L'utilisation de la main-d'oeuvre rurale dans les usines de Normandie

08 février 1972
04m 52s
Réf. 01057

Notice

Résumé :

En Normandie, de plus en plus de paysans, victimes de la modernisation agricole, sont contraints de quitter leurs exploitations non rentables pour aller occuper des emplois d'ouvrier spécialisé (OS) dans les usines les plus proches.

Type de média :
Date de diffusion :
08 février 1972

Contexte historique

En condamnant les petites exploitations non rentables, la modernisation de l'agriculture au cours des années soixante oblige en fait de nombreux agriculteurs à chercher du travail dans l'industrie, notamment dans certaines usines qui s'implantent en milieu rural pour pouvoir bénéficier de cette importante réserve de main-d'oeuvre.

Dans le cadre de l'aménagement du territoire et afin de lutter contre une dissymétrie trop importante entre des régions agricoles souffrant d'un certain retard de développement et des régions industrielles en pleine croissance, les pouvoirs publics encouragèrent d'ailleurs la décentralisation industrielle : des entreprises (automobile, électroménager...) ont ainsi pu bénéficier de primes et d'exonérations fiscales pour s'implanter en milieu rural, notamment en Bretagne, en Normandie ou en Vendée.

Si cette nouvelle implantation éloignait les entreprises des marchés de consommation, elle leur permettait cependant de trouver à proximité une main-d'oeuvre rurale abondante et moins chère. Des systèmes de drainage de cette main-d'oeuvre rurale vers les usines grâce à des cars de ramassage furent également mis au point. Pour beaucoup d'agriculteurs obligés de quitter des exploitations trop petites et non rentables pour aller travailler à l'usine, la découverte de nouvelles conditions de travail, peut-être moins fatigantes mais jugées plus contraignantes (horaires à respecter, pointages...), pouvait poser de réelles difficultés d'adaptation.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le reportage a plutôt tendance à montrer que la possibilité d'occuper des emplois d'OS à l'usine constitue une véritable chance pour les paysans. Le travail à la chaîne n'est pas forcément plus pénible que le travail dans les champs, l'emploi est garanti et le salaire régulier. Certains paysans refusent toutefois ce changement d'univers radical et préfèrent continuer de travailler la terre même si cette activité n'est plus rentable.

Fabrice Grenard

Transcription

(Silence)
Claude Lebourg
Je m'appelle Claude Lebourg, je suis paysan, je suis producteur de lait et la vie devient de plus en plus dure, il faut le dire mais je plierai pas, par exemple, pour aller travailler à l'usine, je m'y adapterai pas.
(Silence)
Albert Lecris
Je m'appelle Lecris Albert, j'ai 43 ans, j'ai été obligé de quitter la terre pour aller travailler en usine mais pendant 3 ans. Mais j'ai pas pu m'y adapter, j'ai été obligé de revenir à la terre.
Journaliste
A Bonneville la Louvet dans le Calvados, à 30 kilomètres de Deauville, l'obsession des petits paysans, c'est l'usine. Bonneville, 670 habitants, 2000 hectares d'herbage et de pommiers, 52 fermes alors qu'il y en avait le double, voilà vingt ans. C'est qu'en Normandie que l'on disait riche, l'agriculture n'est plus rentable, si l'on n'en possède pas 50 hectares. Et Bonneville la Louvet est un village de paysans comme beaucoup d'autres qui va devenir sous peu, un dortoir d'ouvriers. Déjà bien des fermes ne sont plus que des logements. Les hommes ont abandonné la terre pour aller travailler en usine. Il y a 2 ans, un seul car partait chaque jour pour les usines du Havre distantes de 70 kilomètres. Aujourd'hui, il y en a deux qui transportent 60 passagers, 60 paysans ouvriers qui viennent de Bonneville, de Blangy, [des Haut Thieux], de Cormeille, qui abandonnent l'indépendance d'autrefois pour la sécurité d'un salaire d'OS, 1200 francs par mois.
Robert Renou
Je m'appelle Robert Renou, j'ai 42 ans, j'ai été paysan, je n'ai pas pu rester à la terre parce que pour moi, ce n'était plus rentable. Maintenant, je travaille à l'usine.
(Silence)
Robert Renou
Le métier de l'usine, c'est pas mon métier d'abord. Si on avait la possibilité de rester en culture, bon d'accord, je serai ce que j'ai à faire. Mais en usine, pour devenir régleur un jour ou chef d'équipe, non jamais ! C'était un peu dur, le bruit, enfermé... et puis on sait ce que c'est, quand on est dans les champs... puis être enfermé du jour au lendemain, c'était dur. Dur, sans être dur mais fallait s'y faire. Pour les chefs, une minute c'est une minute.
Journaliste
Vendredi 14h15, l'usine Renault de Sandouville.
(Silence)
Mouillard (Monsieur)
Est-ce qu'il y a une grande différence de mentalité entre les gens disant qu'ils sont de milieu ouvrier et les ouvriers qui viennent de milieu paysan ? Pas tellement non, mais de toute façon pour eux c'est une chance de pouvoir retrouver un travail et c'est une chance inespérée, par conséquent, ils font le maximum pour pouvoir réussir dans ce, si on peut dire, ce recyclage.

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