L'essor des vacances aux sports d'hiver

24 janvier 1970
05m 32s
Réf. 01052

Notice

Résumé :

Les stations de ski des Pyrénées et des Alpes connaissent un afflux de vacanciers de plus en plus considérable au début des années 1970.

Type de média :
Date de diffusion :
24 janvier 1970

Contexte historique

La pratique du ski développée dans les années 1930 dans des villages déjà fréquentés l'été, tels que Chamonix ou Saint-Gervais, connaît un essor important dans les années 1960, à une époque où les vacances deviennent un phénomène de masse. Face au succès grandissant des sports d'hiver, l'Etat décide la création en 1964 d'une Commission Interministérielle d'Aménagement de la Montagne, sous l'impulsion de Maurice Michaud.

Un Plan Neige est alors appliqué, reposant sur l'idée que seul le tourisme de "l'or blanc" peut sauver l'économie montagnarde. De 1965 à 1975, des stations dites intégrées sont ainsi aménagées, essentiellement dans des espaces vierges des Alpes. Assimilées à de véritables villes nouvelles et réalisées par un seul promoteur, elles se veulent avant tout fonctionnelles : l'urbanisation est groupée devant le "front de neige" et tout est concentré sur la pratique du ski.

Les stations de sports d'hiver connaissent de fait une véritable explosion. On passe de 137 stations en 1966 à 200 en 1975, alors que l'on n'en comptait qu'une trentaine en 1946 et 50 en 1960. Sont notamment créées La Plagne, les Arcs, les Ménuires, Avoriaz et Isola. En 1972, ce sont 1,6 millions de skieurs qui se rendent dans les stations de sports d'hiver. Pourtant l'exploitation de l'or blanc laisse apparaître rapidement quelques limites : le ski demeure une pratique de catégories aisées - les inégalités sociales constatées pour les vacances d'été s'observent encore plus pour les vacances d'hiver - et la clientèle étrangère n'afflue pas massivement vers les stations françaises.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage traite principalement d'abord de la massification qui touche les stations de ski. De très nombreux plans insistent ainsi sur le flux considérable de vacanciers qui se rendent à la montagne pour skier : images de files de voitures à l'entrée de la station, de parkings combles et de trains bondés. Sont également montrées des images de la foule des skieurs entassés sur quelques mètres carrés de neige ou attendant devant une remontée mécanique. Le commentaire amplifie cette impression d'entassement, donnant aux spectateurs des chiffres sur l'expansion du nombre de lits dans les stations, ou sur le temps nécessaire pour quitter la station en voiture.

Le reportage insiste sur la reproduction du modèle citadin à la montagne, des embouteillages à la réutilisation d'un autobus parisien - le directeur des Deux-Alpes affirmant que "les Parisiens sont heureux de retrouver leurs habitudes". Le sujet est en outre traité sous l'angle des mutations de la montagne, de son économie comme de son espace. En ouverture du reportage, sur fond de musique classique, un cheval de trait avançant dans la neige est longuement filmé, symbole de l'économie montagnarde traditionnelle. Précédées d'un panneau publicitaire vantant un séjour au ski, apparaissent immédiatement après les images d'une cohue d'automobiles accédant à la station de La Mongie, sur fond de musique rock. Ces images, de même que celles de nombreuses infrastructures (remontées mécaniques, parkings, immeubles), emblématiques du développement de stations fondées sur l'or blanc, contrastent sensiblement avec celles d'une nature vierge et isolée. La montagne apparaît désormais comme un objet de consommation, investie comme espace disponible pour l'usage des citadins.

