Adoption de la retraite à soixante ans par le gouvernement Mauroy

08 février 1983
03m 42s
Réf. 01095

Notice

Résumé :

A la suite de discussions avec les partenaires concernés, le gouvernement de Pierre Mauroy décide d'abaisser la retraite à 60 ans. Pour le ministre des Affaires sociales, Pierre Beregovoy, cette décision constituera un "événement de notre histoire".

Date de diffusion :
08 février 1983
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Contexte historique

Au lendemain de leur victoire aux élections présidentielle et législative de 1981, les socialistes adoptent un certain nombre de réformes sociales, qui visent à la fois à améliorer les conditions des travailleurs et à lutter contre le chômage en créant des emplois. Ces réformes reprennent des vieilles revendications de la gauche et s'inscrivent dans la lignée de celles adoptées par le Front Populaire en 1936.

Le gouvernement de Pierre Mauroy décide ainsi de baisser la durée du travail en instaurant une cinquième semaine de congés payés et en diminuant la durée légale hebdomadaire du travail, qui passe de 40 à 39 heures sans diminution de salaire (ordonnance du 18 janvier 1982). Ces réformes sur le temps de travail furent complétées le 4 février 1983 par l'abaissement de l'âge de la retraite à 60 ans, après négociations avec les différentes organisations concernées. Cette réforme, si elle faisait l'unanimité au sein des classes ouvrières, provoqua certaines discussions des plus âpres avec la Confédération générale des cadres, notamment quant au niveau des retraites versées. Cette réforme représente un tournant majeur à plusieurs points de vue. Elle permet tout d'abord d'allonger considérablement la durée des retraites, d'autant que l'espérance de vie moyenne ne cesse d'augmenter. La catégorie des "retraités" prend ainsi une dimension nouvelle au sein de la société française. Une autre conséquence de la réforme est qu'elle pèse considérablement sur la Sécurité sociale.

Or le problème du coût de la Sécurité sociale était devenu, depuis la montée du chômage qui diminuait les recettes, un problème lancinant. Il ne cessera de s'accroître en raison de la progression du chômage mais également des déséquilibres démographiques (il y a de moins en moins d'actifs pour de plus en plus d'inactifs), n'épargnant plus aucun gouvernement.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le reportage ne cache pas les difficultés qui ont précédé l'entrée en vigueur de la retraite à 60 ans (discussions tendues avec la Confédération générale des Cadres notamment). Il explique les modalités d'application de la loi et leurs conséquences pour les personnes concernées. Des chiffres permettent de souligner le nombre croissant de retraités, mais rien n'est dit sur les conséquences éventuelles de ce phénomène sur le financement des retraites et de la Sécurité sociale.

Fabrice Grenard

Transcription

Christine Ockrent
Madame, Monsieur «Bonsoir», une grande date dans notre histoire sociale. C'est en ces termes que le ministre des affaires sociales et de la solidarité, Pierre Bérégovoy, a salué ce matin l'accord désormais conclut entre les partenaires sociaux sur la retraite à 60 ans. A partir du 1er avril prochain, si vous avez 60 ans, si vous avez travaillé 37 ans et demi et si vous le désirez, vous pourrez donc choisir la retraite plutôt que quelques années d'activités supplémentaires, même si, la structure financière mise au point est encore provisoire, l'accord a donc été conclut ce matin. Martine Gilson.
Martine Gilson
Dix heures ce matin, au Ministère des affaires sociales, une demi-heure plus tôt la CGC a signé. Tout le monde est désormais d'accord, la retraite à 60 ans s'est fait.
Yvon Chotard
J'ai donc l'honneur de vous remettre cette demande d'agrément.
Pierre Bérégovoy
Je vous remercie. Vous permettez que j'en prenne connaissance.
Martine Gilson
La revendication date du début du siècle. Les syndicats ouvriers la reprendront à leurs comptes dans les années 70. Finalement, un an à peine après l'ordonnance gouvernementale, l'espace d'une courte négociation, cinq réunions auront suffit. Les plus de 60 ans qui le désirent, pourront prendre leur retraite à partir du 1er avril prochain. Même les plus rétifs, les cadres de la CGC ont paraphé le texte. Difficile pour une organisation syndicale de ne pas souscrire à un accord qui fera date.
Paul Marchelli
Nous considérons nous, qu'il s'agit d'une régression sociale, pour le personnel d'encadrement. Le ministre a dit tout à l'heure, à juste raison, que c'était un progrès pour les ouvriers mais c'est une régression sociale. Mais nous voulons être dans le système, de façon à le contrôler et de façon à ce qu'il n'y ait pas une accélération de l'égalitarisme en France.
Pierre Bérégovoy
Droit à la retraite à 60 ans, vieille revendication ouvrière, pour laquelle il y a eu beaucoup de défilés, beaucoup d'action même des grèves, va entrer dans les faits le 1er avril 1983. Nous y sommes parvenus. Il a fallu un peu de patience, il a fallu de la ténacité, il m'a fallu convaincre les uns et les autres. Mais je crois que le résultat sera retenu par tous ceux qui aspirent à un repos bien mérité.
Martine Gilson
A partir du 1er avril donc, si vous en avez l'envie, ce n'est pas obligatoire. Vous pourrez prendre votre retraite à 60 ans. Si vous n'êtes pas cadres, vous partirez avec globalement 70% de votre salaire net. A une condition, avoir cotisé pendant 37 années et demi aux caisses de retraite. Si vous êtes cadres, vous toucherez moins. Entre 5 et 10% de moins que ce que vous auriez perçu si vous étiez partis à 65 ans, tout dépend de votre carrière. En aucun cas, les retraites ne seront inférieures à 2900 francs par mois contre 2208 francs aujourd'hui. Dès le 1er avril prochain, entre 100 000 et 140 000 salariés devraient partir à 60 ans. Attention, ce sont des estimations ! A partir de 1985, ce sont 360 000 travailleurs actifs qui pourraient partir chaque année à 60 ans. Parmi eux, 55% de cadres et 82% d'ouvriers et employés. Des pourcentages logiques puisque pour les professions libérales et pour les cadres supérieurs, l'espérance de vie au-delà de 60 ans est d'un peu plus de 18 ans contre qu'15 ans pour un ouvrier du privé. Pour les cadres supérieurs, l'espérance de vie tout court est de 75% environ, pour le main d'oeuvre elle est inférieure à 64 ans. Plus de 10 ans en moins.

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