Un phénomène inquiétant : l'essor du chômage en France entre 1973 et 1975

17 novembre 1975
02m 04s
Réf. 01105

Notice

Résumé :

Les queues qui s'allongent devant les nouvelles Agences nationales pour l'emploi montrent le développement du chômage en France. Le phénomène concerne toute la France même si les régions industrielles sont les plus touchées.

Date de diffusion :
17 novembre 1975
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Contexte historique

La manifestation la plus grave et la plus préoccupante de la crise des années soixante-dix en France concerne la forte poussée du chômage et son enracinement dans la société française. Le phénomène apparaît d'autant plus inquiétant que la période des Trente glorieuses avait été une période de plein emploi (taux de chômage inférieur à 3 % de la population active).

Le seuil des 500 000 demandeurs d'emploi est dépassé en octobre 1974, celui du million en 1975. Le taux de chômage a bondi en moins de deux ans de 2 % de la population active à 5 %. Cette progression du chômage s'explique par les difficultés économiques liées au premier choc pétrolier (hausse des coûts de fabrication), par le recul de l'activité industrielle, mais également par des causes démographiques (arrivée sur le marché du travail des jeunes générations issues du baby-boom). Parmi les chômeurs, le pourcentage des jeunes de moins de vingt-cinq ans était très nettement supérieur à leur pourcentage dans la population active (38,3 % contre 23 %). Si le phénomène concerne l'ensemble de la France, il touche davantage certaines régions, notamment celles où sont implantées les industries de la première (textile, charbon) et de la seconde révolution industrielle (sidérurgie, automobile).

Pour tenter de lutter contre le chômage, le gouvernement Chirac décide au début de l'année 1975 d'appliquer une politique de relance. Ce plan de relance prévoyait une augmentation des dépenses publiques et des mesures en faveur de l'investissement productif. Mais s'il permit une reprise de l'activité économique en 1975-1976, ce plan de relance n'eut aucun effet sur le chômage : le nombre de demandeurs d'emplois reste supérieur au million et ne cessera d'augmenter par la suite. Cet échec démontre que le phénomène du chômage répond en fait davantage à des causes structurelles (mutations de l'appareil productif, évolution démographique) que conjoncturelles (ralentissement économique au lendemain du choc pétrolier de 1973).

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le reportage tente de mieux cerner le phénomène nouveau du chômage en en dressant la carte. L'approche reste cependant essentiellement descriptive : une série de carte souligne pour chaque région le nombre de demandeurs d'emplois et la part des chômeurs au sein de la population active. Mais le commentaire n'avance que peu d'explications sur le phénomène et les écarts qui existent d'une région à l'autre.

Fabrice Grenard

Transcription

François Gault
1 million 15 600 demandeurs d'emploi fin octobre, mais qui sont-ils ? Qui sont exactement les chômeurs, à quelle branche d'activité appartiennent-ils ? Dans quelle région vivent-ils ? Regardez bien cette carte, c'est la carte de France du chômage. Pour chaque région, deux chiffres, le premier indique le pourcentage que représente les chômeurs par rapport à la population active. Le second, précédé du signe plus, indique l'accroissement de l'effectif des demandeurs d'emploi pendant un an. Après la région parisienne... l'ouest... le nord... l'est... le sud-est, et je vous rappelle que le 1er chiffre indique la proportion des chômeurs par rapport à la population active de la région, tandis que le deuxième chiffre reflète l'augmentation des demandes d'emploi en douze mois... Le sud-ouest et le centre. Cette deuxième carte à présent, vous montre quels sont les points chauds du chômage en France, en somme les régions où les demandes d'emploi en une année ont progressé de plus de 100%. La Bretagne, la Basse et la Haute Normandie, la Picardie, les Ardennes et la Champagne, l'Alsace, la Bourgogne, la Franche Comté et enfin le Rhône et les Alpes. Au total dans toute la France, les demandes d'emploi ont augmenté de 80% en une année. Par branche d'activité, ce sont le bâtiment, le textile, l'habillement, les cuirs et peaux qui sont les plus touchés par le chômage. Et pour que le constat, pour que la photographie soit encore plus fidèle, 3 chiffres, 3 chiffres parmi d'autres mais très éloquents. Sur 1000 salariés aujourd'hui sans travail, sur 1000 demandeurs, 520 sont des hommes, 340 sont âgés de moins de 25 ans et 500 n'ont aucune qualification professionnelle.

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