Rassemblement pour la défense du Larzac le 14 août 1977

15 août 1977
01m 08s
Réf. 01058

Notice

Résumé :

Sur le plateau du Larzac, le 14 août 1977, les opposants à l'extension du camp militaire défilent, avec à leur tête des paysans juchés sur leurs tracteurs. Lanza del Vasto, militant de la non-violence, est interrogé.

Date de diffusion :
15 août 1977
Personnalité(s) :

Contexte historique

De 1971 à 1981, des paysans du Larzac, causse de l'Aveyron sur lequel sont élevées des brebis et fabriqué du fromage de Roquefort, s'opposent au projet d'extension d'un camp militaire, avec le soutien de mouvements écologistes, occitanistes, pacifistes, antimilitaristes et d'extrême gauche. En 1971, le ministre de la Défense Michel Debré annonce l'extension du camp militaire installé sur le plateau de 3 000 à 17 000 hectares.

Dès mars 1972, dans le "serment des 103", les 103 paysans touchés par ce projet jurent de ne jamais vendre leurs terres à l'armée. A Pâques 1972, Lanza del Vasto, militant de la non-violence, fondateur de la communauté de l'Arche, mène un jeûne contre l'extension du camp. Les agriculteurs créent en 1973 un Groupement foncier agricole qui organise le rachat de terres avant l'armée et les loue à des paysans - dont José Bové qui s'installe comme éleveur. Ils construisent également une bergerie illégale à la Blaquière pour empêcher que l'armée n'occupe le village, et reconstruisent les fermes abandonnées. Un grand rassemblement de soutien est en outre organisé le 25 août 1973, marquant l'un des moments les plus importants de la lutte des paysans contre l'armée. D'autres rassemblements, le 18 août 1974 et le 14 août 1977, amènent sur le plateau des centaines de milliers de sympathisants, réunissant notamment la plupart des contestataires de l'après-mai 68.

Les militants rendent leur combat très médiatique par ces marches mais aussi par d'autres actions spectaculaires à la tête de troupeaux ou de colonnes de tracteurs. Cette importante mobilisation parvient finalement à ses fins : en juin 1981 François Mitterrand décide d'annuler le projet d'extension du camp militaire. Le Larzac devient un lieu de mémoire pour l'extrême gauche, notamment réactivé par José Bové en août 1999 lorsqu'il participe avec des militants de la Confédération paysanne au saccage du restaurant McDonald's de Millau au nom de la défense du fromage de Roquefort. De même, en août 2003, un grand rassemblement est organisé sur le plateau du Larzac contre l'Organisation mondiale du commerce.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage juxtapose deux séquences : la première illustre le mouvement d'opposition à l'extension du camp militaire lors du rassemblement de 30 000 personnes sur le plateau du Larzac la veille de la diffusion du reportage, le 14 août 1977. Les images mettent en avant les paysans juchés sur leurs tracteurs au premier rang de la marche, avec des banderoles sur lesquelles est notamment indiqué le fameux slogan "Gardarem lo Larzac" ("Nous garderons le Larzac"). Le téléspectateur se trouve plongé au cœur de cette manifestation par les différents bruits qui la ponctuent - slogans ("A bas l'armée"), cloches, et tambours -, ceci d'autant plus en l'absence de tout commentaire. La seconde séquence du reportage est une interview de Lanza del Vasto devant une bergerie : avec sa longue barbe blanche, drapé dans une vaste robe bleue, il apparaît comme le patriarche de la non-violence, lui qui en 1972 a jeûné durant quinze jours contre l'extension du camp.

Christophe Gracieux

Transcription

(Silence)
Joseph Del Vasto Lanza
Personne n'est non violent par nature et Dieu sait si je ne l'étais point. Personne n'est charitable par nature. On peut-être plus ou moins doux, plus ou moins bienveillant, plus ou moins bon, ce n'est pas la non-violence. La non-violence, c'est la conversion de la colère et d'abord il faut avoir quelque chose à convertir bien entendu. «La non-violence du lapin et du mouton ne valent rien» comme dit [Endi]. Il faut avoir un tempérament de guerrier pour entrer dans la non-violence avec quelque efficace.
Jean-Pierre Elkabbach
Mais vous êtes combien, dans votre communauté ?
Joseph Del Vasto Lanza
On est 150. On est 150 et quelques milliers d'autres de par le monde qui nous suivent.