Le travail des femmes en France de 1914 à 2000

28 novembre 2000
03m 40s
Réf. 01093

Notice

Résumé :

Rétrospective des avancées ayant permis l'accès des femmes au travail depuis 1914, au moment où la levée de l'interdiction du travail de nuit des femmes va être adoptée par l'Assemblée nationale en novembre 2000.

Date de diffusion :
28 novembre 2000
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Contexte historique

Au cours du XXe siècle des progrès lents mais considérables ont été accomplis pour les femmes dans le domaine du travail. C'est avec la Première Guerre mondiale qu'elles arrivent en masse dans le monde du travail, remplaçant les hommes partis combattre, au sein des industries converties dans la production de guerre. Ensuite, en 1920, les institutrices sont les premières à obtenir l'égalité de rémunération avec les hommes.

Il faut cependant attendre les années 1960 et 1970, malgré l'inscription dans le préambule de la Constitution de 1946 du principe de l'égalité des droits entre hommes et femmes, pour que des mesures législatives permettent une véritable émancipation féminine dans le travail. Les femmes obtiennent ainsi en 1965 le droit d'exercer une activité professionnelle sans l'autorisation de leur mari, et le 22 décembre 1972, une loi pose le principe de l'égalité de rémunération pour les travaux de valeur égale entre les hommes et les femmes. De même, la loi Roudy du 13 juillet 1983 (du nom de la ministre des Droits de la femme de 1981 à 1986, Yvette Roudy) interdit toute discrimination professionnelle en raison du sexe, et la loi Génisson de 2001 rend obligatoires des négociations annuelles sur l'égalité professionnelle dans les entreprises.

Mais ces lois peinent à se concrétiser, si bien qu'en 2005 l'écart moyen des rémunérations entre les hommes et les femmes reste de 25 %. Dans un emploi similaire, en effaçant les distorsions dues à l'âge, à la formation et à l'ancienneté, un écart de 5 % à 7% demeure. En outre, si désormais les femmes représentent près de la moitié de la population active française (le taux d'emploi des femmes françaises est de 80%), contre seulement un tiers dans les années 1960, elles n'ont toujours pas accès aux postes de responsabilités : on ne compte en 2005 que 26 % de femmes parmi les cadres du secteur privé, 11,5 % parmi les chefs d'entreprises de 50 salariés et plus, 7 % parmi les cadres dirigeants des 5 000 premières entreprises françaises et 5 % dans les conseils d'administration des entreprises du CAC 40.

Pour tenter de remédier à ces inégalités, Nicole Ameline, ministre de la Parité et de l'Egalité professionnelle dans le gouvernement Raffarin, présente en mai 2005 un projet de loi : il vise à réduire en cinq ans les écarts de salaires entre les femmes et les hommes, et à aboutir à une représentation plus équilibrée des femmes et des hommes dans les conseils d'administration des entreprises publiques, ou au sein des instances prudhommales.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage prend prétexte de la discussion à l'Assemblée nationale en novembre 2000 d'une proposition de loi sur l'égalité professionnelle hommes-femmes pour retracer les principales étapes ayant permis l'émancipation des femmes dans le domaine du travail depuis 1914. Cet historique est ainsi dans un premier temps très largement réalisé à partir d'un montage d'images d'archives, en partie au son de musiques d'époque, que la journaliste commente : les femmes sont montrées au travail comme "munitionnettes" dans les usines d'armement durant la Grande Guerre, comme opératrices de téléphone après 1945 ou bien comme ouvrières dans les années 1960. Des plans sur des manifestations pour les droits des femmes organisées dans les années 1970 sont également diffusés. Les dates marquantes de l'accès des femmes à l'égalité professionnelle (1946, 1965, 1967, 1972, 1983 et 2000) sont incrustées sur des images arrêtées.

Dans un deuxième temps, le reportage s'intéresse à la réalité de la situation professionnelle féminine en 2000. Le témoignage (filmé dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne) d'une femme qui a créé son entreprise, ainsi que les images présentant des employées dans une cantine scolaire ou des caissières, visent à souligner la persistance de l'inégalité "culturelle" hommes-femmes dans le travail, alors que l'égalité juridique a été inscrite dans la loi. C'est également ce que met en avant Nicole Péry, secrétaire d'Etat aux Droits des Femmes et à la Formation Professionnelle dans le gouvernement Jospin.

