Tableau de la population française en 1952

11 septembre 1952
02m 07s
Réf. 01066

Notice

Résumé :

En 1952, la population française compte 42 400 000 habitants dont 20 400 000 d'hommes et 22 millions de femmes. La population active comprend 8 millions de paysans, 6,5 millions ouvriers et 3,5 millions d'employés.

Date de diffusion :
11 septembre 1952
Lieux :

Contexte historique

Dès mars 1946, un recensement est réalisé, puis analysé par l'Institut national de la statistique et d'études économiques (INSEE) créé le 27 avril de la même année. Il s'agit de dresser le tableau de la population française après la Seconde Guerre mondiale. On dénombre environ 40 500 000 habitants, soit une régression par rapport au dernier recensement de 1936 (41 600 000 Français) : la population est à peu près identique à celle du début du siècle.

Mais la croissance démographique reprend rapidement, répondant au voeu du général de Gaulle en 1945 de disposer de "douze millions de beaux bébés" dans les dix années à venir : le recensement de 1954 qui met à jour celui de 1946 (il n'y a en effet pas eu de recensement intégral en 1952 au moment du présent reportage) dénombre quelque 42 800 000 Français, et celui de 1958, 44 500 000 habitants. Cet essor est dû à la forte hausse des naissances : plus de 800 000 à partir de 1946 - et ce jusqu'au milieu des années 1970 (contre 612 000 en 1938), avec un pic de 869 000 en 1949, provoquant un véritable "baby-boom". La population augmente ainsi autant de 1946 à 1954 que de 1906 à 1936.

Ce n'est qu'en 1952, à la date du présent extrait, que l'Insee publie les statistiques sur la population française active à partir des données du recensement de 1946. Elle progresse peu, puisqu'elle passe de 19,5 millions d'actifs en 1949 à 19,7 en 1954 et à 19,9 en 1958. Les jeunes nés après la guerre ne sont en effet pas encore parvenus sur le marché de l'emploi. La répartition de la population active au début des années 1950 est marquée par le début du déclin du secteur primaire. Seulement 27,4% de la population active y travaille, contre 37% en 1936: les campagnes perdent près d'un million d'actifs de 1946 à 1954. 36,2% des actifs sont employés dans l'industrie. Le secteur des services amorce quant à lui sa croissance, rassemblant déjà 36,4% de la population active en 1954.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage cherche à délivrer de manière décalée des statistiques sur la composition de la population française. Ainsi à deux reprises sont insérées des animations avec des figurines portant un chiffre : il s'agit de montrer les mutations de la population active. Ce sujet présente celle-ci de manière très fantaisiste et caricaturale : sont passés en revue aussi bien les millions d'ouvriers que les 493 "chanteurs de charme" ou les 754 boxeurs professionnels. Le commentaire est quant à lui émaillé de traits d'humour : le nombre des chanteurs de charme est jugé "bien suffisant", celui des percepteurs trop important ("3 922 percepteurs, là pas de doute, c'est trop !") tandis que les 20 400 000 hommes sont décrits comme "buvant leur piquette quotidienne" et censés "observer les réglements" - il s'agit d'une allusion à la loi sur la répression de l'ivresse publique. La plupart de ces figures sociales caricaturales sont du reste jouées par le même acteur, costumé et grimé différemment.

Cet extrait s'apparente donc au sketch et adopte la forme classique des sujets des Actualités françaises qui traitent une information de manière humoristique. Ce reportage donne en outre une représentation très traditionnelle de la France, notamment avec les images illustrant les actifs agricoles qui montrent un paysan labourant un champ avec une charrue. Le commentaire cantonne lui les femmes au rôle d'épouses au foyer dévouées à leur mari ("22 millions de femmes, qui font leur ménage quotidien et respectent leur mari ou à peu près") tandis que ce dernier boit au café. Cette vision traditionnelle est également teintée d'antifiscalisme (le commentateur juge qu'il y a trop de percepteurs) et d'une certaine critique de la vie politique ("157 ministres. Tiens, on aurait pensé davantage"). Le commentaire final, par une référence à Maurice Chevalier ("Le sage de Ménilmontant") et à sa chanson, ça fait d'excellents français (1939), souligne précisément la variété des Français tout en les rassemblant dans une même communauté nationale.

Christophe Gracieux

Transcription

(Musique)
Commentateur
On vient de dénombrer les Français, ils sont 42 401 224. De 27 500 000 en 1801, il passait à 37 millions en 1850, augmentant d'un tiers en 50 ans. Mais de 1850 à 1952, la population n'augmentait en 100 ans que d'un cinquième. Comment se décompose les 42 400 000 Français de 1952 ? En 20 400 000 hommes qui boivent leurs piquettes quotidiennes et observent les règlements, qu'ils disent. Et en 22 millions de femmes, soit 11 femmes pour 10 hommes. 22 millions de femmes qui font leurs ménages quotidiens et respectent leurs maris ou à peu près. Ce qui tendrait à prouver que le respect du mari conserve davantage que l'observation des règlements. Que fait tout ce monde professionnellement s'entend ? La majorité, 8 millions soit 36% est toujours aux champs, criant «hu et dia» aux chevaux, fauchant les blés, s'inquiétant chaque soir du temps du lendemain. Mais 6 millions en 500 000 sont aussi à l'usine, fidèles aux sirènes et pointant aux guichets. Et 3 500 000 sont employés, commerce ou bureau, pesant le beurre ou composant des statistiques. Au-delà de ces 3 masses compactes, les petits groupes. 7000 sont notaires, rien d'étonnant au pays de Bridoison. 60 000 sont épiciers, de ce côté tout va bien. 157 sont ou ont été ministres, tient on aurait pensé davantage. 754 sont boxeurs professionnels, la France est un pays sportif. 493 chanteurs de charme, c'est d'ailleurs bien suffisant. 3 922 percepteurs, là pas de doute, c'est trop ! On pourrait épiloguer encore sur les composantes de la population française. Combien sont les Français heureux de leur sort ? Décorés... fumeurs de caporale... acheteurs de billets de loterie... sapeurs pompiers. Mais on peut toujours conclure par le fameux distique du sage de Ménilmontant : « Et tout ça, ça fait d'excellents Français ».