Manifestation à Versailles le 4 mars 1984 en faveur de l'école privée

04 mars 1984
02m 49s
Réf. 01096

Notice

Résumé :

Le 4 mars 1984, une grande manifestation rassemble les défenseurs de l'école privée à Versailles contre le projet de loi Savary. Le cardinal Lustiger, archevêque de Paris, et Pierre Daniel, président de l'UNAPEL, s'adressent à la foule.

Date de diffusion :
04 mars 1984
Source :

Contexte historique

Depuis 1959 (loi Debré), l'aide de l'Etat aux établissements privés est institutionnalisée. Reprenant une proposition du candidat Mitterrand lors de l'élection présidentielle, Alain Savary, ministre de l'Education nationale dans le gouvernement Mauroy, entreprend de mettre au point dès 1982 un projet de "grand service public laïque et unifié" de l'éducation, rallumant ainsi la guerre scolaire.

Ce n'est que le 18 avril 1984 que ce projet est adopté par le Conseil des ministres, en raison des vives pressions contradictoires des défenseurs de l'école publique et de ceux de l'enseignement libre. Les partisans de l'école privée mobilisent les parents d'élèves, en particulier autour de l'Union nationale des parents d'élèves de l'enseignement libre (UNAPEL) présidée par Pierre Daniel : de grandes manifestations ont lieu contre le projet en janvier-février 1984 à Bordeaux, Lyon, Rennes et Lille, culminant le 4 mars à Versailles où se rassemblent entre 600 000 et 800 000 manifestants. Le 25 avril, ce sont les défenseurs de l'école laïque qui manifestent dans toute la France. Si l'UNAPEL comme l'archevêque de Paris, le cardinal Lustiger, jugent à peu près acceptable le compromis adopté par Alain Savary, ils refusent que les enseignants du privé puissent devenir des fonctionnaires. Or c'est ce que prévoit la loi votée par l'Assemblée nationale le 22 mai 1984. En réaction, les défenseurs de l'école libre organisent une immense manifestation le 24 juin à Paris : 1,5 million de manifestants défilent selon les organisateurs, et 850 000 selon le ministère de l'Intérieur, soit le rassemblement le plus important depuis 1944.

Le 12 juillet, François Mitterrand décide dès lors de retirer le projet de loi, désavouant Alain Savary qui démissionne, suivi dès le 17 juillet par le Premier ministre Pierre Mauroy.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage diffusé le soir du rassemblement pour la défense de l'enseignement libre à Versailles alterne les images de manifestants et les extraits de discours de personnalités. Il traite en effet d'une part la manifestation de manière classique : plusieurs plans de la foule très dense vue de haut visent à montrer l'ampleur du défilé, véritable "marée humaine" selon la journaliste. De même, les gros plans sur les badges et autocollants "libérons l'école", et l'évocation des slogans "la liberté n'est pas négociable" ou "Savary démission", synthétisent les revendications des manifestants. La plongée sur les élus de l'opposition revêtus de l'écharpe tricolore (dont le président du RPR Jacques Chirac), accompagnée du commentaire prudent de la journaliste expliquant que la foule a exprimé "sa sensibilité dominante" en les "ovationnant", attestent que cette démonstration revêt également un caractère politique et que le cortège est en grande partie composé du "peuple de droite". D'autre part, plusieurs extraits de discours de leaders du mouvement d'opposition au projet de loi Savary s'intercalent entre les plans sur les manifestants : les allocutions du cardinal Lustiger et du président de l'UNAPEL Pierre Daniel montrent qu'il ne s'agit en fait pas d'une simple manifestation des défenseurs de l'école libre, mais d'un véritable rassemblement.

Christophe Gracieux

Transcription

Chantal Brets
Etaient-ils plus de 800 000, comme l'annoncent les organisateurs, ou 600 000 comme le dit la Police, qu'importe, ils étaient extraordinairement nombreux à Versailles aujourd'hui. Véritable marée humaine venue de tous les coins de l'Ile-de-France et de la Haute-Normandie dans des milliers de cars et dans des trains spéciaux.
Jean-Marie Lustiger
Vous voici tellement nombreux que l'observateur hésite à vous reconnaître, qui êtes-vous ? Surprenant et pacifique rassemblement dont la force déjoue les interprétations. Qui êtes-vous ? Ni une Eglise, ni un parti, ne pourraient vous revendiquer tous.
Chantal Brets
Les organisateurs avaient d'ailleurs tout préparé pour qu'aucun dérapage politique ne vienne altérer le sens de ce mouvement. Ce qui n'a pas empêché la foule, d'exprimer sa sensibilité dominante, en ovationnant les élus de l'opposition parmi lesquels le Président du RPR, Jacques Chirac. Ce qui n'empêchait pas non plus, beaucoup parmi ces manifestants, d'exprimer leur plus entière méfiance vis à vis des intentions d'apaisement du gouvernement.
Manifestant
Après quoi, après quoi ?...
Chantal Brets
Les tentatives d'apaisement...
Manifestant
Non, les tentatives, c'est du verbiage !
Manifestants
C'est du verbiage... Laissons tomber !
Chantal Brets
En tous cas les «Savary démission» ou encore «La liberté n'est pas négociable» que l'on pouvait lire sur bon nombre de badges des manifestants, ne se sont pas retrouvés dans les discours des responsables, dont on a perçu en revanche la volonté très claire de ne pas rompre les négociations.
(Musique)
Daniel Pierre
Les discussions avec le Ministère se poursuivent, sans négligence et sans hâte excessive, car nous sommes particulièrement conscients des pièges que la technicité des questions à résoudre pourrait cacher. Mais je le rappelle, ceux qui voudraient se réfugier peureusement ou politiquement dans un «Statu quo» immuable et sclérosant se trompent de combat.
Chantal Brets
De son côté Monseigneur Lustiger en restant ferme sur ses positions a plaidé lui aussi en faveur d'une négociation qui doit rendre effective, a t-il dit, une liberté formelle.
Jean-Marie Lustiger
De la sorte, l'école privée pourra garder sa personnalité en en recevant tous les moyens du système éducatif national dont elle fait déjà contractuellement partie.

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