Les vacances des Français en Espagne durant l'été 1964

30 septembre 1964
03m 49s
Réf. 01049

Notice

Résumé :

Une jeune fille française fait le récit de ses vacances en Espagne, passées dans un camping au bord de la mer.

Date de diffusion :
30 septembre 1964

Contexte historique

Lors des Trente Glorieuses, les vacances des Français entrent dans l'ère des masses : on passe d'environ 8 millions de vacanciers en 1951 à 20 millions en 1966. Si cet essor touche d'abord les vacances à l'intérieur de l'Hexagone, il concerne aussi rapidement les pays étrangers : d'après l'Insee 3,3 millions de séjours des vacances d'été en 1965 se sont déroulés à l'étranger contre 19,1 millions en France.

La découverte de l'étranger se fait d'abord dans les pays frontaliers méditerranéens, au premier rang desquels l'Espagne. C'est véritablement l'âge d'or des vacances d'été de l'autre côté des Pyrénées, en particulier sur la Costa Brava, symbole du tourisme de masse que Franco a accepté de développer sous la pression des milieux économiques : les séjours y sont très bon marché, les campings y fleurissent. En 1962, 3 millions de Français se rendent ainsi en Espagne, et lors de l'été 1964, à l'époque du reportage, ils sont 7 millions. La Nationale 9 qui y mène concurrence désormais la célèbre Nationale 7. Le col du Perthus et ses vingt kilomètres d'embouteillage deviennent légendaires, l'un des points noirs les plus importants sur la route des vacances : il faut bien souvent des heures d'attente pour atteindre le poste-frontière de la Junquera.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet des Actualités Françaises consacré aux vacances des Français en Espagne se décompose en deux moments. La première séquence sur la célébration du onze millionième touriste français en Espagne, très brève, n'est qu'une introduction à la suivante qui retrace le voyage d'une Française, "notre amie Angèle". C'est elle-même qui fait sur un ton décalé et humoristique le récit de son séjour. On sort ainsi complètement du cadre d'un reportage d'information : il s'agit en quelque sorte d'une comédie, puisque certaines scènes sont spécifiquement mises en scène et jouées par des acteurs, dont la fameuse "Angèle".

Toutefois les souvenirs de ladite Angèle et les images qui l'illustrent ont d'une certaine manière une valeur informative. Elles symbolisent en effet le phénomène de masse que sont devenues les vacances dans les années 1960, et en particulier celles des Français en Espagne, puisqu'ils sont en 1964 7 millions à franchir les Pyrénées. Les plans sur la longue file de voitures au col du Perthus, sur la route du poste-frontière de la Junquera, attestent de l'afflux phénoménal de véhicules se rendant en Espagne. De même, les vues de la foule très dense de voyageurs, gare d'Austerlitz à Paris, ainsi que sur une plage envahie de baigneurs, illustrent l'essor du tourisme de masse en Espagne. Les images d'un camping et de ses divers équipements sont aussi très représentatives du développement de ce genre de vacances qui se généralise dans les années 1960.

Christophe Gracieux

Transcription

(Musique)
Commentateur
A la frontière franco-espagnole cette année, on a passé le cap des 11 millions de visiteurs. Ces jours-ci, une petite fête avait été organisée pour le passage de ce onze millionième touriste, une Française, qui a été congratulée et comblée de présents. Notre amie Angèle, elle aussi a passé ses vacances en Espagne. Angèle qui est aussi digne de foi qu'elle est bien de sa personne. Alors Angèle, ces vacances ?
Angèle
Et bien j'avais pensé, tout d'abord, prendre le train mais comme dit cet acteur français que j'adore Peter Ustinov : «L'ennui dans les vacances, c'est que tout le monde a la même idée, le même jour, au même endroit.» Alors j'ai pris la voiture, toute seule, j'ai drôlement bien marché, deux jours.
(Musique)
Angèle
Le troisième jour, je me pointe à 7h, je croyais être à la frontière, j'en étais encore à 8 kilomètres, exactement l'autoroute le Lundi de Pentecôte à 7 h du soir, avec des gens qui ricanaient, des jaloux sûrement. A midi, on avait déjà fait 4 kilomètres. Question ravitaillement, très bien, j'ai mangé une de ces glaces, extra ! Pas de restaurant en vue, heureusement les gens de l'Ariane m'ont invité, des gens charmants, des gens du Nord, je crois. Oh, et puis j'ai eu un choc, une 2CV en panne, j'ai cru que c'était Odette. Mais que je suis bête, Odette est à Royan. A la douane, sensationnel, tu n'as même pas besoin de descendre, ton passeport, ta paperasse, tout en voltige. Alors là, la voiture s'est mise à faire un bruit. Oh j'étais folle ! Jamais elle n'avait fait ça. Oh il paraît que c'était les amortisseurs. Sur ces entre faits, je suis arrivée au camp. J'ai eu du mal à trouver. Y en a, mais y en a ! Et la publicité, c'est comme en Amérique, enfin d'après ce que j'en sais. Je ne connais pas l'Amérique. Parce que moi les vacances, c'est le camping. Ce qu'il me faut, c'est la nature. J'ai trouvé un coin très bien. Entre des écossais de Glasgow et une famille de Bois-Colombe. Allée numéro 12, la 37ème tente sur la gauche, une petite bleue juste après les deux grandes jaunes. Et puis tout est organisé. Et puis drôlement bien. Oh et puis tu comprends, tu es libre, tu fais ce que tu veux, tu t'organises comme tu veux, tu es complètement indépendante, quoi. Pour la toilette, par exemple, eau chaude et eau froide, parfaitement et douche. Un succès, les douches ! Ca commençait à 5h du matin le défilé. Oh je le sais, je couchais juste derrière.
(Musique)
Angèle
Tout, je te dis. Tout comme chez soi. Mieux que chez soi, même. Parce qu'un poulet pour moi toute seule, là tu comprends ! A 5 h, après la sieste, tous à la plage. Alors là, tu ne peux pas t'imaginer. Un sable fin, fin ,fin. Remarque que si tu voulais t'isoler, tu pouvais toujours.
(Musique)
Angèle
Moi, j'avais trouvé un petit coin de rocher, tout au bout de la plage, formidable ! Oh, il faut que je te raconte. J'ai fait la connaissance d'un garçon très bien. On a parlé espagnol pendant cinq minutes avant de s'apercevoir qu'on était Français tous les deux. Oh mais j'ai tout de même fait la connaissance d'un Espagnol, un vrai lui. Il parlait très bien. Mais manque de peau, c'était le dernier soir. Et il tombait des cordes. Remarque que l'an prochain, je ne sais pas encore où j'irai, mais j'ai bien envie d'aller par là. Je ne connais pas, mais il paraît que le ciel est si beau. Surtout la nuit.

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