Signature d'un accord entre le FLNKS et le RPCR

20 août 1988
01m 58s
Réf. 01097

Notice

Résumé :

Un accord sur un projet de loi préparant l'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie est signé à Paris le 20 août 1988 entre Jean-Marie Tjibaou (FLNKS) et Dick Ukeiwe (RPCR), sous l'égide de Louis Le Pensec, ministre des DOM-TOM.

Date de diffusion :
20 août 1988
Source :

Contexte historique

En Nouvelle-Calédonie, le Front de libération nationale kanake et socialiste entreprend au milieu des années 1980 une lutte pour l'indépendance. Un référendum sur l'autodétermination le 13 septembre 1987 voit cependant le très net succès des anti-indépendantistes (98,3% des voix), le FLNKS ayant décidé de ne pas participer au scrutin. Deux jours avant le premier tour de l'élection présidentielle, le 22 avril 1988, des membres du FLNKS attaquent une gendarmerie à Ouvéa, dans les îles Loyauté, tuant 4 gendarmes et en prenant 23 autres en otages. Ces derniers ne sont libérés que le 5 mai à la suite d'un assaut coûtant la vie à 2 d'entre eux ainsi qu'à 19 Kanaks et déclenchant une polémique.

Le Premier ministre Michel Rocard tente de renouer le dialogue en envoyant en Nouvelle-Calédonie une mission de médiation dirigée par le préfet Christian Blanc et comprenant trois personnalités "spirituelles" (un catholique, un protestant et un franc-maçon). Il réunit ensuite les délégations du FLNKS et du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR), conduites par Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur : elles signent un accord à Matignon le 26 juin 1988. Des entretiens ont ensuite lieu au ministère des DOM-TOM sous l'égide de Louis Le Pensec, et le 20 août 1988, les délégations du FLNKS et du RPCR tombent d'accord sur un projet de loi. Ce dernier stipule qu'en 1998 aura lieu un scrutin d'autodétermination en Nouvelle-Calédonie, avec un corps électoral composé uniquement des électeurs y résidant en 1988 et de leurs descendants. Il prévoit en outre un nouveau découpage en trois provinces, une amnistie sauf pour les auteurs de crimes de sang, et des mesures économiques, sociales et culturelles d'accompagnement. La loi est ratifiée le 6 novembre 1988 par référendum (79,9% de oui), mais 63,1% des électeurs s'abstinrent. Malgré ce peu d'intérêt des métropolitains pour la question néo-calédonienne, il s'agit d'un indéniable succès pour Michel Rocard. Et malgré l'assassinat le 4 mai 1989 de Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné à Ouvéa par un extrémiste kanak, l'agitation n'est pas relancée. Le 21 avril 1998, le gouvernement, le FLNKS et le RPCR signent un nouvel accord à Nouméa portant sur l'indépendance progressive de la Nouvelle-Calédonie en quinze ou vingt ans.

Christophe Gracieux

Éclairage média

En studio, le présentateur lance le sujet en soulignant les enjeux principaux. Ensuite, le reportage s'intéresse dans un premier temps à la cérémonie de signature de l'accord. La longue poignée de mains symbolique entre Jean-Marie Tjibaou et Dick Uweike, encadrés par Louis Le Pensec qui a patronné les négociations, est immortalisée à l'écran, ceci d'autant plus que l'image est arrêtée quelques instants. La table des négociations est ensuite filmée, illustrant les trois jours et trois nuits qui ont été nécessaires pour aboutir à l'accord. Quant à l'extrait de la déclaration de Louis Le Pensec, il vise à bien mettre en évidence la portée historique de cette signature : "c'est un accord inespéré". Dans une seconde séquence, le reportage détaille les principales dispositions contenues dans le projet de loi qui a été adopté. A trois reprises une carte de la Nouvelle-Calédonie est insérée entre les images de façon pédagogique, notamment pour présenter le nouveau découpage territorial prévu par le texte. La question de l'amnistie n'est quant à elle pas illustrée par des extraits d'actions sanglantes ou de la prise d'otages d'Ouvéa : sont simplement montrées des scènes d'arrestations. Des images d'habitants d'un village kanak concluent le reportage, la journaliste insistant sur les mesures économiques et culturelles également contenues dans le projet de loi.

Christophe Gracieux

Transcription

Jacques Paugam
Bonsoir, après les soubresauts qui avaient suivi l'accord de Matignon sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. La réaction, quasi générale, est au soulagement après la signature ce matin à l'aube, d'un accord tripartite, gouvernement-FLNKS-RPCR, sur un projet de loi qui saura soumis à l'automne à un référendum national. Accord obtenu, grâce à la méthode de négociation mise en oeuvre, mais aussi grâce à la volonté d'aboutir des deux délégations, indépendantiste et anti-indépendantiste. Marie-Odile Pagniez.
Marie-Odile Pagniez
Une grande victoire pour la Nouvelle-Calédonie. Sans le savoir, Dick Ukeiwe et Jean Marie Tjibaou, ont les mêmes mots pour qualifier cet instant. 5 h ce matin, les responsables du FLNKS et du RPCR signent le protocole d'accord après un incroyable marathon de 3 jours et 3 nuits.
Louis Le Pensec
C'est un événement, presque inespéré, si l'on se souvient de la situation dans laquelle se trouvait ce territoire il y 3 mois, ne regardons plus en arrière.
Marie-Odile Pagniez
Ultime difficulté des négociations, l'amnistie générale réclamée par le FLNKS, l'accord porte finalement sur un texte plus sévère, les auteurs de crime de sang ne seront pas amnistiés. Un texte qui pourrait toutefois être assoupli dans les faits par des mesures de liberté provisoire. Deuxième point clé de l'accord, la composition du corps électoral pour le scrutin d'autodétermination de 1998. Le FLNKS craignait qu'elle ne lui soit trop défavorable. En garantie, seuls les électeurs résidents sur le territoire lord du référendum de cet automne et leurs descendants pourront voter dans 10 ans. Pour éviter toute fraude, trois révisions des listes électorales sont prévues. Troisième élément du projet, la création de 3 régions, Nord, Sud et Iles Loyauté. Des régions qui fonctionneront de façon autonome grâce aux 300 millions de francs débloqués par le Ministère de l'Economie. Une aide financière demandée par Jean Marie Tjibaou qui permettra aussi de réduire le déséquilibre économique et culturel dont est victime la communauté mélanésienne.

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