Manifestation à Paris le 1er mai 2002 contre Jean-Marie Le Pen

01 mai 2002
4m 9s
Réf. 01101

Notice

Résumé :

Le 1er mai 2002, environ 500 000 personnes manifestent à Paris contre Jean-Marie Le Pen, en lice pour le second tour de l'élection présidentielle.

Date de diffusion :
01 mai 2002
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

Dès l'annonce des résultats du premier tour de l'élection présidentielle le 21 avril 2002, des manifestations spontanées contre Jean-Marie Le Pen, qualifié pour le second tour, ont lieu à Paris et dans les grandes villes de province. Cette mobilisation prend rapidement une très grande ampleur : durant les 15 jours qui séparent les deux tours de l'élection, plusieurs millions de Français, et plus particulièrement les lycéens et les étudiants, participent à des rassemblements, débats et pétitions contre le Front National.

Le 30 avril, plusieurs dizaines de milliers de lycéens défilent ainsi à Paris. Mais c'est surtout le lendemain 1er mai, jour traditionnel des manifestations syndicales, que la mobilisation anti-FN connaît son apogée : environ 1,5 million de personnes descendent dans les rues contre l'extrême droite sur l'ensemble du territoire français. Plus de 50 000 manifestants sont par exemple dénombrés à Lyon et à Grenoble, 45 000 à Toulouse, 40 000 à Bordeaux, 35 000 à Rennes ou encore 30 000 à Marseille et Lille.

La manifestation parisienne, organisée entre la place de la République et celle de la Nation rassemble quant à elle environ 500 000 personnes : il s'agit d'un des plus grands défilés que la capitale ait connu depuis la Libération. En raison de cette ampleur, l'immense cortège doit même être scindé en trois itinéraires pour rejoindre la place de la Bastille. La gauche plurielle et plusieurs ministres figurent dans le cortège, en compagnie des syndicats. Les élus de droite en sont absents. François Fillon, président RPR de la région Pays-de-la-Loire, explique ainsi cette position : "Il n'est pas dans notre culture de manifester". Mais gauche comme droite appellent à voter Jacques Chirac le 5 mai 2002 pour "faire barrage à l'extrême droite".

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet diffusé le soir même de la manifestation contre Jean-Marie Le Pen le 1er mai 2002 à Paris se décompose en trois séquences. Dans un premier temps, le présentateur David Pujadas ouvre le journal télévisé en commentant "l'image du jour", à savoir l'immense cortège des manifestants filmé par l'hélicoptère de la Préfecture de Police autour de la place de la Nation.

Il s'agit dès le début du journal de souligner l'ampleur du rassemblement, David Pujadas insistant par ailleurs sur son caractère historique ("le défilé le plus important depuis l'école libre"). Dans un second moment est diffusé un reportage réalisé au milieu du cortège. Le journaliste qualifie ce dernier de "marée humaine" : plusieurs plans montrent une foule très dense. Puis de manière classique, le reportage s'intéresse aux différents moyens d'expression utilisés par les manifestants pour dire leur rejet des idées de Jean-Marie Le Pen. De multiples pancartes et banderoles individuelles témoignent de leur imagination, proclamant "Le Pen petit Pétain" ou "le 5 mai faites de Le Pen un détail de l'histoire" (allusion à l'affirmation de Jean-Marie Le Pen en 1987 selon laquelle "les chambres à gaz ne sont qu'un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale").

De nombreux drapeaux tricolores, des références au triptyque "Liberté, égalité, fraternité" ou des bonnets phrygiens sont aussi visibles, les manifestants affichant de la sorte leur attachement aux valeurs de la République. On peut également entendre des slogans contre Le Pen, dont "C'est pas les immigrés, c'est pas les sans-papiers, c'est Le Pen qu'il faut virer". Le reportage s'attache tout spécialement à mettre en valeur la diversité des manifestants. Diversité d'origines, le journaliste évoquant "une foule black, blanc, beur", référence notamment à la victoire de l'équipe de France de football lors de la Coupe du monde 1998. Et diversité générationnelle : de nombreux jeunes battent le pavé, de même que des familles entières ; un couple de personnes âgées est également interrogé. Ce reportage insère du reste un micro-trottoir. Transparaît une "ambiance bon enfant", en particulier à travers la musique qui ressort du défilé et le plan final sur un couple s'embrassant place de la Bastille. Enfin, dans un dernier temps, une fois le cortège dispersé, un journaliste recueille le témoignage de deux manifestants en direct de la place de la Nation.

Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
Bonsoir à tous, merci de votre attention. L'image de ce 1er mai. Pour commencer, cette foule immense dans les rues de Paris autour de la Place de la Nation, 400 000 personnes selon la police, 900 000 selon les organisateurs, foule compacte, compressée même au départ de la manifestation en début d'après-midi. On a noté plusieurs évanouissements. Le cortège a du être scindé et réparti sur plusieurs itinéraires. De mémoire de parisien, c'est le défilé le plus imposant depuis la grande manifestation pour l'école libre en 1984. Une mobilisation qui va bien au-delà des prévisions et dans une ambiance bon enfant. Qui sont ces manifestants au milieu du cortège ? Reportage Martin Gouesse et Abdel Zoueche.
Martin Gouesse
Une véritable marée humaine de République à Nation, une vague qui dit non à Le Pen. Plus de 400 000 personnes qui se retrouvent dans une ambiance bon enfant. Malgré les orchestres, on est pas là pour la fête, on est venu de 7 à 77 ans, on est venu en famille pour ses enfants.
(Musique)
Manifestante
Pour que eux, ils sachent les valeurs qui nous ont été apportées par nos parents.
Manifestants
«C'est pas les immigrés, c'est pas les sans-papiers, c'est Le Pen qu'il faut virer...»
Martin Gouesse
Les slogans sont connus, depuis le 21 avril, mais personne n'oublie que c'est dimanche prochain que tout se joue. Il était important d'être aujourd'hui dans la rue.
Manifestante
Très, très important.
Martin Gouesse
Aussi important que d'aller voter.
Manifestante
Ce qui est important, c'est aujourd'hui ou dimanche ? Pour nous, c'est dimanche. Pour nous, c'est dimanche.
Martin Gouesse
Les drapeaux français cotoient les banderolles faites à la maison. Il fallait mettre la main à la patte et ne pas laisser les syndicats seuls en première ligne.
Manifestante
On va s'intégrer après, on attend de laisser passer les syndicats et on s'intègre après.
Martin Gouesse
Une foule black, blanc, beur, à 4 jours du second tour après le séisme, beaucoup espéraient ce sursaut républicain.
Manifestant
Avec ce monde, je suis rassuré, ce monde ne pourra que mieux se passer.
Martin Gouesse
Le 1er mai, c'est traditionnellement la fête du travail. Face à l'extrême droite, le 1er mai 2002, restera la fête de la fraternité.
David Pujadas
Place de la Nation, on retrouve en direct Pascal Doucet-Bon. Bonsoir Pascal, la dispersion n'est toujours pas achevée, l'ambiance reste paisible.
Pascal Doucet Bon
Oui, l'ambiance est très paisible, bon enfant, vous entendez derrière moi de la musique, de la musique de toute sorte, de la musique techno, des tam-tam. Les gens sont venus en famille, vous pouvez le voir autour de moi, la dispersion se fait lentement. Mais vous savez que les derniers manifestants n'ont quitté la place de la République qu'il y a une heure environ. Alors il y a quelques minutes, nous avons fait la connaissance de quelques manifestants rencontrés au hasard. Bonjour, est-ce que vous pouvez tout d'abord m'expliquer ce que vous faites ici, tout simplement ?
Manifestant
Ce que je fais ici, je suis là pour défendre, pour me battre, pour la différence. Cette différence qui fait tant peur aux gens, aux électeurs du Front national. Et une chose à leur dire, c'est que ces électeurs, qui acceptent ces différences, c'est une force, c'est une force pour notre pays et c'est dans cette différence qu'on va construire un beau pays et pas dans la haine comme le prouve et l'amène le Front National aujourd'hui.
Pascal Doucet Bon
Est-ce que vous avez déjà manifesté un 1er mai ?
Manifestant
Non, jamais, jamais, jamais. C'est la première fois, c'est la première vraie manifestation pour une vraie cause.
Pascal Doucet Bon
J'avais une question également pour Valérie. Valérie, est-ce que, il y a pas un risque avec ce genre de manifestation, d'énerver les éventuels électeurs du Front, d'énerver les abstentionnistes, de stigmatiser systématiquement ?
Valérie
Je crois pas, pourquoi les énerver, non ? A partir du moment où on dit les choses clairement, on dit, on veut pas de Le Pen. Je crois que c'est aussi une leçon de civisme pour tout le monde, il faut voter, c'est important. Voilà, il faut pas s'énerver, on peut toujours discuter des choses. Si ils ont envie de venir discuter, moi j'ai pas de soucis, on peut discuter de tout ce qu'ils veulent. Du programme de Le Pen avec lequel je peux pas être d'accord, on peut discuter de la Démocratie, on peut discuter de l'avenir de la France. Y a pas de raison d'énerver les gens, on est pas là pour ça.
Manifestant
On est là pour simplement non, il y a des choses avec lesquelles on peut pas être d'accord. Voilà.
Pascal Doucet Bon
Voilà, David, on va essayer de trouver d'autres interlocuteurs un peu plus tard dans ce journal, à tout à l'heure.