Christophe Gracieux

Transcription

(Musique)
Claude Thomas
Un jour qui n'est plus très lointain, ces images prendront leur place dans la cinémathèque au rayon du souvenir. La neige est devenue un bien beaucoup trop précieux, pour être abandonnée librement au chien de chasse ou au cheval de trait.
(Musique)
Claude Thomas
En 1970, la montagne elle non plus, n'a pas de place ni de temps à perdre.
(Silence)
Claude Thomas
Bien avant l'aube, en ce début de week-end, ceux-ci ont pris la route, pour être parmi les premiers à pied d'oeuvre. Certains n'ont même pas eu le temps de chausser les pneus à clous et à 5 heures de Bordeaux ou de Toulouse sous le pic de midi à l'altitude 1800, il n'est que de fermer les yeux un instant, pour retrouver l'ambiance de la Place du Capitole ou des Quinconces à l'heure des embouteillages. Le parking compte 4000 places et pourtant, le nombre de véhicules en stationnement interdit comblerait les rêves du contractuel le plus ambitieux. On dénombre 1500 lits dans la station et lorsqu'il a bien fallu couper la route pour arrêter le flot montant des voitures, ils étaient 15 000 à chercher un carré de poudreuse pour chauffer les skis. Et qu'on ne se fasse pas d'illusions, le soir, il y a aura deux heures d'attente pour gagner les lacets de la descente et la file du retour illuminera la montagne entière. Lorsqu'ils décideront de rentrer, tous ensemble, à quelques malheureuses exceptions près, contraintes au repos forcé.
(Silence)
Claude Thomas
On casse beaucoup ?
Inconnu
Comment ?
Claude Thomas
On casse beaucoup ?
Inconnu
Oui, on casse beaucoup, bien sûr on casse beaucoup, on casse comme dans toutes les stations. C'est fonction d'un pourcentage de fréquentation.
Claude Thomas
C'est quoi la moyenne ?
Inconnu
La bonne moyenne pour avoir une bonne rentabilité, c'est un pour mille. Mais c'est un pourcentage a ne pas dépasser.
(Silence)
Claude Thomas
A la même heure où presque, la relève des vacanciers de la semaine prend le départ. Au flot des voitures vont s'ajouter les cargaisons ferroviaires. Propagande aidant, personne ne saurait ignorer qu'il y a désormais une neige pour chacun. Individuel ou familial, pour les moins de 5 ans comme pour les plus de 50. Populaire ou mondaine.
(Silence)
Claude Thomas
Les temps ont bien changé. Aux grands rushs des vacances de Noël, c'est subsister la régularité de l'afflux quotidien. Et on commence à s'inquiéter à l'autre bout de la chaîne où l'on annonce déjà complet partout pour février.
(Silence)
Claude Thomas
Ils sont un million et demi et s'accroissent régulièrement de 10% l'an. Tandis que l'Europe redécouvre que les Alpes sont aussi françaises et que l'étranger affirme qu'en France, on skie déjà en l'an 2000.
(Silence)
Claude Thomas
A l'autre bout, les Alpes ont bien sûr déroulé toute leur mécanique et attendent sans panique les envahisseurs.
(Silence)
Claude Thomas
Dites-moi, c'est une curieuse idée d'amener des autobus parisiens dans l'Isère.
René Faure
Et bien, nous leur faisons prendre la retraite ici, voyez, ils sont au bon air et ils coulent une douce vieillesse et les Parisiens sont heureux de retrouver leurs habitudes.
Claude Thomas
Décidément, l'air du tréneau est bien révolu et l'on peut facilement, sans même poser un après-ski dans la neige, gagner le studio ou la chambre d'hôtel face aux premiers remonte pente. Ici on décuple tous les 10 ans.
René Faure
Il y a 10 ans, il y avait ici, même pas 1000 lits et il y en aura bientôt en 1970, 10 000, et nous espérons en 1975 en avoir 15 000.
Claude Thomas
Dites-moi, qu'est-ce qui fait les chances de succès ou d'échec d'une entreprise comme celle-là ?
René Faure
Et bien je crois que les chances, le succès, puisqu'il faut quand même l'appeler par son nom, il y a effectivement un succès ici, qui est du aux gens du cru, 80% sont natifs des deux vallées, sont montés sur le plateau. Pour ces jeunes il n'y avait pas d'autres alternatives que de venir ici reconvertir l'agriculture au tourisme ou de partir travailler en usine à la ville. Il ont choisi la solution la plus difficile, mais aujourd'hui, elle a été payante.