Un exemple de la désertification rurale : Montboudif

25 juin 1971
04m 38s
Réf. 01080

Notice

Résumé :

Un petit village du Cantal, Montboudif, connaît un processus de dépeuplement important. L'activité agricole décline, les jeunes partent à la ville, ce qui constitue une menace importante pour les commerçants, les cafés mais aussi l'école du village.

Date de diffusion :
25 juin 1971

Contexte historique

En 1967, dans un ouvrage au titre célèbre, La fin des paysans, Henri Mendras soulignait l'inéluctable disparition d'une classe sociale, mais aussi d'une civilisation rurale, qui était pourtant apparue jusqu'au milieu du XXe siècle comme le pilier principal de la société française. En 1954, les ruraux formaient encore 41 % de la population. Ils ne sont plus que 25 % en 1975. Au total, entre 1945 et 1975, les campagnes ont perdu près de 6 millions d'habitants. La progression importante des gains de productivité dans l'agriculture, la baisse du nombre d'exploitations, l'attrait de la ville, etc expliquent l'importance de l'exode rural et la chute considérable de la population agricole au sein de la population active.

Le destin des communes rurales reste cependant divers. Certains villages situés à proximité de villes importantes ont réussi à survivre grâce à l'apport de nouvelles populations venues chercher en milieu rural un cadre de vie plus agréable tout en continuant à travailler à la ville voisine. Les phénomènes de rurbanisation et de périurbanisation ont même permis à certains de ces villages de s'intégrer à l'univers urbain. Les communes rurales situées en Zone de peuplement industriel et urbain (ZPIU) ont ainsi crû de 1 % par an environ au cours des années soixante.

En revanche, les petites communes rurales situées plus à l'écart (régions de montagne, communes et bourgs éloignés des villes) ont entamé à partir des années 1960 un important processus de dépeuplement et de désertification. Le départ des jeunes vers la ville, l'absence de nouveaux arrivants, le vieillissement de la population entraînent la suppression des différentes activités et infrastructures présentes en milieu rural : l'école ferme, le presbytère se vide, les petits commerces et cafés disparaissent, les bureaux de poste sont supprimés, les médecins quittent le village pour aller s'installer en ville... Cette évolution entraîne la remise en question du petit village comme unité élémentaire viable sur le plan de la vie économique et sociale.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Des interviews de jeunes permettent d'expliquer la logique du dépeuplement de Montboudif : l'activité agricole n'est plus rentable et seul le départ vers la ville peut permettre de trouver un travail. Le fait d'interviewer des jeunes montre également un décalage important entre la nouvelle génération et les personnes plus âgées habitant le village (préoccupations, modes de vie et habitudes vestimentaires différents).

Si le village de Montboudif, dans le Cantal, permet d'illustrer le sort de nombreuses petites communes rurales en voie de dépeuplement, il s'agit également de la commune de naissance du Président Georges Pompidou. Ce n'est donc pas un village totalement comme les autres puisqu'il apparaît relativement familier aux Français (Pompidou y effectue plusieurs visites au cours de sa présidence tandis que des touristes s'arrêtent volontiers l'été pour visiter la maison natale du président de la République). Le reportage aborde ainsi l'un des seuls éléments susceptible de sauver certains villages d'une mort certaine : le développement du tourisme (tourisme vert ou culturel).

