Manifestation lycéenne et étudiante contre le projet de loi Devaquet

04 décembre 1986
02m 37s
Réf. 01074

Notice

Résumé :

A Paris, le 4 décembre 1986, de très nombreux lycéens et étudiants manifestent de la Bastille aux Invalides pour demander le retrait du projet Devaquet sur les universités.

Date de diffusion :
04 décembre 1986
Personnalité(s) :

Contexte historique

Alain Devaquet, secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur et à la Recherche dans le gouvernement Chirac, a élaboré un projet de réforme universitaire qui doit être présenté en novembre 1986 à l'Assemblée nationale. De manière inattendue, une protestation se développe à partir du 17 novembre à l'université de Paris XIII-Villetaneuse, avant de gagner la plupart des facultés ainsi que de très nombreux lycées. Les lycéens craignent qu'une sélection ne soit instaurée à l'université. Quant aux étudiants, ils s'inquiètent d'une augmentation éventuelle des droits d'inscription et d'une perte du caractère national des diplômes.

Ce mouvement lycéen et étudiant spontané prend un caractère massif : le 27 novembre 200 000 étudiants et lycéens à Paris et 400 000 en province manifestent pour exiger le retrait pur et simple du projet ; le 4 décembre 500 000 manifestent à nouveau à Paris, et encore 300 000 le 10 décembre. Le gouvernement ne prend pas immédiatement la mesure du mouvement, et ce n'est que le 5 décembre que René Monory, ministre de l'Education, décide de retarder et de réviser le texte de la réforme.

De graves incidents avaient suivi la manifestation du 5 décembre. Et, dans la nuit du 5 au 6 décembre, à la suite du dispersement par la police d'une manifestation, un étudiant, Malik Oussekine, frappé par des CRS, avait succombé à un malaise rue Monsieur-le-Prince. Sa mort souleva l'indignation générale et le 8 décembre le Premier ministre Jacques Chirac décida le retrait complet du projet après avoir accepté le 6 décembre la démission d'Alain Devaquet.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Le reportage est introduit assez longuement par le présentateur du Journal de 20 heures d'Antenne 2, Claude Sérillon : il s'agit de préciser le contexte de la "manif" qui s'est déroulée à Paris le jour même, et aussi d'évoquer, sur fond d'une caricature, le décompte des manifestants qui comme d'usage donne lieu à d'importantes divergences entre les organisateurs et la police. Le reportage proprement dit est emblématique des sujets sur les manifestations de rue.

Une vue d'ensemble de haut montre ainsi dans un premier temps l'ampleur du défilé : on peut voir une foule très dense sur une longue artère. Les plans au sein du cortège, qui présentent les manifestants et le folklore propre à une manifestation lycéenne et étudiante (banderoles, pancartes humoristiques, tambours, danses), sont coutumiers de ce type de sujet, de même que l'interview d'un des participants. Au-delà des images, le reportage plonge au cœur de l'univers sonore de la manifestation : c'est un bourdonnement permanent de coups de sifflets, de tambours, de slogans et de chants. Enfin, les images furtives du service d'ordre et d'incidents rappellent que la manifestation ne s'est pas déroulée jusqu'au bout sans incident. C'est d'ailleurs ce soir-là que Malik Oussekine meurt d'un malaise à la suite de coups infligés par les CRS.

Christophe Gracieux

Transcription

Claude Sérillon
Bonsoir. Entre Bastille et Invalides, sur une bonne huitaine de kilomètre, ce fut une manif en couleurs et en chansons avec beaucoup d'imagination, avec le souci quasi maniaque de ne pas être récupéré. Une manif contre la loi préparée par M. Devaquet. Bien sûr, le comptage des participants à la manifestation n'est pas du tout le même, selon qu'il provient de la Préfecture de Police ou des organisateurs. 150 000 selon la Police, un million selon les organisateurs. Sans doute peut-on dire que le pari engagé il y a une semaine par les étudiants et les lycéens est réussi, avec toujours cette allure de gigantesque défilé joyeux, comme une fête, sans que l'on oublie pour autant les revendications même si l'un des slogans était : «Faites l'amour, pas la manif». Pour suivre et apprécier l'ampleur du mouvement pour Antenne 2, Rachid Arhab, Philippe Menu, Jean-Michel Mercurol et Jean Marie Lecartier ont accompagné les manifestants cet après-midi.
Rachid Arhab
Ils pourront dire qu'ils ont pris la Bastille, quelques manifestants ont en effet réussi à monter au sommet du monument là où se trouve le génie. Pour crier «Non» au projet Devaquet, des centaines de milliers d'étudiants et de lycéens ont réussi donc à organiser un gigantesque défilé. Huit kilomètres de long entre la Bastille et les Invalides. Alors qu'en fin d'après-midi, les premiers manifestants arrivaient aux abords de l'Assemblée Nationale, les derniers démarraient à peine leur marche. Une marche colorée, un peu folle, avec des slogans et des pancartes toujours très originaux, bref de l'imagination et toujours, toujours la même détermination.
(Musique)
Rachid Arhab
On pense que ce gouvernement n'est pas plus bête que les autres. Si il y a un million de jeunes dans la rue, il est obligé de retirer ou sinon il apparaîtra comme le gouvernement qui prend les mesures les plus anti-démocratiques qui soient et qui se met toute la jeunesse de France à dos. Devant l'affluence des participants, les organisateurs ont eu quelque mal à faire progresser le cortège qui a subi de nombreux arrêts techniques.
(Silence)
Rachid Arhab
Loin devant, à quelques centaines de mètres, un service d'ordre musclé prêt à toute éventualité mais il n'est pas intervenu. Les moins courageux ou les plus pressés se sont répandus dans le métro pour ressurgir aux Invalides, les premiers pour la grande fête. Une fête qui ne devrait commencer qu'en début de soirée sur l'Esplanade des Invalides, quand la délégation des étudiants et des lycéens sera sortie de son rendez-vous avec les ministres. Mais tout le monde ne semble pas d'accord pour faire la fête tout de suite. Quelques incidents se sont produits entre gendarmes mobiles et étudiants, des étudiants qui voulaient accéder au Palais Bourbon.

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