La France n'échappe pas au phénomène des Bidonvilles

09 janvier 1963
03m 12s
Réf. 01063

Notice

Résumé :

Comme dans la plupart des pays du monde, les grandes villes françaises possèdent à leur périphérie des "bidonvilles" constitués de baraquements précaires, dont l'un des plus importants en France dans les années 60 est celui de Nanterre.

Date de diffusion :
09 janvier 1963
Date d'événement :
1963

Contexte historique

La croissance des Trente glorieuses n'a pas empêché le maintien en France de poches d'extrême pauvreté. Celles-ci sont notamment particulièrement visibles dans les bidonvilles situés à la périphérie des grandes villes (Lyon, Paris...) où tentent de survivre dans des baraquements précaires et abris provisoires les populations les plus défavorisées (travailleurs immigrés en particulier).

L'un des bidonvilles les plus importants en France au début des années soixante fut notamment celui de Nanterre (la Folie) où vivaient près de dix mille personnes. Il s'agissait essentiellement de travailleurs algériens, marocains ou portugais fournissant une importante main-d'oeuvre aux usines de fonderie, de papeterie ou d'automobiles situées dans l'Ouest parisien. Certains participèrent également aux grands travaux d'aménagements de la Défense à la fin des années cinquante. Les conditions de vie dans ce bidonville de Nanterre étaient déplorables en raison du manque d'hygiène, de la salubrité, et du froid l'hiver. Les ramassages d'ordures étaient très rares, l'accès à l'eau difficile (une seule fontaine desservait l'ensemble du bidonville). Les baraquements construits avec des matériaux de récupération et qui n'étaient pas équipés en électricité n'offraient qu'une protection très maigre contre la pluie, la boue, le froid... Il y eut également de nombreux incendies dramatiques.

Une autre caractéristique du bidonville de Nanterre concernait le développement d'une importante vie économique et sociale interne : avec ses propres commerces, ses cafés, ses coiffeurs... le bidonville vivait en fait en quasi autarcie. Cette activité propre au bidonville permettait le développement d'une réelle solidarité entre ses habitants. Mais il existait également d'importantes tensions, notamment entre les différentes communautés. Pour tenter de mettre fin au phénomène des bidonvilles, les pouvoirs publics encouragèrent leur destruction et la construction sur leur emplacement, ou à proximité, d'ensemble HLM, afin de reloger les personnes concernées.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le reportage insiste sur le contraste entre la pauvreté et l'archaïsme des bidonvilles et la construction de cités modernes constituées de logement HLM. Grâce à la construction de ces nouveaux logements sous l'égide de l'Etat, la disparition des bidonvilles est présentée comme inéluctable. Mais le relogement des habitants des bidonvilles dans ces nouvelles cités ne fut pas aussi simple et systématique que semble le laisser croire le commentaire. Beaucoup de familles n'avaient pas les moyens de payer de loyers et ont du trouver refuge dans des foyers d'immigrés. L'Etat avait également mis en place des cités de transit dont le but était de constituer une étape entre l'habitat spontané (bidonville) et l'habitat normal (HLM).

Or ces cités de transit n'offraient pas tout le confort nécessaire, comme le démontre ce témoignage d'un ancien habitant d'une cité de transit à Nanterre recueilli par un historien : "ce qu'on ne savait pas, c'est que les maisons étaient en carton, que le chauffage ne marchait pas, que la boue reviendrait dès l'hiver suivant à cause des travaux, que les jeux pour enfants c'était de la camelote".

Fabrice Grenard

Transcription

(Musique)
Commentateur
Hongkong, un port riche aux frontières de deux mondes et tout autour des baraques entassées, des bidonvilles.
Rio, une capitale ultramoderne avec des buildings et une route qui dessine son tracé futuriste sous un bidonville.
Commentateur
C'est là un phénomène général, international. New York ou Moscou, les bidonvilles n'épargnent aucune capitale, Paris pas plus que les autres. Et voici un document tourné en toute objectivité malgré les difficultés qu'on peut imaginer, sur cette plaie des grandes cités. A Nanterre ou à la Courneuve, les bidonvilles ressemblent à ceux de toutes les latitudes, ils se ressemblent tous. Quelques planches mal jointes, des toits faits de n'importe quoi. Sur un terrain vague ,des hommes venus en masse travailler dans la région parisienne ont fait naître ces cités misérables. Africains du Nord, Portugais, Espagnols et aussi des Français. Si le gîte est précaire, du moins il est bon marché et dans ce souci d'économie, on peut trouver une des raisons d'être du bidonville. Une seule fontaine pour toute la triste agglomération. C'est le rendez-vous des enfants, la corvée d'eau remplace souvent l'école. On vit entre soi. Des commerçants ont ici leurs éventaires à la mesure et à l'image de l'habitat. Et l'heure du marché ressemble à toutes les heures de marché mais on est dans un autre univers. Non l'univers de la misère, car la plupart de ces hommes ont un emploi, mais un univers de hasards, de passages. Insoupçonnable et souvent insoupçonné.
(Musique)
Commentateur
Pas de service de nettoyage, les chiens s'en occupent. Mais rien n'est redoutable comme l'hiver lorsqu'il cerne ces constructions chancelantes. Il n'y a guère que le poêle de fonte de l'épicerie buvette qui prodigue quelque chaleur. Chaleur humaine aussi, car c'est là qu'on retrouve d'autres hommes parlant la même langue à l'heure de la détente. Ailleurs, il faut accumuler les vêtements pour lutter contre ce froid que n'arrive pas à combattre la flamme du foyer. Ainsi vivent dans les conditions de la misère, des centaines de familles aux portes de la grande ville. Insouciants, des enfants meublent ce décor sans espoir de leurs jeux sans fin.
(Musique)
Commentateur
Comment résoudre le problème ? Continuellement, méthodiquement, les constructions nouvelles grignotent les bidonvilles. Les bulldozers abattent ici et là, l'une de ces cités de planches, de parpaings et de tôles pour laisser la place à des habitations dignes de ce nom. Ici s'élevait un bidonville. La construction s'efforce de faire face aux flux des nouveaux venus. Mais il ne suffit pas de remplacer un bidonville s'il doit en être un autre un peu plus loin.

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