L'apparition de la minijupe

30 avril 1966
02m 04s
Réf. 01069

Notice

Résumé :

Des mannequins portant des minijupes provoquent étonnement, envie ou réprobation de la part des passants. Certaines jeunes filles sont ensuite interrogées sur la minijupe et leur attitude face aux réactions qu'elle suscite.

Date de diffusion :
30 avril 1966

Contexte historique

Au cours des années 1960, la jeunesse du "baby-boom" commence à exister comme entité autonome. Une véritable consommation de masse propre aux jeunes prend alors son essor, visible par exemple sur le plan vestimentaire : en 1963, selon une enquête de l'INSEE, les plus fortes dépenses en vêtements par habitant sont le fait des jeunes Français de 15 à 20 ans, filles comme garçons, dépassant de très loin les autres classes d'âge.

Le jean connaît en particulier un formidable essor dans la jeunesse, et ceci dans tous les pays occidentaux. La minijupe suit la même voie. Créée par la styliste anglaise Mary Quant dans sa boutique Bazaar à Londres en 1965, elle apparaît comme un vêtement non-conformiste : la ligne de cette jupe s'arrête au-dessus du genou, brisant ainsi un tabou. Commercialisées, les minijupes de Mary Quant sont adoptées immédiatement avec enthousiasme par la plupart des jeunes filles anglaises et françaises. Simultanément, quatre après la fondation de sa maison de haute couture, André Courrèges présente lui aussi en mars 1965 une ligne de minijupes qui provoque de nombreuses réactions en France. La presse parle de collection révolutionnaire, et le mot "minijupe" fait son entrée dans les dictionnaires français dès 1966.

La minijupe connaît dès lors un succès phénoménal, développant une nouvelle mode vestimentaire et devenant l'emblème d'une génération de jeunes femmes. Elle apparaît de fait comme un symbole de liberté et de pleine appropriation de leurs corps par les femmes, qui n'hésitent désormais plus à dévoiler leurs jambes.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage consacré à la minijupe se décompose en deux moments : dans une première séquence, des mannequins en minijupe déambulent dans une rue, provoquant l'émoi des passants ; dans une seconde, des jeunes filles sont interrogées dans une boutique. La première partie de ce sujet est scénarisée : le "défilé" des mannequins vise délibérément à provoquer un choc et à susciter des réactions, surtout masculines. La caméra s'attarde en effet sur le visage des hommes. Le regard de ces derniers apparaît intrigué, moqueur ou grivois. Quelques sifflets sont même adressés au passage des mannequins, et les hommes se retournent tous sur leur passage.

Le reportage laisse entendre leurs divers commentaires. Il y a les franchement "pour" ("oh ! ça c'est beau"), et les carrément "contre" ("On se croirait à la plage", "c'est horrible"…), réactions pour la plupart caricaturales. Quelques femmes sont également filmées, laissant toutes paraître leur réprobation ("elles est folle, elle n'est pas normale"). Dans la deuxième partie du reportage, des jeunes filles portant elles aussi des minijupes sont interrogées dans un magasin. Outre les questions pratiques sur le port de ce nouveau vêtement, la journaliste les interroge sur les réactions très tranchées qu'il suscite : les réponses sont en en quelque sorte directement adressées aux passants de la première séquence, et surtout aux femmes plus âgées qui apparaissent comme les plus hostiles à l'égard des jeunes filles qui portent des minijupes.

Il est à noter que ce reportage ne s'embarrasse pas d'explications (la journaliste ne fait aucun commentaire), cherchant essentiellement à amuser et à illustrer le choc produit par la minijupe. C'est d'ailleurs ce vêtement qui est la véritable vedette du sujet, comme le soulignent dès le début les nombreux gros plans qui la mettent en évidence.

Christophe Gracieux

Transcription

(Silence)
Piéton
On se croirait à la plage, là ! Horrible, horrible... oh quelle horreur ! Oh... ça c'est beau ! Tu les fais monter l'escalier là. ... Faut monter l'escalier là. Tu vas t'enrhumer... Oh là là... Il en faut pour tous les goûts.
Passante
C'est gentil, c'est vrai que pour les messieurs, c'est quand même bien... C'est la mode, c'est la mode.
Piéton
Moi, je la trouve bien, maintenant ceux qui la trouvent pas bien...
Passante
Elle est folle, elle est pas normale.
Jacqueline Dubois
Pourquoi portez-vous des mini-jupes ?
Jeune fille
Je les porte parce que ça me plait.
Jacqueline Dubois
Êtes-vous folle ?
Jeune fille
Non, je ne suis pas folle.
Jacqueline Dubois
Est-ce que vous les trouvez indécents ?
Jeune fille
Non, pas du tout, parce que c'est jeune.
Jacqueline Dubois
Est-ce que vous avez froid ?
Jeune fille
Non, je n'ai pas froid ?
Jacqueline Dubois
Est-ce que votre mère est d'accord ?
Jeune fille
Oui, elle est d'accord.
Jacqueline Dubois
Est-ce que les critiques des gens vous gênent ?
Jeune fille
Non, pas du tout.
Jacqueline Dubois
Qui sont méchants, les hommes ou les femmes ?
Jeune fille
Les femmes sont les plus méchantes.
Vendeuse
Les jeunes, les jeunes filles sont absolument d'accord, les vieilles femmes sont gentilles, ça les amuse, même, elles approuvent. Par contre les femmes de 40 à 50 ans sont très méchantes, grossières, sont certainement très jalouses. En principe, une femme de 40 ans, ne peut pas se permettre de porter des jupes aussi courtes. C'est pas que ça leur plait c'est que en principe, cela ne leur va pas. Beaucoup de femmes ont envie de rester petites filles.