Fabrice Grenard

Transcription

Hervé Chabalier
Montboudif dans le Cantal, une cinquantaine de maisons perdues au coeur de l'Auvergne, entre Saint-Flour et Clermont-Ferrand, juste aux pieds du puits de Sancy. Un village qui se meurt comme la plupart des villages de ce Massif Central, pauvre et loin de tout. Une agriculture familiale, le lait pour le fromage de Saint-Nectaire, le niveau gras pour la boucherie, en tout 49 exploitations, le plus souvent exiguës. Une population vieillie aussi, 512 habitants presque tous de petits éleveurs, 512 habitants qui ont construit leur vie autour d'une place, d'une fontaine, d'une Eglise et d'un monument aux morts. Le pays, années après années, se dépeuple et même les jeunes qui voudraient rester, ne le peuvent plus. Qu'est-ce qu'il faudrait ?
Inconnu
Oh bah je sais pas moi, une usine peut-être, une petite industrie.
Hervé Chabalier
Et s'il y avait ça, les jeunes resteraient à Montboudif ?
Inconnu
Je crois oui.
Hervé Chabalier
Mais vous, vous êtes resté ?
Inconnu
Ah bah moi je suis resté par ce que j'ai du travail ici, que mes parents sont ici. Moi, je suis à la ferme là-bas.
Hervé Chabalier
Qu'est-ce que vous faites ?
Inconnu
J'ai des vaches et puis je m'en occupe.
Hervé Chabalier
Et, vous pensez que ça va durer longtemps ou un moment où à un autre il faudra que vous partiez ?
Inconnu
Ca ne durera pas longtemps, il faudra que je parte sûr.
Hervé Chabalier
Pourquoi ?
Inconnu
Parce que c'est pas rentable, quoi. C'est trop petit puis... je sais pas mais ça vaut pas grand chose le terrain non plus.
Hervé Chabalier
Ca vous embête de partir de Montboudif ?
Inconnu
Un peu oui.
Hervé Chabalier
Pourquoi ?
Inconnu
Parce ce que je suis né ici, je me suis levé toute la vie ici et puis je voudrais y rester mais malheureusement, il faudra partir presque sûr.
Inconnue
Y a pas de travail pour les jeunes ici.
Hervé Chabalier
Mais pourtant vous travaillez à la ferme là ?
Inconnue
Oh oui mais la ferme, c'est pas tellement agréable de travailler à la ferme.
Hervé Chabalier
Qu'est-ce que vous en pensez ?
Inconnue
Oh moi, j'ai vécu toujours là, moi ça me plaît, j'aime la ferme, être au bout de la ferme, j'aime tout ça.
Hervé Chabalier
Mais vous comprenez que votre fille n'aime pas ça ?
Inconnue
Eh bah je comprends, oui et non. Elle est jeune, les jeunes ont des idées à part, des... je sais pas.
Hervé Chabalier
Et si elle part, comment vous allez faire ?
Inconnue
Et bah, on exploitera moins grand. Au lieu d'avoir 15, 20 vaches on se suffira avec 10 pour qu'on puisse arriver à faire le travail seul.
Hervé Chabalier
Les jeunes de Montboudif dès qu'ils le peuvent, partent donc à la ville, à Clermont-Ferrand de préférence, travailler dans l'usine qui depuis des dizaines d'années draine la main d'oeuvre sous qualifiée des campagnes, Michelin. Les mariages se font à la ville et l'école de Montboudif elle se vide.
Le Maire
Depuis deux ans, on a été obligé de fermer une classe à l'école de Montboudif, parce que l'effectif scolaire diminuait sensiblement. Alors une classe a été fermée, la classe enfantine.
Hervé Chabalier
Le commerce ne se porte pas très bien non plus dans les campagnes et la prospérité des commerçants est souvent liée aux succès des offices religieux. Or à Montboudif depuis 3 ans, il n'y a plus de curé. Pour les 25 commerçants du village, c'est désastreux.
Inconnue
On a pas de messe, on a pas d'office, simplement une messe à 9 heures. Mais maintenant, nous n'avons plus de baptêmes ici, des baptêmes se font à Condat, à part les mariages qui se font encore ici.
Inconnu
Les communions aussi à Condat.
Inconnue
Les communions se font à Condat aussi.
Inconnu
Elles se faisaient chez nous autrefois, on en retrouvait une dans chaque commune.
Inconnue
Maintenant il n'y a plus personne. Ou bien après la messe, les gens venaient chez vous, ils prenaient l'apéritif. Voilà comment ils faisaient.
Hervé Chabalier
Heureusement pour Montboudif, en 1911, dans cette maison, est né Georges Pompidou. Et même, s'il n'y est resté que quelques jours, même s'il n'y est venu passer que quelques mois de vacances durant son adolescence, la maison blanche sur la place est la maison natale du Président de la République.
Le Maire
Les touristes qui sont là l'été, qui ne sont pas très éloignés, disent on va faire un petit tour à Montboudif voir la maison du Président de la République et puis...
Hervé Chabalier
Les commerçants sont ...
Le Maire
... Les commerçants ne s'en plaignent pas.
Hervé Chabalier
Est-ce que Montboudif, village natal du Président de la République, n'est pas un peu favorisé ?
Le Maire
Bah non, vous savez, non... Non, je crois que je suis exactement sur le même pied d'égalité que les autres communes.
Hervé Chabalier
Enfin ,vous avez quand même l'eau courante, vous avez le tout-à-l'égout et ça, ça n'existe pas tellement partout autour.
Le Maire
Oui, ça évidemment, nous avons fait de gros investissements au-dessus et vous savez, le budget de la commune, elle est fortement grevée.
Hervé Chabalier
Mais est-ce que vous pensez que vous avez un petit coup de pouce quand même ?
Le Maire
Au point de vue... accélération des travaux, oui.
Hervé Chabalier
A Montboudif, la population espère bien, que les amateurs de maisons natales de Président de la République, lorsqu'ils viendront au village seront aussi séduits par la beauté du site et qu'un tourisme pour vrais amoureux de la nature se développera, c'est là le seul avenir du village.

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