Une manifestation importante de la crise des années 1970 : l'inflation

27 février 1976
02m 05s
Réf. 01107

Notice

Résumé :

Malgré les efforts du ministre de l'Economie Jean-Pierre Fourcade pour enrayer l'inflation, le phénomène reste préoccupant et ne cesse de progresser. Ses conséquences sont désastreuses sur l'ensemble de l'économie française.

Date de diffusion :
27 février 1976
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Contexte historique

Contrairement à la "grande dépression" de la fin du XIXe siècle ou à la crise des années trente, le ralentissement de la croissance qui survient en France au milieu des années 1970 n'entraîne aucune baisse des prix et s'accompagne au contraire d'une inflation particulièrement forte. Dès 1974, la hausse des prix fait apparaître une inflation à deux chiffres, dépassant le seuil critique des 10 % par an, ce qui place la France dans le groupe de tête des pays fortement inflationnistes.

Cette accélération de l'inflation provient de plusieurs facteurs. La hausse brutale du coût des matières premières, suite au choc pétrolier de 1973, accélère une inflation qui n'avait jamais totalement disparu depuis la fin de la guerre. Mais la hausse des salaires (les salaires nominaux augmentent de 20 % en 1974 et de 16 % en 1975) et des charges sociales ont également joué un rôle important, en augmentant la pression sur les coûts de production. Malgré la crise et le chômage, le mouvement des salaires réels continue de s'exercer à la hausse, ce qui bouleverse les règles de la courbe de Phillips selon lesquelles le bond du chômage aurait dû susciter à terme le repli des salaires et de l'inflation. La volonté des entreprises de maintenir un certain niveau de profit, malgré une baisse de la production, favorise aussi la hausse des prix. Enfin, le poids économique de l'Etat et l'accroissement des dépenses budgétaires apparaissent également sources de déséquilibres inflationnistes.

Cette accélération de l'inflation exerce des effets très négatifs sur l'ensemble de l'économie. Elle fragilise la France au sein du commerce mondial et creuse le déficit de la balance extérieur. Elle entraîne également une hausse importante des taux d'intérêts. Or, des taux d'intérêts élevés renchérissent le crédit, détournent les capitaux de l'investissement au profit de la spéculation, ce qui freine l'activité économique. Les spécificités de la crise des années 1970, avec notamment le phénomène de la stagflation (inflation et ralentissement de la croissance vont de pair) bouleversent donc les schémas économiques classiques, ce qui rend illusoire toute politique de "stop and go" pour lutter contre la crise. C'est ce que démontrera notamment l'échec de la politique économique pratiquée par le gouvernement Chirac entre 1974 et 1976.

Après la mise en place par Jean-Pierre Fourcade d'un plan d'assainissement de l'économie en 1974 (augmentation des impôts et économies budgétaires), le gouvernement tente en 1975 de relancer l'activité économique par un "plan de soutien à l'économie". Mais si cette alternance de "stop and go" avait pu avoir des effets positifs au cours des années soixante, notamment lors des périodes de "surchauffe économique", elle allait s'avérer incapable d'enrayer en 1975-1976 la progression du chômage et de l'inflation.

Fabrice Grenard

Éclairage média

A l'aide de courbes statistiques et de schémas, le journaliste auteur du reportage cherche à expliquer les origines et les conséquences d'un phénomène particulièrement complexe, l'inflation. Il attire notamment l'attention des téléspectateurs sur les origines structurelles de l'inflation en France (le poids des salaires et leur maintien à un niveau élevé malgré la crise) ainsi que sur les conséquences négatives de l'inflation sur le commerce extérieur et le cercle vicieux qui s'ensuit (baisse des exportations, donc baisse de la production intérieure et hausse du chômage).

Fabrice Grenard

Transcription

Roger Gicquel
Hausse des prix, un mauvais point pour Jean Pierre Fourcade avant son duel avec François Mitterrand. Plus 1,1% en janvier, la brusque escalade nous ramène exactement un an en arrière après le ralentissement obtenu. Janvier et bien sûr, je vous l'ai dit hier, toujours un mauvais mois et les hausses des tarifs publics ont pesé lourds dans l'indice, même si, pour Foucade, elles n'expliquent tout de même pas tout. C'est trop rapide, déclare le Ministre qui envisage sans les préciser, de nouvelles dispositions pour modérer les prix et défendre notre compétitivité.
Emmanuel (de) La Taille
L'économie redémarre certes, à vive allure, mais ça repart mal après le retour au déficit voilà les prix qui rebondissent comme si la crise n'avait rien soigné. Plus 1,1% en janvier et ce mauvais indice qui sort des ordinateurs de l'Insee était sans doute prévu, explicable et peut-être passager mais le signal d'alarme est net. Plus 1,1%, c'est près du double des mois précédents et si ça continuait, ça nous ramènerait sur la pente désastreuse de l'inflation à deux chiffres, plus de 12% l'an. Pourquoi ce coup de fièvre essentiellement pour un tour de passe- passe. Pour tenir absolument son pari de moins de 10% en 75, Fourcade avait renvoyé sur 76 une rafale de hausse tarifs publics et autres, PTT, SNCF, carburant, etc... qu'on retrouve en janvier. Et ça continuera en mars avec gaz et électricité. L'Etat donne peut-être le mauvais exemple mais ne veut pas laisser ses affaires travaillaient à perte, cercle vicieux de l'inflation. Rien n'est encore perdu pour 76 mais le danger est réel car l'équilibre économique se ramène toujours brutalement au fameux triangle d'or. Une production suffisante pour le plein emploi mais avec des prix stables et dans l'équilibre extérieur. Si les prix s'emballent, il y a deux conséquences, à l'intérieur pagaille, chacun se sent roulé, ce qui fait monter les tensions sociales, à l'extérieur déficit, nos industries vendent moins ailleurs et en France, ce qui provoque endettement et chômage. Une des causes profondes, c'est que les revenus moyens des français ont été mieux protégés qu'ailleurs contre la chute de production de la crise aux frais des entreprises et du budget. Ce qui a fait gonfler nos coûts de revient et la reprise accélère le rattrapage, prix, profit, salaire alors que le rétablissement exige une modération générale toujours impopulaire et difficile à obtenir.

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