Un paradoxe : reprise de l'activité économique en 1976 sans baisse du chômage

13 février 1976
01m 31s
Réf. 01106

Notice

Résumé :

La reprise économique en 1975-1976 ne permet pas d'enrayer la progression du chômage. Ce paradoxe s'explique notamment par les capacités des entreprises à produire plus sans embaucher ou au décalage entre les demandes et les offres de travail.

Date de diffusion :
13 février 1976
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Contexte historique

A partir du milieu des années 1970, le chômage s'enracine dans la société française et les politiques économiques semblent incapables d'enrayer sa progression. Pour lutter contre la crise économique survenue en France en 1973, à la suite du premier choc pétrolier, et relancer l'emploi, le gouvernement de Jacques Chirac décide d'appliquer au cours de l'année 1975 une politique de relance keynésienne.

Le "plan de soutien à l'économie", dont les mesures sont appliquées entre l'automne 1975 et le printemps 1976, consistait à augmenter les dépenses budgétaires afin de relancer la demande et la production : 20,9 milliards de crédits budgétaires sont destinés à aider les familles et les personnes âgées, à renforcer les investissements de l'Etat dans le domaine des équipements publics et industriels, et 9,6 milliards d'aide à la trésorerie des entreprises. Les effets de ce plan de relance furent indéniables sur le plan de l'activité économique : le PIB de la France augmente de 4 % environ au cours de l'année 1976.

Mais cette reprise de l'activité n'a eu aucune répercussion positive sur le chômage. Le nombre de demandeurs d'emplois en France ne redescend pas sous la barre du million, qui avait été atteinte au début de l'année 1975. Pour la première fois, on pouvait ainsi constater que la reprise économique ne signifiait pas obligatoirement la reprise de l'embauche. Cet échec démontre la difficulté de lutter contre une crise d'un type nouveau, dont la manifestation essentielle constitue le phénomène de la stagflation (inflation et chômage évoluent de pair), par des méthodes keynésiennes classiques. Il démontre également que le phénomène du chômage répond désormais davantage à des facteurs structurels (mutations profondes de l'appareil productif et de la société française) que conjoncturels (simple ralentissement de l'activité économique).

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le commentaire se veut particulièrement pédagogique pour expliquer ce qui pouvait apparaître pour l'époque comme un paradoxe important : la reprise économique ne permet pas une baisse du chômage. Courbe de l'évolution du chômage depuis 1966 à l'appui, s'appuyant sur des images des secteurs industriels et des métiers les plus touchés par le phénomène (industrie automobile, métiers les moins qualifiés), il met le doigt sur les aspects structurels du chômage : décalage entre l'offre et la demande, mutation de l'appareil productif et capacité croissante des entreprises à produire plus sans embaucher.

Fabrice Grenard

Transcription

Roger Gicquel
Chômage, on vous l'a dit hier, il a légèrement progressé en janvier, la reprise de l'activité économique s'est faite lentement comme prévue et pas toujours là où on l'attendait. Enfin, de toute façon, le patronat et le gouvernement avaient averti qu'il faudrait attendre le printemps et peut-être même la fin du printemps pour qu'une partie du million de chômeurs officiels retrouvent un emploi. Le point sur le chômage dans la reprise, Daniel Duigou.
Daniel Duigou
En janvier, les postes offerts ont été plus nombreux qu'en décembre, c'est le signe d'une reprise économique. Mais le nombre de chômeurs a augmenté légèrement, c'est apparemment un paradoxe. En fait, même si la reprise se confirme actuellement dans l'ensemble des secteurs, le recul du chômage sera lent et voici pourquoi. D'abord en 75, les entreprises ont conservé plus de personnels que ce qui était nécessaire. Conséquences, en 76, elles peuvent produire plus sans embaucher. Ensuite beaucoup d'entreprises ont été secouées par la crise et elles en ressentent encore le mal. Certaines d'entre elles, procèdent à des licenciements réduits et très ponctuels, c'est le cas à Fougère dans la chaussure. Enfin, il y a un décalage entre les aspirations des candidats et les postes offerts. Les jeunes sont fréquemment dans ce cas. Résultat, à des demandes, pas d'offres et inversement, à des offres pas de demandes. C'est une des raisons qui justifie la revalorisation du travail manuel. En résumé, si la France a résisté plus que ces partenaires au chômage, elle sera plus lente à rouvrir les portes de l'embauche.

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