L'explosion des effectifs scolaires : la rentrée 1964

12 octobre 1964
03m 54s
Réf. 01068

Notice

Résumé :

Les effectifs scolaires ont connu une augmentation spectaculaire depuis 1951 en raison de la forte croissance des naissances et de la prolongation de la scolarité. Il a fallu construire de nombreux bâtiments et doubler le nombre des enseignants.

Date de diffusion :
12 octobre 1964
Lieux :

Contexte historique

La conjonction de la forte croissance démographique et de l'allongement de la scolarisation provoque une véritable "explosion scolaire" (c'est le titre d'un ouvrage de Louis Cros publié en 1961) en France à partir du début des années 1950 : la population scolarisée dans les écoles, collèges, lycées et universités, qui était de 7 715 000 en 1954, dépasse les 12 millions en 1968.

Les enfants du "baby-boom" - 800 000 nés en moyenne chaque année depuis 1946, soit près de 200 000 individus de plus qu'avant la guerre que l'école doit désormais accueillir - commencent ainsi à submerger l'enseignement primaire dès 1951-1952, puis atteignent le secondaire dans la seconde moitié des années 1950, et enfin le supérieur au milieu des années 1960. D'autre part, la scolarité s'allonge : alors qu'en 1954, 54% des garçons et 57% des filles de 14 ans seulement étaient scolarisés, en 1968, ils sont respectivement 86% et 93%. Toujours en 1968, 54% des garçons âgés de 16 ans sont désormais scolarisés (contre 35% en 1954) et 62,5% des filles (contre 38% en 1954). L'ordonnance du 6 janvier 1959 avait du reste décidé de prolonger l'obligation scolaire jusqu'à 16 ans à partir de 1967, épousant plutôt que provoquant les progrès de la scolarisation. Si le primaire voit ses effectifs s'accroître (ses élèves passent de 4,3 millions en 1945 à 5,7 millions en 1959) c'est surtout l'enseignement secondaire qui est alors touché par la massification : en 1968-1969, il accueille 3,8 millions d'élèves contre seulement 740 000 en 1945. Il faut noter que l'explosion des effectifs a été encore plus spectaculaire pour les filles. L'enseignement supérieur connaît lui aussi une progression très nette, le nombre d'étudiants passant de 97 000 en 1945 à 210 900 en 1960 et 748 000 en 1970.

Pour faire face à cet afflux d'élèves sans précédent touchant tous les niveaux d'enseignement, les dépenses budgétaires de l'Education nationale sont multipliées par six entre 1952 et 1971. Le nombre d'enseignants recrutés est considérablement augmenté : on passe de 17 400 enseignants dans le second degré en 1945 à 54 000 en 1958 et 185 000 en 1973. Enfin, de très nombreux établissements scolaires sont construits (2 500 entre 1965 et 1975, soit un par jour ouvrable), de même que des universités, dont celle de Nanterre qui ouvre précisément ses portes en octobre 1964.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet des "Actualités françaises" donne à voir un traitement en deux temps. La première séquence est consacrée à un thème marronnier, c'est-à-dire qui revient chaque année : la rentrée scolaire. Différents plans présentent ainsi successivement la rentrée dans les écoles, dans les lycées et enfin dans les universités. Le reportage montre de manière très convenue un jeune enfant, conduit par sa mère, pleurant et refusant d'entrer dans son école. Ce passage sur la rentrée 1964 introduit en fait une deuxième séquence qui occupe la majeure partie du sujet et présente un bilan global de la situation de l'enseignement en France. On pénètre ainsi au sein des classes elles-mêmes. Ces plans centrés sur des classes et des amphithéâtres bondés ainsi que sur des foules de lycéens visent à souligner les difficultés engendrées par l'explosion des effectifs scolaires - même si d'un ton très patriotique le commentaire souligne qu'il s'agit d'un "record heureux pour la nation".