Christophe Gracieux

Transcription

Elise Lucet
Autoriser le travail de nuit pour les femmes, est-il une victoire ou un retour en arrière ? Les analyses sont bien sûr différentes, en fonction des personnes interrogées. Mais ce qui est incontestable, c'est le chemin parcouru en un siècle par les femmes. Tout a commencé avec la Première Guerre mondiale lorsque les hommes étaient sur le front. Amélie Deloi et Myriam Metaoui.
Myriam Metaoui
Tout un peuple mobilisé, les hommes au front, leurs épouses et leurs soeurs dans les usines d'armement. Avec la Grande guerre, les femmes sont forcées d'entrer dans l'industrie et les transports, des secteurs jusque là réservés aux hommes. Ce mouvement se généralise entre deux guerres, à la Libération, le pays est en ruines, les femmes deviennent des salariés à part entière. En 46, la notion de salaire féminin inférieure à celui des hommes... est supprimée. Après la crise, l'embellie économique des «Trente Glorieuses». Pour prospérer, la société a besoin de tous. Cette fois encore, les femmes répondent à l'appel mais leur statut social est encore inadapté. Il faut attendre 1965 pour qu'elles puissent exercer une activité professionnelle, sans le consentement préalable de leur mari. L'émancipation est en marche. L'accès aux études et la révolution sexuelle vont bouleverser la place des femmes dans le monde du travail. La pilule contraceptive leur permet de choisir librement entre vie active et vie familiale. En 67, la contraception est légalisée. Les femmes affirment leur autonomie mais le combat n'est pas terminé. Un nouveau slogan apparaît. «A travail égal, salaire égal.» En 72, l'égalité de rémunération... est enfin inscrite dans la loi.
Maya Surduts
Tout était possible. Un univers s'ouvrait enfin, d'égalité pour les femmes. Le problème, c'est que, après, la réalité n'a pas été à la hauteur des espoirs, qui étaient considérables. Le sentiment, effectivement, enfin, les femmes prenaient toute leur place.
Myriam Metaoui
Sur le papier, la place des femmes dans le monde du travail, ne cesse de se renforcer. 1983, promulgation d'une loi sur l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Mais la pratique ne suit pas. Les vrais facteurs d'inégalité sont culturels et non pas juridiques. A niveau d'étude égal, les femmes sont généralement exclues des postes de direction. C'est ce qui conduit Patricia a créer sa propre entreprise de communication et d'événementiel, il y a 4 ans. Tout commence avec la restructuration du groupe dans lequel elle travaillait à l'époque.
Patricia Rolland
Je n'ai pas pu conserver mon poste parce que, il y avait donc des hommes à mettre en place sur ce poste là. Et c'était vraiment lié à l'activité masculine. C'était... donc, je n'ai pas pu conserver mon poste, ce qui fait que j'ai quitté l'entreprise bien sûr.
Myriam Metaoui
Aujourd'hui, les femmes représentent moins d'un quart des chefs d'entreprise, pour près de la moitié de la population active. Elles sont encore souvent confinées à des métiers peu qualifiés et peu valorisés. Trente ans après la loi sur l'égalité salariale, le constat est navrant. Le salaire des femmes reste en moyenne inférieur de 25% à celui des hommes. Aujourd'hui, si le travail de nuit des femmes est légalisé, c'est un dernier tabou qui tombe. Mais dans les faits, l'égalité est encore loin d'être d'être acquise.
Nicole Pery
Je ne me fais pas une illusion, totalement démesurée, sur le fait que tout d'un coup, il semblerait que les blocages culturels sont entrain de voler en éclat. La vérité, c'est qu'il y a des besoins économiques très forts. Moi, j'en prends acte et j'utilise cette vague pour avancer sur les politiques de l'égalité que je construis.
Myriam Metaoui
Aujourd'hui, les femmes constituent toujours plus de la moitié des chômeurs et elles sont plus nombreuses que les hommes à avoir un emploi précaire. Après avoir gagné sur le terrain législatif, elles doivent maintenant imposer l'égalité professionnelle dans les mentalités.