L'élimination de Lionel Jospin au premier tour de l'élection présidentielle de 2002

22 avril 2002
02m 27s
Réf. 01100

Notice

Résumé :

Les militants socialistes apprennent l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de l'élection présidentielle le 21 avril 2002. Lionel Jospin s'adresse ensuite à eux pour annoncer son retrait de la vie politique.

Date de diffusion :
22 avril 2002
Date d'événement :
21 avril 2002

Contexte historique

Seize candidats participent au premier tour de l'élection présidentielle le 21 avril 2002, soit le nombre le plus élevé lors d'un scrutin présidentiel sous la Ve République. On compte notamment quatre candidats représentant la droite parlementaire (le président sortant Jacques Chirac, François Bayrou, Alain Madelin, Christine Boutin) et cinq la gauche plurielle, majorité sortante à l'Assemblée nationale (le Premier ministre Lionel Jospin, Robert Hue, Noël Mamère, Jean-Pierre Chevènement et Christiane Taubira).

La campagne électorale, dominée par le débat sur l'insécurité, passionne peu l'opinion. Cela se traduit par une très importante abstention lors du premier tour, 27,86% des Français ne se rendant pas aux urnes le jour du premier tour de l'élection présidentielle. Mais par-delà cette faible abstention, le 21 avril 2002 marque surtout un véritable séisme politique : le président du Front National, Jean-Marie Le Pen, arrive en deuxième position derrière Jacques Chirac, avec 16,95% des voix, assurant pour la première fois la présence d'un candidat d'extrême droite au second tour d'une élection présidentielle.

Jacques Chirac ne recueille lui que 19,71% des suffrages exprimés, résultat inférieur à celui qu'il avait obtenu en 1995 et même en 1988, le plus faible pour un président de la République sortant. Surtout, le Premier ministre socialiste Lionel Jospin n'obtient que 16,12% des suffrages : pour la première fois depuis 1969, la gauche n'est ainsi pas présente au second tour d'une élection présidentielle. Atteint par cette déroute, Lionel Jospin annonce immédiatement son retrait de la vie politique après la fin de l'élection présidentielle. Quant à Jacques Chirac, au soir du premier tour, il s'adresse aux Français, les appelant à un "sursaut démocratique" et proclamant : "La République est entre vos mains". Rapidement, les principaux responsables de gauche appellent à voter pour lui au second tour, insistant sur la nécessité de "faire barrage à l'extrême droite" le 5 mai.

Jean-Marie Le Pen, pour sa quatrième participation à une élection présidentielle, a indéniablement profité du thème de l'insécurité, mais également de l'éparpillement des voix sur les petits candidats, parvenant même en tête dans trente-cinq départements. Il est à noter que ce premier tour est également marqué par le plus mauvais score du PCF à une élection présidentielle (Robert Hue ne recueille que 3,39% des voix) et la forte poussée de l'extrême gauche (Arlette Laguiller, de Lutte ouvrière, obtient 5,75% des suffrages et Olivier Besancenot, pour la LCR, 4,27%).

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage diffusé le 22 avril 2002 revient sur le principal résultat du premier tour de l'élection présidentielle qui s'est déroulée la veille : l'élimination de Lionel Jospin de "la course à l'Elysée". Précédé d'un lancement plateau par la présentatrice du journal qui décrit la situation en quelques mots, ce sujet a entièrement été réalisé à l'Atelier de campagne, QG de la candidature de Lionel Jospin situé rue Saint-Martin à Paris. Les équipes de télévision s'attachent en effet lors des soirées électorales à filmer la réaction des militants réunis au siège des différents partis. Dans le cas présent, le sujet est uniquement traité sous l'angle de la très vive émotion qui saisit les militants socialistes à l'annonce de l'élimination de Lionel Jospin, puis de son retrait de la vie politique.

Les images montrent qu'il s'agit bien plus que d'une simple déception électorale. Les premiers plans du reportage s'attardent ainsi sur de jeunes militants au moment où, à 20 heures, ils apprennent la nouvelle : on ne voit pas les résultats s'afficher sur un écran, mais seulement la grande stupeur qui s'empare d'eux. Sonnés, le regard atterré, ils portent la main à leur bouche comme s'ils semblaient de ne pas croire à ce résultat. Passés les premiers instants, le choc reste perceptible : la caméra montre des militants pleurant, une jeune fille interrogée dit son incompréhension, et le député du Nord Christian Bataille, interviewé sur le vif, ne parvient pas à retenir ses larmes. Dans un second temps, le reportage est centré sur Lionel Jospin lui-même qui vers 22h20 fait son apparition à l'Atelier de campagne où il vient prononcer une déclaration.

Lors de son arrivée et de son discours, l'émotion apparaît là aussi très nettement palpable dans la salle. Au moment où il annonce aux militants qu'il "assume pleinement la responsabilité de cet échec" et en "tire les conclusions en se retirant de la vie politique", on peut entendre des hurlements de militants, choqués par cette nouvelle. De même, traversant la salle et serrant quelques mains, Lionel Jospin est acclamé, applaudi. Signe de la solennité de cette soirée, certains entonnent une Marseillaise. Les dernières images du reportage montrent de manière symbolique le départ du candidat battu, accompagné de sa femme.

Christophe Gracieux

Transcription

Catherine Matausch
Lionel Jospin n'est plus dans la course à l'Elysée, il n'arrive qu'en 3ème position avec près d'un point d'écart sur Jean-Marie Le Pen. Pour la première fois depuis 1969, je vous le disais, la gauche est donc absente du second tour de l'élection présidentielle. Il y a eu beaucoup de larmes, hier soir, à l'atelier de campagne, sans compter que Lionel Jospin se retire de la vie politique. Stéphane Haussy, Olivier Tieth.
Stéphane Haussy
... Atterrés, saisis de colère et d'incompréhension, les isoloirs viennent d'ébranler toutes les certitudes de ces jeunes militants socialistes, leur favori sera absent du 2ème tour, battu même par Jean-Marie Le Pen.
Militante
C'est incroyable qu'il n'y soit pas... entre un menteur et un facho mais on va être gouverné par qui pendant 5 ans ? Mais c'est hallucinant ! C'est très grave ce qui est entrain de se passer.
Christian Bataille
Je suis élu d'une région de gauche, des gens qui votent socialiste et communiste et...
Journaliste
Des élus qui craquent et un leader prématurément défait, comme aucun sondage pourtant ne l'avait prévu.
Lionel Jospin
J'assume pleinement la responsabilité de cet échec et j'en tire les conclusions, en me retirant de la vie politique, après la fin de l'élection présidentielle.
Journaliste
Point final d'une carrière politique de 30 ans. Abstention, éparpillement des votes, le candidat socialiste n'a pas su assez convaincre et mobiliser une majorité devenue trop plurielle. Ici pourtant, on parlait hier d'injustice, d'ingratitude et de travail accompli.
Militant
Honte à la République.
Journaliste
Dans 15 jours, les socialistes devront donc faire un choix, un choix par défaut.
Militante
J'imagine que pour faire barrage... à quelqu'un qui se bat contre tout ce qu'on est et tout ce que je suis peut-être aussi en particulier, il va falloir quand même voter Chirac mais...
Journaliste
Devant l'atelier de campagne, les militants chuchotent que les législatives pourraient être le véritable deuxième tour mais comme dans tous séismes, tous ici craignaient déjà les répliques, des répliques qui feraient tanguer encore davantage la gauche.

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