Des schémas, en présentant des statistiques sur la croissance des naissances ou l'allongement de la scolarité, illustrent eux aussi la massification scolaire et ses conséquences. Le reportage ne se contente cependant pas d'exposer cette révolution quantitative de l'école. Il cherche à souligner la capacité de la France à relever le défi de l'explosion scolaire. De nombreux plans présentent ainsi des établissements scolaires en construction, de même que des bâtiments modernes tout juste achevés, donnant l'image d'un vaste chantier figurant au premier plan des priorités nationales. Le commentaire final en est particulièrement emblématique : "L'Education nationale retrouve parmi les activités de l'Etat, la part prépondérante qui lui est due".

Christophe Gracieux

Transcription

(Musique)
Commentateur
Après les écoliers, premier degré, puis les élèves second degré, voici la rentrée des étudiants qui reprennent leurs cours d'enseignement supérieur. Le comportement des intéressés reste inégal. Mais leur nombre a bien changé depuis les années 50, 9 200 000 inscrits pour l'enseignement public auquel s'ajoute 1 900 000 élèves de l'enseignement privé. Chiffre record et record heureux pour la Nation, mais quelles difficultés il entraîne ? Des locaux à construire, des maîtres à former, rien de tout cela ne s'improvise. L'avenir des jeunes français, l'avenir de la France dépend de la rapidité et de l'efficacité des solutions mises en oeuvre. Dans des écoles encore trop souvent vétustes, les conditions de travail restent archaïques et deviennent d'années en années plus précaires. De nouveaux groupes scolaires, des universités neuves sont ouverts en diverses régions. Une architecture moderne, des espaces verts, des installations perfectionnées soutiennent la comparaison avec les plus belles réussites étrangères en ce domaine.
(Musique)
Commentateur
On construit bien, on tente de construire vite, mais le nombre des édifices nouveaux est encore insuffisant et voici pourquoi. De 600 000 en 1945, le nombre annuel des naissances s'est élevé à 800 000 et reste depuis 1951 stabilisé à ce niveau, soit une augmentation d'un tiers. On disposait en 1951, d'un délai de 10 ans pour s'adapter aux besoins nouveaux que l'on ne pouvait ignorer. Mais l'effort initial était très insuffisant, il fallut par la suite le développer considérablement. A l'augmentation des effectifs, s'ajoute la prolongation de la scolarité, deuxième cause heureuse elle aussi, les élèves prolongeant volontairement leurs études, passent de 42 à 68%. Pour ne pas surcharger les classes, il faut de nouveaux professeurs qualifiés et pour les former, des délais plus longs encore que pour construire des écoles. Leur nombre est passé de 260 000 en 1952 à 540 000 en 1964, en douze ans il a doublé. Le taux d'encadrement, nombre d'élèves par enseignant, a pu être maintenu, dans la plupart des cas, dans des limites acceptables. Dans le second degré, ce taux est passé de 16 à 20. Dans les classes élémentaires, il a pu être maintenu à 29. Dans l'enseignement supérieur, il a été grâce aux nouveaux maîtres assistants ramenés de 47 à 22. Pour favorables que soit ces moyennes, elles n'excluent pas que des insuffisances graves en locaux comme en professeurs aient pu être mises en évidence dans les classes terminales ou dans certaines facultés, notamment en Sorbonne. Les améliorations indispensables dépendent évidemment des moyens financiers. En 1952, avec 2 209 millions de nouveaux francs, les crédits de l'Education Nationale représentaient 7% du budget général. En 1964, avec 13 726 millions, l'Education Nationale reçoit 6 fois plus en valeur absolue et près de 16% du budget. L'effort de ces dernières années est considérable, partout sont ouverts des chantiers scolaires menés avec vigueur. L'enseignement doit être constamment adapté aux exigences du monde moderne. L'Education Nationale retrouve parmi les activités de l'Etat, la part prépondérante qui lui est due, et qui devra encore se développer dans les prochaines années.

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