La fusion d'Usinor et de Lorraine-Escaut

22 avril 1966
03m 14s
Réf. 01044

Notice

Résumé :

Dans le cadre de la politique de restructuration de la sidérurgie, deux géants du secteur fusionnent. La première, Lorraine-Escaut, est l'une des plus anciennes entreprises du secteur. La seconde, Usinor symbolise l'essor de la sidérurgie sur l'eau.

Type de média :
Date de diffusion :
22 avril 1966
Source :

Contexte historique

La sidérurgie connaît des difficultés au cours des années soixante, qui obligent les entreprises de ce secteur à se moderniser et à se regrouper. L'après-guerre et la reconstruction avaient fait de la sidérurgie une "industrie clé", figurant comme l'un des secteurs prioritaires du plan Monnet. Mais à partir des années soixante, dans un contexte de libéralisation des échanges et de mise en place du marché commun, la sidérurgie française souffre d'un certain retard et apparaît insuffisamment concentrée pour lutter efficacement contre la concurrence européenne (allemande notamment) et mondiale.

L'Etat décide de réagir en signant en 1966 la convention avec la sidérurgie qui a pour objet de moderniser ses structures et d'encourager la concentration des entreprises du secteur pour permettre l'émergence de grands groupes plus compétitifs sur la scène internationale. L'une des mesures les plus spectaculaires de cette convention fut la fusion de Lorraine-Escaut et de l'Union sidérurgique du Nord de la France (Usinor à Dunkerque). Cette fusion accélère en fait le processus de "littoralisation" de la sidérurgie. Longtemps, cette industrie s'est implantée essentiellement en Lorraine, à proximité des exploitations de minerais de fer (Longwy, Joeuf, Hayange). Mais à partir des années soixante, il devient plus rentable d'importer le minerai de fer de l'étranger que de continuer l'exploitation coûteuse des mines nationales.

Cette nouvelle donne entraîne ainsi l'émergence des installations de "sidérurgie sur l'eau" situées près des ports (Dunkerque, Fos-sur-Mer) et le déclin irrémédiable des industries lorraines. La fusion entre Usinor et Lorraine-Escaut marque dans ces conditions une importante restructuration du secteur et profite essentiellement aux usines de Dunkerque alors que les entreprises lorraines doivent procéder à une baisse importante de leurs activités et de leurs effectifs.

Fabrice Grenard

Éclairage média

La fusion entre Usinor et Lorraine-Escaut n'est pas qu'une simple opération de concentration industrielle, comme tend à le faire croire la première partie du reportage. Elle marque en fait une véritable restructuration de la sidérurgie française et le début de l'irrémédiable déclin des entreprises lorraines qui avaient dominé le secteur depuis la fin du XIXe siècle. Cet aspect des choses ne transparaît qu'à la toute fin du reportage, lorsque des interviews de mineurs lorrains laissent entrevoir leur crainte devant le chômage. De fait, les réductions d'effectifs de la sidérurgie lorraine provoqueront l'année suivante, en 1967, d'importants mouvements de grève.

Fabrice Grenard

Transcription

Michel Honorin
Lorraine-Escaut, c'est 25 000 ouvriers, techniciens et cadres. C'est une Tour Eiffel d'acier par jour, neuf fois le poids du France en poutrelles, deux fois et demi le tour de la terre en feuilles d'acier de 10 centimètres de largeur, c'est aussi un petit tuyau de Paris à Tahiti, un gros tube de Paris à Moscou, des rails pour une voie ferrée de Paris à Tarbes. C'est vite fait, en deux mots, le bilan annuel de ce géant. Usinor, c'est 20 000 emplois, avec l'ouverture sur la mer du nord. «L'usine des sables» comme on dit à Dunkerque. Presque 2 millions de tonnes d'acier l'année dernière et de grandes espérances. Un autre géant qui va fusionner avec le premier.
(Silence)
Michel Honorin
Le président de Lorraine-Escaut, M. Labbé, nous donne les raisons du mariage.
Roland Labbé
Le projet de fusion... qui a été réalisé entre Usinor et Lorraine-Escaut fait partie d'une évolution générale de l'industrie sidérurgique, non seulement en Europe, mais dans le monde entier. Il est certain, qu'en Belgique, que dans le grand duché du Luxembourg, qu'en Allemagne, des concentrations de cette sorte se sont déjà réalisées et que la sidérurgie française en compétition directe avec les industries européennes d'une part, avec les industries mondiales d'autre part, doivent inévitablement se mettre à parité des unités étrangères qui existent déjà maintenant.
Michel Honorin
Le premier géant de l'acier français est donc né, il pèse 6 300 000 tonnes. La France remonte de la 11ème place européenne à la 4ème, elle entre du même coup dans l'ère des grands combinats. Voici ce qu'en pense quelques ouvriers. Que pensez-vous de la fusion Lorraine-Escaut et Usinor ?
Ouvrier
On peut dire une chose que, un point de vue ça n'a pas avantagé les ouvriers puisqu'il y a pas mal de déplacements qui vont se faire. Que on craint le chômage. Les primes de production de tout ça vont ralentir.
Michel Honorin
Pardon, Monsieur, que pensez-vous de la fusion entre Lorraine-Escaut et Usinor ?
Ouvrier
Oh, travailler plus et gagner moins.
Michel Honorin
Il y a du chômage ici ?
Ouvrier
Eh bah ça va venir, c'est tout près, tout près.
Michel Honorin
Et vos camarades de Longwy, ils sont inquiets ?
Ouvrier
Ah, pas mal.
Michel Honorin
Oui.
Ouvrier
Y en a qui le voient mauvais.
Michel Honorin
Dans les mines des deux sociétés d'où sont extraits près des trois-quarts du minerai utilisé par les hauts fourneaux, on s'inquiète un peu de l'importance de Dunkerque qui n'utilise que du minerais étranger amené par cargo. On dit qu'il y a de l'inquiétude en Lorraine, c'est vrai, ça vient d'où ?
Ouvrier
Bah avec tout ce qu'on entend et tout ce qu'on voit, bien sûr qu'y a de l'inquiétude.
Michel Honorin
Mais rien de sûr
Ouvrier
Oh certainement, c'est sûr.
Michel Honorin
Oui.
Ouvrier
C'est sûr.
Michel Honorin
Qu'est-ce que vous pensez de la concentration entre Lorraine-Escaut et Usinor ? Vous pensez que c'est bien pour les ouvriers du coin.
Ouvrier
Bah écoutez là, pour ma part, j'en sais rien encore, c'est pas assez ancien encore.

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