La politique d'immigration en France de 1974 à 1983

29 juillet 1983
03m 15s
Réf. 01065

Notice

Résumé :

A partir de 1974, l'immigration en France a été nettement freinée. En 1981, à son arrivée au pouvoir, la gauche lance une vaste opération de régularisation des clandestins. Mais les immigrés continuent de revendiquer l'amélioration de leurs droits.

Date de diffusion :
29 juillet 1983

Contexte historique

En 1974, lorsque Valéry Giscard d'Estaing est élu président de la République, la politique d'immigration connaît un véritable tournant. Jusqu'à cette date la France avait largement encouragé la venue des travailleurs étrangers. Mais en raison de la crise et surtout de la très forte augmentation du chômage, le gouvernement Chirac décide le 3 juillet 1974 de suspendre l'immigration vers la France et de fermer les frontières.

En 1977, Lionel Stoleru, secrétaire d'Etat chargé des travailleurs et des immigrés, instaure même une "aide au retour", attribuant une prime de 10 000 francs aux immigrés rentrant définitivement dans leur pays d'origine. En 1980, la loi Bonnet (du nom du ministre de l'Intérieur) accroît les possibilités d'expulsion ou de refoulement des étrangers. Dès l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand en 1981, la gauche prend jusqu'en 1983 le contre-pied de la politique précédente : 130 000 étrangers en situation irrégulière sont régularisés, l'aide au retour - qui n'a du reste pas porté ses fruits puisque seuls 60 000 immigrés ont sollicité cette aide - est supprimée, la loi Bonnet est abrogée (l'expulsion des étrangers nés en France ou arrivés avant l'âge de dix ans est interdite) et le regroupement familial est facilité.

Mais dès que fut achevée la vaste opération de régularisation des clandestins, la répression redevint rigoureuse : à partir de 1983 les contrôles furent renforcés et les vérifications d'identité multipliées, et en 1984 l'incitation au départ volontaire est rétablie sous le nom d'"aide à la réinsertion". D'autre part, les travailleurs immigrés commencent à exprimer davantage leurs revendications pour l'amélioration de leurs droits, notamment lors de grèves dans les usines automobiles de Citroën à Aulnay-sous-Bois en février-mars 1983 puis de Talbot à Poissy en décembre 1983, les ouvriers étant en en grande partie d'origine étrangère.

Dans le même temps, les jeunes issus de l'immigration commencent à prendre conscience qu'ils vont définitivement rester en France. C'est du reste alors qu'entre dans le langage courant le mot argotique "beur", désignant un jeune Arabe né en France de parents immigrés.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage consacré à l'immigration traite la question sous la forme d'une rétrospective de 1974 à 1983. Il recourt à des images d'archives accompagnées de quelques dates fournissant des repères au téléspectateur. La première partie de ce sujet est centrée sur la politique d'immigration menée par les différents gouvernements. Celle conduite de 1974 à 1981 est présentée de manière assez institutionnelle par un extrait d'une interview d'un acteur de cette politique, Lionel Stoleru - alors secrétaire d'Etat chargé des travailleurs manuels et immigrés -, et par des plans sur l'hémicycle de l'Assemblée nationale qui illustrent la loi Bonnet de 1980.

Les images choisies pour retracer la politique d'immigration menée par la gauche de 1981 à 1983 privilégient, elles, l'application des mesures prises plutôt que l'aspect ministériel et législatif : la vaste opération de régularisation des clandestins lancée en 1981 est ainsi montrée par des plans sur des immigrés se faisant remettre des papiers d'identité. De même, les mesures prises ensuite par le gouvernement renforçant la lutte contre les clandestins sont illustrées par la scène d'un contrôle de police chez des immigrés.

Dans un second temps, le reportage s'intéresse aux revendications des immigrés eux-mêmes, exprimées par des manifestations - comme celles des ouvriers à Aulnay-sous-Bois, encadrés par la CGT comme le montrent leurs banderoles -, ou par la station de radio Beur FM créée par Nacer Kettane. Le journaliste insiste particulièrement sur le fait que ces revendications montrent le désir d'une véritable intégration de ces immigrés dans la société française.

Christophe Gracieux

Transcription

Dominique Tierce
Car voilà, en 1974, les affaires marchent mal. Restructurations dans les industries, licenciements massifs, plus besoin des Turcs, Espagnols ou Algériens. Et ce sont donc les affaires qui détermineront de plus en plus les grands axes de la politique de l'immigration.
Lionel Stoleru
Nous menons une politique pour accompagner la diminution de la main d'oeuvre étrangère en France parce que tout nous montre autour de nous, le bon sens dans la vie quotidienne, que par rapport aux 15 années de croissance rapide, du passé, nous changeons d'époque et il y aura probablement dans les quinze années qui viennent, une diminution régulière de la main d'oeuvre étrangère en France.
Dominique Tierce
Il faut alors persuader les travailleurs étrangers de rentrer chez eux. On leur propose un million pour partir, on sort discrètement quelques circulaires ou décrets qui interdisent aux femmes et aux enfants d'immigrés de travailler. La loi Bonnet, votée en 1980, se donne les moyens de les expulser s'ils troublent l'ordre public ou s'ils sont en situation irrégulière. L'arrivée de François Mitterrand au pouvoir bouleverse cette politique. Dans les mois qui suivent son élection, une vaste opération des régularisations commence. Elle dure 3 mois. 130 000 sans-papiers sortent de la clandestinité et ceux qui n'ont pas rempli les conditions de régularisation sont traqués par la police.
(Silence)
Inspecteur de police
Vous avez vos passeports, Monsieur ?
Immigré
Oui.
Inspecteur de police
Vos passeports, s'il vous plaît ? Et les billets de retour, vous les avez ?
Immigré
Oui.
Inspecteur de police
Vous les avez ? Allez, habillez-vous Monsieur.
(Silence)
Dominique Tierce
La gauche au pouvoir, c'était aussi pour des milliers d'immigrés, le droit à la parole. Ils la prennent à Poissy, à Aulnay où ils représentent 50% de la main-d'oeuvre. Mais ils espéraient pouvoir l'exprimer par un bulletin de vote. Le candidat Mitterrand s'y était engagé. Depuis, l'extension des droits civiques aux immigrés est remise à une date ultérieure. Mais près d'un million de jeunes, ceux de la seconde génération, auront dans quelques années le droit de voter.
Nacer Kettane
Les enfants de l'immigration vont représenter un pouvoir de vote aux présidentielles et aux législatives et ça, ça va être un moyen de faire passer nos revendications et dans les prochaines années, il faudra compter avec nous. Tu vois. Ca c'est très important. Et par rapport à nos parents, qui avaient plié l'échine ou qui ne revendiquaient pas ou qui ne pouvaient pas manifester sous peine, soit d'être virés de l'usine ou d'être expulsés ou d'avoir un tas de choses comme ça. Nous, nous revendiquons d'être ici, cet espace et, d'être disons consultés et qu'on donne suite à nos revendications.
Dominique Tierce
Ils ne se sentent pas plus Français qu'Algériens, ils sont «beurs», c'est le nom qu'ils se donnent, enfants d'immigrés maghrébins nés en France. Ils ont choisi d'y vivre et l'expriment tous les jours sur les ondes de leur radio. Ils essayent de dire sur tous les tons que leur pays, c'est celui des cités de transite.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque