L'abaissement de l'âge de la majorité à dix-huit ans

08 juillet 1974
02m 59s
Réf. 01072

Notice

Résumé :

Des jeunes, ainsi que deux mères, sont interrogés sur l'abaissement de l'âge de la majorité de 21 à 18 ans.

Date de diffusion :
08 juillet 1974
Date d'événement :
05 juillet 1974
Lieux :

Contexte historique

Dès son élection à la présidence de la République, l'une des premières mesures que prend Valéry Giscard d'Estaing est de proposer l'abaissement de l'âge de la majorité électorale et civile de 21 à 18 ans. Ce projet est voté par l'Assemblée nationale à l'unanimité moins une voix dès le 25 juin 1974, puis par le Sénat le 28 juin, et la loi est promulguée le 5 juillet 1974.

Depuis un décret de 1852, l'âge du droit de vote était fixé à 21 ans. Le premier projet de Constitution de la IVe République en 1946 avait certes prévu d'abaisser l'âge électoral à 20 ans, et la question avait ensuite été posée à plusieurs reprises. Mais c'est surtout le mouvement étudiant de Mai 68 qui, en faisant apparaître la jeunesse sur la scène politique, rend la question plus pressante : de juillet 1968 à 1974, huit propositions de loi sur l'abaissement de l'âge de la majorité sont ainsi déposées. L'ensemble des partis s'y rallient progressivement, et tous les candidats à l'élection présidentielle de 1974 le promettent, sachant que le Royaume-Uni avait abaissé la majorité électorale à 18 ans dès 1969, la République fédérale d'Allemagne en 1970 et les Etats-Unis en 1971.

Cet abaissement de l'âge de la majorité fait ainsi gonfler le corps électoral de 2 400 000 citoyens. Dans l'esprit de Valéry Giscard d'Estaing, il s'agit d'adapter la loi à l'évolution de la société et de prendre politiquement en compte la jeunesse, même si nombreux sont ceux à droite qui craignent que cette mesure ne favorise une prochaine victoire de la gauche, les jeunes lui étant majoritairement acquis.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet prend très largement la forme d'un micro-trottoir. Le journaliste interroge les principaux intéressés par la loi, à savoir des jeunes âgés de 18 à 21 ans, même si deux mères sont également interrogées. Les différents interviewés sont censés représenter la variété des opinions de la jeunesse sur cette réforme. Certains points de vue sont aussi insérés dans le but de donner un ton décalé au reportage, en particulier la dernière interview. Au milieu de ce micro-trottoir, le journaliste détaille les principales conséquences de la réforme. Les plans illustrant ce commentaire présentent une image de la jeunesse assez restrictive et caricaturale : on ne voit en effet qu'une foule de jeunes dans un marché aux puces, devant des stands de jeans.

Christophe Gracieux

Transcription

Inconnu
Pour la majorité électorale, je suis entièrement d'accord, parce que les jeunes tiennent une place de plus en plus importante dans le pays. Pour la majorité civile, bon disons pour moi, ça va rien changer. Il y en a certain, ça va nettement améliorer la situation. Mais enfin, je trouve que se pose le problème surtout de la dépendance financière, vis à vis des parents. Et à 18 ans, je crois qu'y a pas beaucoup de gens qui sont dépendants financièrement de leurs parents donc, ça va poser des gros problèmes.
Inconnue
Ca permettra aussi peut-être aux jeunes de s'assumer plus rapidement, dans la mesure où ils n'auront pas ce refuge de l'autorité parentale ou du «Papa veut pas, maman veut pas» ou n'importe quoi.
Inconnu
J'ai l'impression que tant qu'il y aura une dépendance économique, il y aura une dépendance parentale et tout ça. Je suis même contre ce projet de loi.
Jean-Jacques Dufour
Pourquoi ?
Inconnu
Parce que j'ai l'impression que beaucoup de jeunes de 18 ans ne sont pas assez mûrs. C'est une impression...
Jean-Jacques Dufour
Est-ce que vous attendiez donc votre majorité pour partir de chez vous ?
Inconnu
Ouais.
Jean-Jacques Dufour
Pourquoi ?
Inconnu
Pour pouvoir travailler et vivre seul un peu.
Jean-Jacques Dufour
Vous n'étiez pas bien chez vos parents ?
Inconnu
Si.
Jean-Jacques Dufour
Et vous avez quand même envie de partir ?
Inconnu
Ouais.
Jean-Jacques Dufour
Concrètement, voilà ce que cela change pour les jeunes de 18 ans. Ils pourront se marier sans le consentement de leurs parents, choisir librement leurs domiciles, leurs études ou leurs professions. Ouvrir un compte en banque ou acheter une moto sans l'autorisation paternelle avec une restriction. Le père devra donner son aval pour les traites, il garde donc le contrôle des dépenses. La tutelle paternelle est supprimée en ce qui concerne les autorisations de se rendre à l'étranger et bien sûr le carnet scolaire n'aura plus à être signé par papa et maman. Est-ce que vous pensez que ça peut poser d'autres problèmes entre parent et enfant ou enfant et parent ?
Inconnue
Et bien oui, dans la mesure où certains parents, par exemple, penseront peut-être que c'est une facilité pour se débarrasser de leurs enfants plus tôt. Le cas n'est peut-être pas fréquent mais il peut se poser aussi. Moi je pense que les jeunes ont maintenant beaucoup plus le sens des responsabilités mais ils ne sont tout de même pas assez mûrs pour certaines décisions, à mon avis.
Jean-Jacques Dufour
Vous avez un peu peur peut-être de perdre votre fille plus tôt ?
Inconnue
Non, je ne pense pas. Je ne pense pas.
Jean-Jacques Dufour
Qu'est-ce qui vous fait penser que ça peut-être négatif ?
Inconnue
Il y a des décisions qui sont forts graves à prendre, ne serait ce que par exemple au point de vue vote. Les enfants ne sont pas informés vraiment bien.
Jean-Jacques Dufour
Vous sentez-vous capables de voter ?
Inconnues
Ah non, ça non !
Inconnue
... A 18 ans c'est un peu juste.
Jean-Jacques Dufour
Et vous avez quel âge ?
Inconnue
18 ans.
Jean-Jacques Dufour
Alors est-ce que vous allez l'utiliser cette majorité ?
Inconnue
Dans certains cas peut-être, si on est obligé de l'utiliser de toute façon. Pour le vote non, ça non.
Jean-Jacques Dufour
Et pour le mariage, par exemple ?
Inconnues
Pour le mariage, oui, pourquoi pas ?
Jean-Jacques Dufour
Vous n'hésiteriez pas à vous marier même si vos parents n'étaient pas d'accords.
Inconnue
Non. J'aurai peut-être quelques réticences parce que je m'entends bien avec mes parents mais enfin...
Jean-Jacques Dufour
Ca vous permettrez de passer outre ?
Inconnue
Oui, quand même. Oui.