La mobilisation lycéenne contre la loi Debré en 1973

21 mars 1973
01m 50s
Réf. 01071

Notice

Résumé :

Michel Field (Ligue communiste), le général Baudoin (Commission Armées-Jeunesse) et Olivier Mayer (UNEF Renouveau) évoquent l'opposition lycéenne à la loi Debré. Les lycéens manifestent et occupent les établissements scolaires.

Date de diffusion :
21 mars 1973
Personnalité(s) :

Contexte historique

Au printemps 1973, les lycéens se mobilisent contre la suppression des sursis militaires décidée par la loi Debré. Cette loi de réforme sur le service national, promue par le ministre de la Défense nationale, Michel Debré, avait été adoptée par l'Assemblée nationale, le 10 juin 1970. Elle prévoyait notamment l'abrogation des sursis pour études au-delà de 21 ans, proposition faite par la Commission Armées-Jeunesse, organisme consultatif composé de représentants de l'armée et d'organisations de jeunesse (dont l'UNEF). Le départ au service militaire avait désormais lieu à 20 ans, l'appel pouvant être avancé à 18 ans, et reporté à 21 ans pour les jeunes faisant des études supérieures courtes.

Cette mesure de suppression des sursis n'entrant en vigueur qu'en 1973, ce n'est qu'à ce moment que les lycéens se mobilisent. Dès la fin février, ils se mettent fréquemment en grève dans toute la France, et tout au long du mois de mars occupent leurs établissements et organisent d'importantes manifestations : le 22 mars (200 000 manifestants à Paris) et le 2 avril plus de 500 000 jeunes descendent défilent dans 236 villes (dont 200 000 à Paris). A la crainte de voir leurs études interrompues par le service militaire - qui, depuis 1970 a été réduit à 12 mois - s'ajoute un certain antimilitarisme diffusé par les mouvements d'extrême-gauche, Ligue communiste en tête. S'opposant à la réforme des premiers cycles instituant un nouveau diplôme, le DEUG, les étudiants se joignent à se mouvement.

Finalement, la loi Debré n'est pas abrogée et seuls quelques aménagements sont prévus. C'est cependant la première fois depuis mai 1968, que la jeunesse descend massivement dans la rue. Ce mouvement n'est en outre pas sans effet sur le développement d'une contestation de l'armée par certains appelés en 1974-1975 à travers les comités de soldats.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet diffusé lors du journal de 20 heures du 21 mars 1973 sur la 1ère chaîne de l'ORTF revient sur la manifestation lycéenne contre la loi Debré qui a eu lieu le même jour à Paris. Le commentaire du journaliste n'a pu être conservé, et seul subsiste le son direct des trois interviews réalisées. Celles-ci, qui alternent avec les images de mobilisation des lycéens, sont réalisées dans des contextes très différents : Michel Field, alors un des leaders du mouvement lycéen, s'exprime au milieu d'une foule de jeunes manifestants, tandis que le général Baudoin, secrétaire de la Commission Armées-Jeunesse, et Olivier Mayer ont été interrogés pour leur part hors de toute agitation.

Le reportage s'emploie à montrer les différents aspects de la mobilisation lycéenne. Il présente en premier lieu la manifestation du jour, et apparaît en cela, emblématique des reportages sur les démonstrations de rue. Les plans se portent successivement sur les deux principaux acteurs, les CRS et les lycéens : en position d'attente, les CRS demeurent immobiles, alors que les lycéens défilent. Ce sujet illustre aussi les autres formes de lutte des lycéens contre la loi Debré : l'occupation des établissements - les jeunes ne sont d'ailleurs pas insensibles à la présence de la caméra - et les graffitis qui prennent essentiellement pour cible Michel Debré.

Christophe Gracieux

Transcription

Michel Field
Mais notre mouvement dépasse largement la frange politisée des lycées, il y a des milliers et des dizaines de milliers de lycéens qui n'ont pas fait de politique jusqu'à maintenant et qui viennent sur la question des sursis, nous nous en réjouissons. Aujourd'hui et bien la prise de conscience des lycéens s'est opérée et aujourd'hui une mobilisation sans précédent dans l'histoire du mouvement lycéen, depuis l'affaire Guyot, a lieu sur le problème du rétablissement du sursis militaire et de leur extension à tous les jeunes.
(Silence)
(Général) Beaudouin
C'est une initiative de la Commission armée jeunesse. La Commission armée jeunesse, qui comprend, une majorité de représentants des jeunes, étudiants, ouvriers, agriculteurs et une quinzaine de militaires.
Jean-Pierre Férey
Est-ce que l'unanimité s'était faite au sein de la Commission ?
(Général) Beaudouin
Oui, l'unanimité était totale aussi bien parmi les jeunes ouvriers que les jeunes agriculteurs et surtout parmi les 5 associations d'étudiants qui étaient membres de la Commission à l'époque.
(Silence)
Olivier Mayer
Si par le passé, les dirigeants gauchistes et notamment les dirigeants PSU de l'UNEF, ont cru bon de cautionner le pouvoir sur la mesure de la suppression des sursis. Ils l'ont fait d'une part sans aucune consultation ni des étudiants, ni des instances de l'UNEF. En conséquence, l'UNEF et les étudiants ne sauraient en aucun cas se sentir liés par des telles prises de positions qui n'ont en fait servi que le pouvoir.
(Silence)

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