La construction des grands ensembles à la périphérie des grandes villes : la remise en cause

21 mars 1973
01m 50s
Réf. 01081

Notice

Résumé :

Pour faire face à l'expansion urbaine et aux besoins de logement, les pouvoirs publics ont encouragé la construction de grands ensembles uniformes mais cette urbanisation massive est devenue source de mécontentement.

Date de diffusion :
21 mars 1973
Personnalité(s) :

Contexte historique

Croissance démographique, accélération de l'exode rural, généralisation de l'automobile... tout se conjugue pour expliquer une très nette accélération de l'urbanisation en France à partir du début des années cinquante. La population urbaine passe ainsi de 55 % de la population totale en 1954 à 63 % en 1962 puis à 73 % en 1973. Cette croissance des villes s'accompagne de nombreuses transformations des paysages urbains. Les villes débordent largement de leurs limites traditionnelles et connaissent une forte croissance de leurs espaces périphériques.

Pour encadrer cette croissance urbaine et répondre aux besoins de logements croissants, les pouvoirs publics adoptent en 1958 la politique des zones à urbaniser en priorité (ZUP) puis à partir de 1962 celle des zones d'aménagement différés (ZAD). La caractéristique essentielle de ces politiques d'aménagement urbain est la construction de "grands ensembles", ces groupes d'immeubles pouvant abriter plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de logements. En 1975, les grands ensembles et "logements HLM" (habitation à loyer modéré) comprennent 3,2 millions de logements habités par 10 millions de personnes (soit environ 20 % de la population française). Quelques opérations de grande envergure sont restées célèbres : La Paillade près de Montpellier, Le Mirail près de Toulouse, les Minguettes dans la banlieue lyonnaise, Sarcelles, La Courneuve dans la région parisienne. Cette politique de construction de grands ensembles, en débouchant sur de véritables cités dortoirs, a rapidement suscité les critiques.

Ancien responsable de la DATAR, Olivier Guichard proclame ici la nécessité d'adapter la politique urbaine en la recentrant vers la construction d'ensembles plus petits et en évitant la ségrégation sociale par le mélange des types d'habitats. Quelques efforts seront fait dans ce domaine à partir des années 1970, mais la construction d'immeubles moins importants que lors de la période précédente ne permettra pas de supprimer totalement certains effets pervers liés au phénomène des "grands ensembles" (promiscuité, ségrégation sociale, éloignement des lieux de travail...).

Fabrice Grenard

Éclairage média

Les images proposées des grands ensembles insistent sur leur grande uniformité et l'absence totale de vie qui règne au sein de ces cités dortoirs (les seules images où une certaine activité est présente sont celles de transports - bus et voitures - quittant une cité). Les images soulignent également le décalage entre ces grands ensembles et leur environnement (champs abandonnés, absence d'infrastructures de loisirs...).

Fabrice Grenard

Transcription

Maurice Sardou
Les grands ensembles se sont imposés à la fin de la guerre, dans une période où il fallait construire vite et massivement pour parer au plus pressé, c'est-à-dire à la crise du logement. Mais pourtant quelques années après, cette urbanisation est devenue la cause d'un mécontentement profond. Les raisons sont multiples. Manque d'animation, de relais culturels, de petits commerces. Ces villes nouvelles qui ont surgit comme des champignons, se sont transformées en cité dortoir. Il manque surtout ce qui fait le charme des vraies villes, la diversité et une certaine qualité de l'habitat. Dans des immeubles sans visages, souvent étrangers au paysage, on découvre rarement l'effort des ouvriers ou l'intention des architectes. Aujourd'hui, une nouvelle politique est entrain de se dessiner. Les pouvoirs publics ont pris conscience que ces vastes cités n'ont pas de réelles justifications économiques. Il ne revient pas forcément moins cher de réaliser un ensemble de 3000 logements que de construire 6 fois, 500 logements.
Olivier Guichard
Et bien d'abord, il faut d'abord que les grands ensembles deviennent des petits ensembles. Ceci n'est pas absolument un problème de ségrégation, c'est un problème d'intégration de ces ensembles, dans une vie urbaine, qui doit se caractériser par la diversité. Ce qui fait le charme d'une ville, c'est la diversité. Donc, je souhaite qu'il y ait de petits ensembles et je demande qu'on ne dépasse pas 500 logements, pour apporter cette espèce de variétés. Et puis ensuite, je souhaite qu'à l'intérieur de ces ensembles, on répartisse les logements aidés de manière à ce qu'il n'y ait pas de grands ensembles ou entièrement en HLM locatifs et d'autres où il n'y en ait pas du tout. Il faut un mélange des deux sinon on aboutira en effet à une ségrégation sociale et après tout la construction, l'habitat, c'est pas fait pour ça.
Maurice Sardou
De nouvelles dispositions entreront en vigueur à partir de quand ?
Olivier Guichard
Immédiatement puisque à la suite de cette conférence de presse, cette directive va être adressée.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque