Le remembrement en Bretagne

13 février 1967
03m 24s
Réf. 01056

Notice

Résumé :

D'importantes opérations de remembrement ont lieu en Bretagne au cours des années soixante, modifiant considérablement les paysages ruraux. Un jeune fermier explique les avantages dont il bénéficie pour s'occuper d'une exploitation plus importante.

Type de média :
Date de diffusion :
13 février 1967
Lieux :

Contexte historique

Au cours des années soixante, l'une des manifestations les plus importantes de la modernisation agricole française fut la politique de remembrement, permettant la création d'exploitations de taille plus importante et organisées de façon plus rationnelle. Certaines régions ont ainsi connu une profonde modification de leurs paysages agricoles. Ce fut le cas de la Bretagne, où l'arrachage des haies et l'agrandissement des exploitations ont fait progressivement disparaître le bocage.

Plusieurs instruments ont permis d'accélérer au cours des années soixante l'élimination des petites exploitations et la constitution d'exploitations de taille plus importante et plus compétitives, capables de faire face à l'ouverture des frontières (mise en place en Europe d'un marché commun agricole). La loi Pisani de réorientation agricole (1962) entraîne la création des Sociétés d'Aménagement Foncier et d'Etablissement rural (SAFER), disposant d'un droit de préemption sur l'achat des terres agricoles, afin de favoriser l'agrandissement des exploitations susceptibles d'être compétitives. Un fond d'action sociale pour l'aménagement des structures agricoles (FASASA) est également mis sur pied afin d'encourager un rajeunissement des chefs d'exploitation. Enfin, les groupements de producteurs et de coopérative sont encouragés avec la création des Groupements d'exploitation agricole en commun (GAEC).

Toutes ces mesures ont permis d'intensifier le remembrement, qui progresse de plusieurs centaines de milliers d'hectares par an. La superficie moyenne des exploitations françaises passe de 14 hectares en 1955 à 20 hectares en 1970.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le commentaire insiste sur les enjeux du marché commun agricole : si de petites parcelles permettaient de nourrir la France, il faut que celles-ci s'agrandissent pour nourrir l'Europe. L'agriculture française doit donc dans ces conditions devenir plus compétitive et plus productive, ce qui passe essentiellement par une politique d'agrandissement des exploitations. S'il prend l'exemple d'un jeune fermier bénéficiant d'aides importantes pour s'occuper d'une exploitation de 30 hectares (prêts, subventions...), le reportage ne dit rien des personnes victimes du remembrement (petits agriculteurs à la tête d'exploitations non-rentables, exploitants âgés forcés au départ...).

Fabrice Grenard

Transcription

(Musique)
Claude Desire
Ces parcelles ont longtemps permis d'approvisionner le garde-manger de Paris. Mais pour garnir celui de l'Europe, les dimensions sont trop exiguës, aussi les haies des chemins creux, sont elles livrées aux pelles des bulldozers.
(Silence)
Claude Desire
Les travaux de remembrement portent actuellement sur 520 000 hectares, soit un quart des surfaces susceptibles d'être remembrées. Mais à l'heure du marché commun, qui veut survivre ne doit pas seulement regrouper ses terres, il doit encore en augmenter les dimensions. Opération possible grâce à l'action du fond d'action social pour l'aménagement des structures agricoles dont bénéficient de jeunes agriculteurs, les mutants.
Journaliste
Monsieur, s'il vous plaît ! Ici, vous êtes propriétaire.
Fermier
Ah non, je suis fermier.
Journaliste
Vous êtes ici depuis combien de temps ?
Fermier
Je suis ici depuis 18 mois.
Journaliste
Vous êtes ce qu'on appelle «un mutant», je crois ?
Fermier
C'est ça oui. Chose qui n'arrive pas beaucoup, nous sommes très peu dans le département.
Journaliste
Avant vous vous occupiez d'une exploitation de quelle dimension ?
Fermier
De 14 hectares.
Journaliste
Et ici ?
Fermier
Et ici, il y en a 30 hectares. Et alors là, comme je sortais d'une petite ferme, les frais que j'avais déjà pour le transport [ ] et pour faire le travail, il fallait bien investir. Alors, je me suis adressé au Crédit agricole et comme je sortais... je quittais une petite ferme de 14 hectares pour en prendre une de 30. J'avais... J'étais compris comme «mutant». Ce qui m'a donné quand même un avantage, c'est de pouvoir obtenir des prêts à 3%.
Journaliste
Vous n'avez pas bénéficié au départ d'une subvention ?
Fermier
Alors... après quand j'ai été installé, il a fallu faire un dossier pour qu'on puisse analyser si réellement c'était valable ce que je faisais, si je n'allais pas quand même trop à l'inconnue. Et ce dossier qui a été fait avec [M. Trémoureux], il est résulté que c'était valable, que ça mérité d'encourager. Alors... j'ai donc obtenu une subvention de l'Etat de 400 000.
Journaliste
Quand on a 6 enfants et qu'arrive la période des échéances, on doit connaître un certain nombre de difficultés, non ?
Fermier
Oui, c'est exact. Ca, c'est assez important. Et quelque fois, bon je serais tenter de dire, à quand même, si j'avais su, j'aurais peut-être, j'aurais du réfléchir davantage. Mais non, il ne faut pas être trop pessimiste. Je crois qu'il faut être bûcheur dans la vie pour arriver à quelque chose.
Claude Desire
103 000 hectares ont été ainsi redistribués au profit de 7800 jeunes agriculteurs dont certains pour augmenter encore la taille de leurs exploitations, n'hésitent pas à recourir à l'association.

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