
Responsable
Nous constatons que 60% de notre chiffre d'affaire minimum est réalisé entre le vendredi et le samedi. Alors qu'autrefois, une ménagère passait 3 ou 4 heures par jour à courir d'un commerçant à l'autre, maintenant, elle a tout sur le même toit. Ce qui lui permet d'économiser un temps très précieux et d'avoir beaucoup plus de loisirs.
Journaliste
Et que pensez-vous du sort des petits commerçants ?
Responsable
Le petit commerçant doit comprendre qu'une nouvelle politique doit être faite par eux et que le service que nous pouvons pas rendre à la clientèle, puisque nous faisons des prix très bas, doit être fait par eux-même.
Commerçant
On sert plus que de dépannage.
Journaliste
De dépannage, c'est-à-dire ?
Commerçant
Les gens vous trouvent pour un litre de lait, une bricole quoi. Et puis, il y a une chose qu'on oublie aussi, c'est que le pas de porte ne vaut plus rien maintenant. J'ai essayé de vendre, je peux pas.
Journaliste
Mais que faites-vous pour lutter contre leur concurrence ?
Commerçant
Ce qu'il y a, je me suis associé avec ma soeur et nous sommes toujours ouverts. On s'arrange pour les jours de repos, les vacances et tout.
Journaliste
Et que pensez-vous de la concurrence que les supermarchés se livrent entre eux ?
Commerçant
Oh bah ça, ils se bouffent entre eux.