L'adoption d'un nouveau statut pour la Corse

22 mars 1991
01m 58s
Réf. 01098

Notice

Résumé :

Alors que les sénateurs débattent du projet de loi portant statut territorial de la Corse, les habitants d'un petit village traditionnel de l'île de Beauté réagissent à la notion de "peuple corse" qui figure dans la loi. Les avis sont divergents.

Date de diffusion :
22 mars 1991

Contexte historique

La Corse est de toutes les régions françaises celle où les sentiments particularistes sont les plus forts, en raison de l'isolationnisme insulaire et d'un rattachement à la France relativement tardif (1768).

Depuis les années 1970 s'y développe un mouvement qui fut d'abord autonomiste puis indépendantiste. Une véritable lutte de "libération nationale" fut notamment officialisée au cours de l'été 1975 par une manifestation spectaculaire à Aléria (l'occupation d'une cave viticole qui provoqua une fusillade tuant deux gendarmes) puis par la fondation en 1976 du Front National de Libération de la Corse (FLNC). Ce mouvement nationaliste se manifeste par des attentats et plasticages touchant des bâtiments publics, des logements de fonctionnaires, des complexes touristiques aux financements étrangers ou métropolitains (il y eut au cours des années 1980 jusqu'à 500 attentats par an).

Dénonçant la politique de répression pratiquée par la droite à la fin des années 1970, les forces de gauche, de plus en plus sensibles aux revendications régionalistes, promirent l'adoption de réformes politiques. Aussi, dès l'arrivée de la gauche au pouvoir, un statut spécial de la Corse fut voté par l'Assemblée nationale en 1982 : l'île devenait une communauté territoriale de plein droit avec une assemblée régionale élue au suffrage universel direct. Mais cette réforme n'empêcha pas les attentats contre les symboles de l'Etat de se poursuivre en Corse. En 1991, le Parlement vota un nouveau statut de la Corse étendant les prérogatives de l'Assemblée régionale. Un article de la loi mentionnant le "peuple corse" fut toutefois déclaré non conforme à la Constitution de 1958 par le Conseil Constitutionnel.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le reportage montre bien que la notion de "peuple corse" ne fait pas l'unanimité parmi les Corses eux-mêmes. Le cadre choisi est celui d'un petit village corse traditionnel, souffrant des problèmes que connaissent la plupart des petites communes de l'île (exode rural, désertification, crise de l'activité agricole...). Les réponses des personnes interrogées montrent bien en tout cas que la population corse n'a pas toujours le discours radical des organisations nationalistes.

Fabrice Grenard

Transcription

Claude Sempère
Le peuple corse. A San Lorenzo, petit village dans le centre de l'île, ces mots, sources de tant de polémiques prennent tout de suite leur sens.
(Silence)
Dominique
Il dit que lui, il se sent corse parce qu'il parle corse et de toute façon, en français il a du mal à s'exprimer. Et pour lui, c'est la Corse qui compte le plus.
Claude Sempère
Pour les anciens du village comme pour Dominique, jeune bergère à San Lorenzo, les débats animés au Sénat sur la notion de peuple corse paraissent très lointains. En dehors de toute bagarre politique entre partenaires d'une Corse française ou d'une Corse indépendante, ces mots «peuple corse» sont ici plutôt synonymes de tradition, de culture, de manière de vivre.
Dominique
Moi, je vis ici, je travaille ici, le fait d'être corse ça me suffit, j'ai pas besoin d'être reconnu. On a une certaine culture, on vit ici, on a une certaine manière de vivre. On parle corse, on écoute les vieux qui nous raconte leurs histoires. C'est... surtout une qualité de vie.
Claude Sempère
Au village, la plupart des habitants, souhaiteraient finalement que l'on dépince cette polémique autour de la notion de «peuple corse» et que l'on s'attache surtout à régler les problèmes de fond.
Habitant
Pour le moment, il y a des problèmes qui doivent être résolus en Corse et ce n'est pas en disant, on vous appellera demain, on dira que vous êtes un peuple, je ne dis pas un peuple à part, mais vous êtes un peuple corse, que le problème corse sera résolu.
Claude Sempère
A San Lorenzo, comme dans la plupart des communes de l'île, le principal problème reste le départ des jeunes, la désertification du village, en un mot, la disparition du peuple corse.